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compagnons > La Compagnie de Jésus et l'écologie, hier et aujourd'hui
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La Compagnie
de Jésus
et l'écologie

Comparaison de deux articles de 1997 et 2010

HIER en 1997 :

La 34ème Congrégation Générale a affirmé que l'équilibre écologique et l'usage modéré des ressources de ce monde sont des éléments importants de justice.

On ne peut que réagir avec étonnement devant les multiples formes de vie qui existent dans les forêts tropicales. Dans un carré de quelques kilomètres, on trouvera normalement 1.500 espèces de plantes et 750 espèces d'arbres avec des centaines d'espèces d'oiseaux, de reptiles, d'amphibies et de papillons. On croit que près de la moitié de toutes les formes de vie qui se trouvent sur la terre - près de cinq millions d'espèces - ont leur habitat dans ces forêts.

C'est un fait bien connu que ces forêts sont en voie de disparition; la cause en est souvent l'adoption de types de culture orientés uniquement vers le profit. En moyenne, une superficie forestière de l'étendue d'un terrain de football disparaît chaque seconde. Dès l'an 2000 au moins un demi-million d'espèces auront disparu pour toujours et si la tendance continue toutes les forêts tropicales avec les formes de vie qui les habitent auront disparu dès l'an 2050.

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AUJOURD'HUI en 2010 :

Depuis 1995, la sensibilité au respect de l'environnement et de la création s'est développée dans la Compagnie de Jésus.
La 35ème Congrégation Générale a encouragé cette ligne de réflexion et d'action.

En relisant l'article de 1997 - L'écologie et la Compagnie de Jésus - (colonne de gauche), on est frappé par le fait que cette question traitée il y a 12 ans déjà n'a rien perdu de son actualité en 2010; entre-temps, les jésuites ont eu le privilège de tenir une Congrégation Générale.

Cette question de l'écologie touche à plusieurs pôles: biodiversité, rôle de la forêt, changements climatiques, peuples autochtones et leur relation privilégiée avec la terre; je fais en plus référence aux réflexions de la 34ème Congrégation Générale (1995) et son appel à des changements concrets (exemple: un style de vie plus simple pour le bien de tous). En effet, nous devons affronter les mêmes questions et les mêmes défis.

 

La 35ème Congrégation Générale (35 CG) nous a fait faire un pas en avant, tout en prônant des relations plus saines avec les autres et avec Dieu lui-même sous l'angle de la réconciliation; une nouvelle urgence se présente: établir de nouvelles relations avec la création au service des plus pauvres de ce monde (Décret 3, n°. 33). La Congrégation Générale de 2008 invite à fournir une réponse à la crise environnementale de différentes façons: analyse du point de vue scientifique des causes de cette crise (en particulier la pauvreté liée à la destruction de l'environnement) dans les universités et centres de recherche; travail de concertation avec ceux et celles au service des réfugiés et des déplacés, ainsi qu'avec les personnes travaillant pour la protection de l'environnement et dans les centres de recherche. Elle affirme que les résultats doivent avoir une incidence pratique dans la vie de tous les jours, plus précisément que les politiques de société doivent peu à peu changer suite aux efforts de défense de la cause environnementale (Décret 3, no. 33). Sur un autre registre, la CG invite fortement les Jésuites à passer à l'action dans leurs apostolats si variés, avec pour objectif d'aider les gens à reconnaître l'alliance de Dieu avec la création et de viser une action concrète à divers niveaux: responsabilité politique, emploi, vie de famille et style de vie personnel. Cette spiritualité émergente de la contemplation de l'alliance et de notre rôle dans celle-ci, ainsi que notre implication dans la vie de tous les jours, est une intuition majeure de la 35 CG, résultat du travail de réflexion et de la prière de plus de 200 jésuites réunis pour l'occasion.

HIER:

En plus de servir d'abri à tant de variété de vie, ces forêts jouent un rôle crucial dans la conservation des terres agricoles, les inondations et les pertes d'eau suivent la déforestation; en conséquence des terres jadis productives deviennent désertiques. La pratique de la mise en culture intensive qualifiée de «green revolution» a aussi l'effet d'épuiser les terres. Ces pertes de terres agricoles ont pour résultat la famine et la sous­alimentation chez près de 500 millions de personnes.

On sait que les arbres absorbent l'acide carbonique produit par la combustion du charbon et du gaz dans la production de l'électricité et autres formes d'énergie, et du pétrole par l'automobile. Le pourcentage d'acide carbonique dans l'atmosphère, dont trois quarts est produit par les pays développés, est presqu'un tiers plus élevé qu'avant la révolution industrielle. On constate une température planétaire en hausse; ceci provoque le dégel des glaciers avec en conséquence des mers montantes qui affecteront les populations des pays à bas niveau. Nous ne savons pas non plus quels seront les effets sur le système économique mondial d'un accroissement rapide de la température et ses conséquences sur l'agriculture.

