![]() |
![]() |
||
|
|
Le Père Ducruet est entré dans la Compagnie de Jésus en France en 1942. En 1960, il est envoyé au Liban. Il va consacrer toute sa vie à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ). D'abord comme professeur, puis comme recteur pendant vingt ans (1975-1995). Il préside en même temps (1984-2001) aux destinées de l'Hôtel-Dieu de France avant de prendre la responsabilité du centre d'éthique de l'USJ.
Le 17 juin 1997, il fût décoré par le président de la République Française, Monsieur Jacques Chirac, de la Croix de Commandeur de la Légion d'Honneur. « Il n'a pas cessé de créer quand tout le monde désespérait » a dit de lui le Président Jacques Chirac. Naturalisé libanais, il est décédé dans son pays 13 mars 2010. Ci-dessous des images de l'USJ à Beyrouth Hommages publiés dans le journal libanais L'Orient - Le jour
Extraits de l'allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'occasion de la remise la Croix de Commandeur de la Légion d'Honneurau révérend père Jean Ducruet, le 19 juin 1997 Un homme libre, qui n'a jamais craint de dire la vérité, même aux heures les plus sombres de la guerre du Liban, et qui jouit d'une très grande autorité morale qui est une référence pour beaucoup de celles et de ceux, quelles que soient par ailleurs leur religion, leur confession, qui aspirent à un Liban, à la fois indépendant, et incarnant les grandes traditions de respect de l'homme et de la démocratie qui furent celles de ce beau pays... Un grand bâtisseur, aussi, qui s'est consacré pendant vingt ans au développement de l'Université Saint-Joseph, qu'il a agrandie, modernisée, diversifiée, décentralisée et très souvent réparée. Avec une ténacité étonnante, il a réussi envers et contre tout à maintenir l'université ouverte pendant les quinze ans de guerre de 75 à 90. Malgré les difficultés que chacun connaît, et alors que l'université paye régulièrement un lourd tribut au conflit, je rappelle qu'il y a eu sept Pères, dont cinq Français, qui ont été tués pendant ces événements et j'ai une pensée, et un hommage particulier, à leur intention en ce moment. Plaidant inlassablement en faveur de l'unité du Liban, il s'est toujours employé à ce que ce pays demeure une terre de liberté ou redevienne une terre de liberté, de dialogue, de tolérance, ce qu'il a vocation à être. Il a d'ailleurs créé, dans ce but, à l'Université Saint-Joseph, un remarquable Institut d'études islamo-chrétiennes. Intervention du Père Selim Abou lors du départ du P. Ducruet de l'USJ après 20 ans de rectorat.
20 ans de rectorat à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth Il faudrait pouvoir écrire un jour l'histoire de ces vingt années particulièrement mouvementées (1975-1995), dont dix-sept furent des années héroïques, au cours desquelles les responsables, les enseignants et le personnel administratif de l'USJ, galvanisés par leur Recteur, ont bravé, jour après jour, les bombardements et les destructions, pour assurer le fonctionnement de leurs institutions au service des étudiants. Déplacements multiples, localisations dispersées, restauration répétée des bâtiments démolis et des équipements pillés, ont jalonné ces années d'une guerre multiforme, aussi atroce qu'inutile. En 1976, je ne sais plus quel journal de langue arabe écrivait à peu près ceci: "Toutes les institutions libanaises sont par terre, sauf l'Université Saint-Joseph", et hommage en était rendu à son Recteur. Dès 1975, le Père Ducruet prit deux initiatives audacieuses qui supposaient une juste vision de l'avenir. La première fut de proclamer l'autonomie de PUSJ, dont la direction académique et les diplômes dépendaient encore largement de l'Université française, et de lui conférer le statut d'université libanaise privée. Ce qui n'empêcha pas l'USJ d'établir par la suite une quarantaine d'accords-cadres et de conventions spécifiques avec les universités françaises ou francophones. La seconde initiative fut de transformer progressivement ce qui n'était pratiquement qu'une lâche fédération de facultés, certes prestigieuses, en une université centralisée respectant néanmoins la spécificité de chaque institution. Durant les années de guerre, PUSJ ne se contenta pas d'assurer la survie et le fonctionnement de ses institutions. Constamment attentif aux besoins de la société libanaise déchirée par les événements, le Recteur créa les centres régionaux du Nord (Tripoli), du Sud (Saïda) et de la Bekaa (Zahlé). Ouvert à l'évolution mondiale des diverses disciplines universitaires, il encouragea la création de nouvelles institutions et de nouvelles filières. Parfois il en autorisa la fondation par respect pour l'initiative d'un doyen ou d'un directeur et ne les apprécia qu'après coup, quand elles eurent donné leurs preuves. Le développement de l'USJ ne s'arrêta pas là. Depuis le retour à la paix civile, le bâtiment de l'ESIAM a été inauguré en 1994 à Tanaïl - deux séries de bâtiments sont actuellement en chantier: à l'entrée de Tripoli pour le CEU du Liban Nord, à Tall Chiha pour le CEU de Zahlé; un troisième est prévu, à la rue de Damas, pour abriter la FLSH. Selim Abou sj Les adieux de l'USJ Les funérailles seront célébrées le mardi 16 mars 2010 à 15h en l'église Saint Joseph des Pères Jésuites à Beyrouth. L'enterrement a eu lieu à Jamhour.
C'est dans une atmosphère de recueillement, empreinte d'émotion, que les responsables, le corps professoral, le personnel administratif et les étudiants de l'Université Saint-Joseph ont fait leurs adieux hier après-midi à celui qui a été pendant vingt ans recteur de l'USJ, le père Jean Ducruet. Appelé par ses proches « le Bâtisseur », le père Ducruet s'était distingué par son dévouement, son érudition, ses hautes compétences, et surtout sa modestie qui le poussait à rester proche, et au service, de ses étudiants, sur le campus, durant les pires moments de la guerre libanaise. De nombreuses personnalités se sont associées au deuil et ont assisté hier aux obsèques qui ont eu lieu à l'église Saint-Joseph des pères jésuites, à la rue Huvelin. Étaient notamment présents le ministre Ibrahim Najjar, représentant le président Michel Sleiman, le ministre Tarek Mitri, représentant le Premier ministre Saad Hariri, le député Yassine Jaber, représentant le chef du Législatif, Nabih Berry, le député Marwan Hamadé, les anciens députés Nayla Moawad, Bahige Tabbarah et Khalil Hraoui, la ministre Mona Afeiche, Mgr Samir Mazloum, représentant le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, le recteur de l'USJ, le père René Chamussy, le père Selim Abou, ainsi que de nombreux évêques et dignitaires religieux. Le père René Chamussy devait prononcer une homélie dans laquelle il a retracé le parcours du disparu, évoquant notamment son dévouement pour sa seconde patrie, le Liban. « Jean Ducruet s'engagea en ce pays et l'assuma sans partage, a souligné le père Chamussy. Lucide, il ne cachait jamais les failles et les malheurs de ce pays. Mais il était là et il vécut tout cela comme il devait le vivre, heureux d'être reconnu par les plus hautes autorités du pays, satisfait de se voir consacré en 2001 par le Premier ministre comme vice-président du comité consultatif national libanais de bioéthique. C'est dans cet esprit qu'il traversa la longue guerre libanaise, sauvant ce qu'il pouvait sauver d'une université si rudement malmenée, colmatant les brèches, réparant ce qui pouvait être réparé, faisant s'étendre les activités de l'USJ sur tout le territoire du Liban, tentant toujours de faire prévaloir l'esprit de dialogue et le courage pour reconstruire ce pays déchiré et qu'il voulait voir libéré, et uni. Jacques Chirac dira ce qu'il faut dire en lui remettant la croix de commandeur de la Légion d'honneur : le P. Ducruet ? Un grand serviteur de la pensée et de la culture française dans un Liban qui est devenu naturellement sa seconde patrie. » Le père Ducruet a été inhumé dans le cimetière des pères jésuites, à Jamhour.
|
Pour en savoir plus : > Le site de l'université Saint-Joseph à Beyrouth > En 2000, 125ème anniversaire de l'USJ > Le site de la Compagnie de Jésus au Proche- Orient > L'info officielle sur le site de l'USJ, Université Saint Joseph de Beyrouth > L'article du journal L'Orient-Le Jour du 15 mars sur le site du collège Notre-Dame de Jamhour > Un livre du Père Jean Ducruet : Le service de la santé au Liban |
Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |