Retour à la page d'accueil
compagnons > Le gouvernement selon l'Esprit d'Ignace
spiritualité
C'est quoi ?
Ignace de Loyola
François-Xavier
Exercices Spirituels
compagnons
Communautés
Rencontres
Portraits
Nos 5 préférences
devenir sj
Récits
Jeunes jésuites
Vocation
Noviciat
Les derniers nés
missions
Culture
Jeunesse
Sciences
Vie spirituelle
Foi et justice
Hors frontière
Eglises
histoire
Chronologie
Par thèmes
Jésuites du XXe
Saints
sites internet
Jésuites
Chrétiens
Surprises
Site du mois
forums

Nous écrire

 

Le gouvernement
dans la Compagnie
selon l'esprit d'Ignace

par Jacques GEBEL sj

Avant d'être supérieur d'une communauté, j'avais une certaine représentation du modèle : passionné par la mission et le progrès du Royaume de Dieu, catalyseur de sa communauté, lui donnant des impulsions et orientations suivant celles de la Compagnie universelle et de sa Province, toujours en recherche des besoins de l'Eglise et du monde pour y répondre de manière éclairée et pertinente, tout en étant responsable du bien commun et des biens communs. Mais il y a trois ans, lorsque j'ai appris à un jésuite couronné d'âge et expérimenté en sagesse que j'étais nommé supérieur de la communauté de Saint-Etienne, il m'a dit en souriant : « Je te donne seulement deux conseils : sois bon pour tes frères en communauté et prends toujours beaucoup de temps pour les écouter ».

Paul Legavre, Supérieur de la communauté de Saint-Denis et Jacques Gebel

Me revinrent alors à l'esprit les figures heureuses et réussies de supérieurs que j'avais connus. Certes, ils avaient bien, assez souvent, tout ou partie des qualités que je me représentais, mais toujours cette très grande attention à la personne, cette humaine délicatesse, si chères à Ignace. On peut ici se rappeler ses conseils à celui qui propose les Exercices Spirituels, où la confiance est aussi primordiale :
« Pour que celui qui donne les exercices spirituels aussi bien que celui qui les reçoit y trouvent davantage d'aide et de profit, il faut présupposer que tout bon chrétien doit être plus prompt à interpréter en bien les paroles de son prochain qu'à les condamner. S'il ne peut les interpréter en bien, qu'il lui demande comment il les comprend ; si celui-ci se trompe, qu'il le redresse avec amour. Si cela ne suffit pas, qu'il cherche tous les moyens bons pour l'amener à une vue juste pour le tirer de son erreur. » (n° 22).

Confiance que le précédent supérieur général, Pedro Arrupe, dans ses directives aux supérieurs locaux, considérait comme l'attitude fondamentale du supérieur vis-à-vis de ses frères : « La confiance se fonde sur le préjugé favorable que tout jésuite est de bonne foi et qu'il a bonne volonté. Il faut donc, avant de soupçonner quiconque d'être infidèle à notre manière de vivre, vérifier s'il n'a pas une raison valable qui l'excuse. Il est parfois préférable pour le supérieur de se laisser égarer par un excès de confiance et de courir le risque d'être pris pour un naïf que de donner l'impression de ne pas faire confiance à ses frères. »

Je dirais donc que le cour de la mission du supérieur est bien d'offrir la disponibilité de temps et d'esprit suffisante pour être attentif à deux points principaux :

 


** Que chacun soit heureux dans sa vocation et y progresse, à travers des bas et des hauts comme tout homme, appelé qu'il est à renoncer aux images, pour devenir un jésuite et non pas le jésuite, modèle fabriqué par lui, par le corps de la Compagnie , ses relations ou l'opinion. C'est ce dont s'assure toujours le supérieur provincial lors du « compte de conscience », cet entretien personnel annuel en profondeur et en vérité avec chaque jésuite pour mieux le connaître en vue de lui confier une mission.

** Que chacun vive au mieux les missions confiées par le provincial, même si elles ont été modifiées par les circonstances - comme, par exemple, pour un jésuite très actif cloué sur un lit d'hôpital et invité à être simplement et humblement en communion avec les malades qui luttent pour la guérison.

