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Le Père Reynolds écoute et prend des notes
Chaque année on estime à 50.000 le nombre de ceux qui migrent de la campagne vers Guyaquil et une bonne part d'entre eux finissent dans la misère noire et les immondices de l'île de la Trinité. Près de la moitié des 3 millions d'habitants de la métropole vivent dans des habitations de fortune. Parmi les villes du monde qui ont de gros problèmes d'habitats insalubres, Guyaquil se classe au troisième rang. Chaque année, le nombre de logements manquants s'accroît de 12.000. Dans les campagnes, des catastrophes naturelles - inondations, incendies, tremblements de terre ou éruptions volcaniques - détruisent régulièrement les vies et les habitations de milliers de personnes. Les tensions politiques et la pauvreté en obligent des milliers d'autres à fuir pour chercher refuge dans des métropoles surpeuplées. Les conséquences se font sentir immédiatement par cette expansion sans fin de bidonvilles comme l'île de la Trinité. Depuis près de 35 ans, à l'initiative des jésuites, une organisation offre des habitations à coûts modestes aux habitants pauvres de Guayaquil en Équateur. Elle s'appelle Hogar de Cristo (HDC). Le Fr ère Roberto Costa tenant un modèle réduit à la main : petit comme un rêve...
Elles ne sont pas sophistiquées: 4 murs faits de panneaux de bambous fendus cloués à un cadre de bois, un plancher, en bois également, et un toit en zinc ou en tôle ondulée. Dans les zones inondables, comme l'île de la Trinité , les maisons construites sur pilotis de bois. 90% des personnes faisant demande de maison à HDC sont des femmes. Presque la moitié d'entre elles sont chefs de famille: beaucoup de cas le mari a abandonné femme et enfants. Même quand il y a un couple, la femme signe le plus souvent le contrat avec HDC et reçoit le titre de propriété à son nom. Le coût d'une maison, qui est assuré par un prêt sans intérêt de HDC, est d'environ 500$. Il est demandé aux familles de prendre en charge la moitié de cette somme, le restant étant couvert par des subventions. Cela reste une très forte somme pour une famille qui gagne moins de 1$ par jour, c'est pourquoi les agents de HDC élaborent avec chaque famille des plans de remboursements de l'ordre de 4 à 5 dollars par mois sur une période de 3 ans. Les montants sont ajustés en fonction des capacités de paiement de chacun et les impayés n'atteignent même pas 3%. Chaque maison est repérée sur une carte informatisée qui comprend aussi la localisation des écoles, des centres médicaux et des églises. Des travailleurs sociaux font régulièrement le tour des quartiers et s'assurent que les maisons HDC sont occupées et entretenues. Des dons privés et des subventions de l'État permettent d'équilibrer les comptes de l'entreprise. L'année dernière, Hogar de Cristo, a récolté un million de dollars d'aides étrangères, principalement des Etats-Unis, de l'Espagne, de la Suisse et de l'Allemagne. Les bienfaiteurs équatoriens assurent quant à eux 20% du budget.
L'archevêque d'Équateur permit aux jésuites d'utiliser l'arrière-cour de son séminaire pour construire les maisons et 'oncle' Paco, avec une petite équipe de volontaires, se mit alors à construire deux maisons par semaine. Aujourd'hui, l'usine de fabrication de HDC s'étend sur 1000 m2 au bord de la rivière Guayas par où arrivent sur des barges les bambous et les stocks de palétuviers. Trois cents maisons sont construites par semaine et transportées dans les quartiers et bidonvilles de Guayaquil.
Les charpentiers formés par HDC utilisent des marteaux pneumatiques pour clouer les panneaux de tiges de bambous sur les cadres. Avec des scies électriques ils rognent les bords et découpent portes et fenêtres. Un seul homme peut produire 25 panneaux par jour. Compte tenu du climat humide de Guayaquil, les maisons de bambous résistent étonnamment bien, même si, sans traitement adapté, elles risquent de pourrir et d'être infestées par les insectes au bout de quelques années. La plupart des familles, une fois leur maison érigée, entreprennent des modifications et des améliorations. Les maisons sont agrandies et finalement certains murs de bambous sont remplacés par des murs de briques. Depuis 1982, Roberto Costa Prats, un Frère jésuite, est le directeur de Hogar de Cristo. À un peu plus de soixante ans, ce jésuite d'origine espagnole, à l'allure tranquille et sympathique, a sous sa responsabilité 220 employés aussi bien charpentiers que travailleurs sociaux ou médicaux. En plus des maisons, HDC a aussi mis en place des écoles, des cliniques et des centres de formation pour les pauvres des bidonvilles de Guayaquil. Des groupes de solidarité pour les femmes les aident à démarrer des petites entreprises dans leurs propres communautés: la garde de leurs enfants est assurée pendant qu'elles apprennent les bases de comptabilité et de gestion nécessaires pour monter un étal de fruits et légumes ou une petite épicerie.
Les pauvres vivant à Guayaquil ne représentent qu'une infime part des pauvres du monde, ils sont un microcosme de ces millions de personnes plongées dans une situation indigne. Privées des ressources de base - eau propre, nourriture, vêtements et abri - elles survivent sans espoir. Hogar de Cristo, construit pour les pauvres une espérance, maison après maison. Texte et photos de Brad R. Reynolds, S.J.
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Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |