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En sortant de la station de métro
Cottbusser Tor, ce qui frappe tout de suite, c'est la vie dans
la rue, le monde sur les trottoirs. Au coin des rues Adalbert
et Naunynn, au-dessus de la brasserie hard-rock "Trinkteufel -
Tor zu Höle", se cache un lieu secret, un de ces lieux qui ne
se voient bien qu'avec le cour.
Dans un grand appartement, vivent en communauté
des hommes de pays différents : trois jésuites (Christian, Franz
et Stefan), Ramon, de Syrie, Farouk, d'Afghanistan, Jean, du Cameroun,
Ousman, de Guinée. La porte en est ouverte à tous. Ici, on ne
te demande pas d'abord qui tu es : qui que tu sois, tu es le bienvenu
! Et certains restent ainsi quelques heures, ou une nuit, ou quelques
semaines, ou beaucoup plus longtemps.
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Moi aussi, je me suis laissé
accueillir, pendant six semaines. Six semaines de rencontre des
trois compagnons et des hommes sans papiers qui vivent là. Vite
adopté comme un frère dans cette maison un peu africaine, je me
suis laissé mener, par Ousman notamment dans ce qui fait sa vie
en quête de travail, d'argent, de papiers, d'une femme allemande.
J'ai aussi passé bien des heures dans la cuisine, là où il ne
se passe pas une heure sans que quelqu'un vienne y prendre un
café, homme ou femme avec chacun son histoire.
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Certains n'ont pas de papiers,
d'autres ont un passé pas simple : prison, alcool, drogue. Mais
tous sont là parce que dans cette cuisine, on peut se parler librement.
Lors de l'eucharistie du lundi, autour de la table, on peut aussi
célébrer, échanger, recevoir librement la parole et le pain où
Dieu se donne lui-même. Et si Steven arrive bourré et en pleurs
car il n'en peut plus de cette vie d'esclave, sans papier, sans
boulot, plein de dettes. il aura aussi sa place autour de la table.
Au milieu de ce séjour, j'ai suivi avec une quinzaine
d'autres les "Exercices dans la rue" que donnait Christian avec
un autre jésuite et deux jeunes religieuses. Partir ainsi chaque
matin dans la ville pour y découvrir Dieu qui se dit, en ces lieux
saints devant lesquels nous passons sans même les remarquer. Buissons
ardents de tous les jours : hall de gare, parc, places, trottoirs,
hôpitaux, soupes populaires, squats et villages de roulottes.
Ainsi, après avoir tant erré, parce que j'étais incapable de m'arrêter,
de m'asseoir à même le sol, je suis tombé sur un reste du Mur.
Là, une citation de Zacharie (4,6) m'invitait à me laisser mener
: " Ce n'arrivera pas par la force et la puissance mais par mon
esprit. " Et repartant à travers la ville, voilà qu'un jeune punk
m'a demandé de quoi manger. Comme je voulais m'asseoir près de
lui, il a tiré un carton de pizza : n'étais-je pas accueilli ?
Nous avons partagé le sandwich que j'avais avec moi. Il s'est
mis à pleuvoir et nous avons longuement parlé : de lui, de moi,
de Punky et Rocky, ses deux chiens. " Vois-tu, m'a-t-il dit, comment
pourrais-je encore croire en Dieu puisque aucun homme n'a pu m'aider
à remonter la pente ? " Pourtant, Jens, ce jour-là, Dieu, tu l'as
été pour moi.
Je pourrais encore parler de. et de. C'est que
Berlin est grande, et il y a tant de buissons ardents.
Jacques ENJALBERT
Province de France
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