 

 

Il revient aussi au supérieur d'assurer l'unité et le respect mutuel des jésuites de sa communauté. S'ils ont tous choisi de suivre le Christ dans sa Compagnie, ils ne se sont pas choisis, mais désirent vivre en communauté, faire communauté, par le partage des apostolats, de la prière, de la table, du logement, des services, de la relecture, de la réflexion et de l'accueil. Sans compter les heurts liés aux tempéraments, interviennent aussi les options trempées en matière politique, théologique, économique, artistique, liturgique ou, plus prosaïquement. culinaire.

Jacques Gebel, Supérieur à la communauté de St Etienne et Michel Joseph, Supérieur de la communauté de Bordeaux

 

Certains ont également pris des habitudes dans des communautés ou des styles de vie antérieurs, avec une conception parfois particulière du supérieur : « Le supérieur, c'est fait pour la mission, non pour le style de vie religieuse personnel ou communautaire. ». C'est là où, s'il est recommandé au supérieur d'être bon, il convient qu'il ne soit pas trop bon. Il doit être suffisamment libre pour savoir « encaisser », mais aussi corriger avec une bienveillante et fraternelle fermeté, au risque de ne plus être reçu et reconnu comme supérieur par l'un ou l'autre.

Un supérieur - comme tout jésuite et tout humain - n'est ni parfait ni tout-puissant. Son tempérament et son histoire peuvent l'amener à certains excès comme l'omniprésence (vouloir tout contrôler, diriger et savoir, alors que la subsidiarité tient, chez Ignace, une grande place dans le gouvernement), le désintérêt (« Vogue le navire : mes frères sont majeurs et vaccinés ! »), l'arbitraire ou encore la froideur administrative qui sacrifie les personnes à un idéal exagéré d'efficacité.

Par ailleurs, il n'est pas paré de toutes les compétences souvent nécessaires pour une direction des personnes et une parfaite administration des biens souvent complexe. Il est donc important qu'il recherche et écoute facilement et fréquemment l'avis de ses frères (et d'autres personnes), accueillant leurs conseils, même s'il lui revient en dernier ressort de décider par lui-même.

Pour aider le supérieur, Ignace, à tous les niveaux de gouvernement, a prévu des « consulteurs », nommés par l'autorité supérieure : les consulteurs du supérieur de communauté sont nommés par le supérieur provincial, et ceux du provincial par le supérieur général ; le général, lui, a des assistants qui sont élus avec lui par la Congrégation Générale , assemblée représentant les jésuites du monde entier. Les consulteurs permettent donc en quelque sorte au supérieur, qui est en droit d'attendre l'obéissance de ses frères, de vérifier qu'il sait lui-même obéir, au premier sens étymologique du terme : oboedire en latin, signifie d'abord « prêter l'oreille, suivre les avis, les conseils de quelqu'un ».

J. Gebel, un des consulteurs du provincial
et le Père François-Xavier Dumortier, Provincial de France des jésuites

Dans la pratique de la Compagnie , les consulteurs ont pour mission d'aider le supérieur de leurs conseils quand il le leur demande ; mais ils peuvent aussi lui proposer ce qui leur vient à l'esprit pour le bien commun ou le bien de quelqu'un en particulier. Ils doivent de plus veiller à l'avertir s'ils estiment que quelque chose doit être changé dans sa personne ou son gouvernement ; mais il est précisé qu'ils le feront d'ordinaire par l'« admoniteur », jésuite nommé par l'autorité supérieure et chargé de faire des remarques au supérieur sur sa personne ou son mode de gouvernement.

En tout cela, c'est de service qu'il s'agit, à la suite du « Fils de l'homme qui est venu non pour être servi, mais pour servir » (Matthieu 20,28).

 


« Sois bon pour tes frères en communauté,
et prends toujours beaucoup de temps
pour les écouter. »

 

 

 

Pour en savoir plus :

> Comment les jésuites sont-ils gouvernés ?

> Les supérieurs de communauté réunis à Lalouvesc

> La formation permanente des supérieurs

> La communauté de Saint-Etienne

> Mission auprès des jeunes et Exercices spirituels

> Lexique fragmentaire et désordonné sur un symposium sur les Exercices spirituels