Réagissant à cette réalité de la situation critique de l'environnement et à l'inquiétude de beaucoup de Provinces de la Compagnie de par le monde, la récente 34eme Congrégation Générale a affirmé qu'un équilibre écologique et une distribution équitable et pratiquement réalisable des ressources de ce monde sont une façon de pratiquer la justice envers les générations futures qui hériteront de cette terre. L'exploitation égoïste des ressources naturelles et de l'environnement avilit la vie, détruit les cultures humaines et enfonce les pauvres dans la misère. Nous devons travailler à promouvoir des attitudes et des façons de faire qui éveilleront un profond respect de l'environnement dont nous ne sommes que les intendants. La Congrégation Générale recommanda aussi au Père Général d'encourager l'étude de ce problème.

Quelles sont les raisons plus déterminantes de la crise de l'environnement? On ne peut faire autrement que de constater qu'elle vient d'une pratique trop concentrée sur l'aspect économique du développement. La prospérité de quelques-uns et la misère de beaucoup en sont le résultat. N'est-il pas évident que ce sont les démunis, les moins considérés de la communauté humaine, qui portent le poids de la crise de l'environnement et qui, plus que d'autres, en souffrent les conséquences? De la Zambie le frère Paul Desmarais en décrit bien le processus:

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AUJOURD'HUI

Cependant, il convient de mentionner ici que la protection de l'environnement en lien avec la promotion de la justice en faveur des plus pauvres n'a pas commencé avec la 35 CG. En 2008, Tarumitra (Les amis des arbres), une ONG indienne de défense de l'environnement impliquant plus de deux millions d'étudiants, a organisé plus de 150 ateliers, rejoignant plus de 15.000 enseignants et étudiants en Inde. Signalons également en 2008 le projet «Changement climatique et justice: une politique climatique comme point de départ d'une globalisation juste et efficace» lancé par l'Institut jésuite d'études sociales et de développement (Munich, Allemagne). Activités de recherche, réseautage et sensibilisation constituent les axes principaux de ce projet de recherche qui a vu la jour en 2008 et qui veut développer des stratégies en vue de politiques efficaces en lien avec le climat et la politique énergétique qui supporteront les efforts de réduction de la pauvreté tant au niveau national qu'international. Signalons quelques autres projets ayant eu de l'impact: campagne très efficace contre les organismes génétiquement modifiés (OGM) en Zambie (Annuaire 2001), mise à jour d'une cartographie environnementale aux Philippines, soutien aux communautés agricoles en Colombie.

Quand, en septembre 2008, nous avons demandé aux jésuites du monde entier quelles étaient leurs préoccupations les plus urgentes pour la Compagnie de Jésus et leurs propositions de solutions, nous avons été agréablement surpris par la pertinence des réponses, les témoignages au sujet des actions locales et la qualité de la réflexion se poursuivant en ce domaine.

Trois exemples suffiront.

En premier lieu, les voyages en avion, cause très importante du réchauffement global; la Compagnie de Jésus devrait faire un effort pour réduire ces voyages par au moins deux moyens: activités de réseautage électronique et rencontres par télé-conférences.

 

Deuxièmement, en vue d'une meilleure protection de l'environnement, le besoin de créer des structures à l'intérieur de la Compagnie à divers niveaux (provincial, régional et local) fut très fréquemment mentionné, sans oublier le rappel à utiliser les structures en place de façon plus efficace.

Enfin, des méthodes d'évaluation d'utilisation de l'énergie devraient être mises sur pied afin de mesurer la contribution (ou la non-contribution) écologique des communautés, apostolats et provinces; le résultat visé serait une utilisation plus sage des ressources et l'introduction de méthodes d'énergie renouvelable.

En plus des aspects pratiques précédemment évoqués, la 35 CG invite au développement d'une spiritualité qui tienne en compte la création de façon sérieuse. Centres spirituels, paroisses, établissements d'enseignement doivent faire face à ce défi; plusieurs maisons de retraite (Canada, Inde), bon nombre de paroisses, plusieurs universités (en particulier aux U.S.A.) sont engagées dans cette voie depuis plusieurs années; leurs exemples ne peuvent qu'en encourager d'autres à se mettre en route.

HIER:

En ce moment la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International exercent une pression sur la Zambie pour qu'elle s'assujettisse à un programme de restructuration. Ce programme préconise une économie libérale basée sur le marché libre. Voici l'hypothèse: les décisions prises par les individus dans la poursuite de leurs intérêts augmenteront le bien commun. Pour en arriver là il faut laisser au marche la plus grande liberté possible et protéger les droitiers des individus. La conclusion à laquelle on en vient est que la libéralisation engendre la prospérité pour tous. Et comment cela affectera-t-il notre planification agricole et nos efforts pour nourrir les Zambiens? Si seul le point de vue économique néo-libéral prévaut, alors on risque fort que les corporations transnationales et les riches achètent les terres dans le but de produire et d'exporter les denrées. Cette approche favorise le bien commun et bénéficie à tous: tel est le présupposé néo-libéral. La réalité est toute différente: les pauvres perdent leurs terres, reçoivent des salaires dérisoires et souffrent de la faim, alors que l'environnement se dégrade. Le profit est l'intérêt primordial des corporations agricoles; elles se préoccupent peu de la justice envers les pauvres et de la protection de l'environnement.

Les premiers jésuites s'intéressent de façon particulière aux pauvres. On a un écho de cette attitude dans les récentes affirmations de la Compagnie en faveur de la foi et de la justice dont la préoccupation pour la cause de l'environnement en est une expression à propos.

Le manque d'égards pour la culture locale et de respect pour les liens sociaux nécessaires au maintien de la vie communautaire sont des caractéristiques de l'approche au développement dit scientifique, si étroitement intéressé à l'avantage économique du petit nombre. Il laisse peu de place à la démocratie et à la participation des gens de la localité dans le processus de décider comment ils vivront et utiliserons leurs biens. Mais n'est-il pas vrai que comme la diversité de formes de vie dans la biosphère est signe sans équivoque de leur vigueur ainsi la vitalité, la diversité et l'ampleur de la culture humaine garantissent en grande mesure la qualité de la vie?

La Congrégation Générale reconnaît en nous un instinct inné et profond, exprimé par le respect de l'environnement, de vénération pour une présence immanente, quoique transcendante, dans la nature. Les chrétiens donnent le nom d'Esprit à cette présence intime dans la création. Dans les Exercices Spirituels au moment de la Contemplation pour connaître l'amour, St Ignace s'inspire de cette notion en nous invitant à contempler comment Dieu vit dans ses créatures: dans les éléments en leur donnant l'existence, dans les plantes en leur donnant la vie, dans les animaux en leur donnant la sensation, dans les personnes en leur donnant l'intelligence.

Comme les chrétiens perçoivent la présence de l'Esprit divin dans la création, ainsi cette même perception se trouve dans les religions indigènes. Le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux nous conseille une approche marquée de délicatesse envers les valeurs humaines et spirituelles qui se trouvent en elles. Car ces religions contribuent beaucoup au développement de l'harmonie écologique et de l'égalité humaine.

La crise de l'environnement nous appelle non seulement à une vie plus simple en vue du bien commun, mais aussi à un réveil à la réalité de la présence de Dieu dans sa création reconnue à travers l'extraordinaire diversité de vie et de cultures qui s'y trouve. Ainsi serons-nous amener à réaliser de nouveau la dépendance mutuelle de toutes les créatures issues de Dieu leur créateur.

Chris Moss, S.J.
Annuaire S.J. 1997


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AUJOURD'HUI

Quels sont les obstacles majeurs auxquels doit faire face la Compagnie de jésus en vue d'une meilleure compréhension et application de cette nouvelle mentalité prônée par la 35 CG? Certainement un manque de conscience, de réflexion et d'éducation parmi nous au sujet des questions environnementales et peu de perspectives partagées. Trop souvent nos vues et réactions face aux questions environnementales sont façonnées par ce que la société en général pense et par les mentalités de nos lieux de provenance. Les perspectives culturelles jouent aussi leur rôle quant à notre engagement. Dans les pays où les questions environnementales sont d'abord le fait des partis politiques, ressentiment et engagement timide sont observés.

Certaines sociétés sont ouvertes au changement et vont facilement adopter de nouvelles façons de faire; d'autres offrent une résistance presque naturelle au changement; ailleurs les questions de ce genre sont moins urgentes ou immédiates (bien qu'il soit utile de rappeler que la solidarité envers ceux qui sont menacés ne doit pas s'arrêter à nos frontières); dans certaines contextes, les jésuites adoptent naturellement la culture de consommation locale sans se poser de questions.

Il y a toujours cette opinion tenace que l'écologie est une question qui ne regarde pas l'Église; chez certains jésuites, subsiste l'opposition «option pour les pauvres» - «option pour la terre.» La base scientifique de la destruction de l'environnement, le fait que plusieurs oeuvres apostoliques se trouvent en contexte urbain et les prédictions catastrophiques exagérées empêchent plusieurs d'entre nous d'avoir des rapports émotionnels et spirituels féconds avec ces réalités et de façon plus générale avec la nature elle-même.

Le défi que nous lance la 35 CG en lien avec un sujet aussi complexe que l'environnement est de taille. Un degré plus grand d'implication à l'intérieur de la Compagnie pointe déjà à l'horizon; au moment même où ces lignes sont écrites (printemps 2009), on parle de nouvelles structures à mettre en place. Il nous est permis d'espérer qu'elles auront produit leurs premiers fruits quand vous aurez le bonheur de lire cet article.

Uta Sievers
Traduction de Marc Brousseau, S.J.

Annuaire mondial
de la Compagnie de Jésus - 2010

 

 

Pour en savoir plus :

> Un plan septennal pour un changement générationnel dans la Compagnie

> Décret 3 de la 35ème Congrégation Générale

> Une forêt à l'agonie « Est en flammes » l'Amazonie, ñande rekoha (notre demeure)

> Une contribution jésuite à l'écologie en Zambie