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Quand
un jésuite
danse

 

Le Père Saju George appartient à la province de Kolkata.
Il est danseur professionnel.
Comment un prêtre et un jésuite peut-il être danseur ?

 

Le Père Saju George a soutenu une thèse de doctorat, préparée sous la direction du Père Anand Amaladoss de l'université de Madras, ayant pour titre: Les bases religieuses de la danse indienne. Le Père Saju s'explique ainsi :

"La danse classique indienne est une expression de l'héritage religieux et philosophique de l'Inde. Elle implique tout l'être, corps et âme, et est considérée comme une forme de prière. La plus ancienne tradition la perçoit même comme une voie vers le salut (Sadhana). L'âme trouve en elle un moyen de réaliser son désir d'union avec l'Universel."

Le Père Saju s'inspire de la parole de saint Paul, "Votre corps est un temple du Saint Esprit... Glorifiez donc Dieu dans votre corps" (1 Co 6, 19-20). Par la danse, le Père Saju laisse son corps rendre gloire au Seigneur ressuscité. Il en fait une prière :

"Toi qui es auteur de toute beauté et de tout bien, fais que je puisse t'aimer et te glorifier éternellement. Que mon corps reflète ta grâce divine. Permets-moi, Seigneur de la danse, d'ajuster mes gestes à ta mesure, de danser sans cesse avec toi dans une intimité croissante. Par ta résurrection, tu relèves la personne déchue.

Que ma danse soit une expression de joie. Je veux répéter sans cesse ta parole "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé" jusqu'au moment où j'entrerai en scène pour danser avec toi éternellement."

 

La danse, qu'elle soit le ballet occidental ou la chorégraphie classique indienne, requiert une grande maîtrise du corps. Le danseur indien doit être aussi un maître en mime. Il doit pouvoir rendre sur son visage neuf émotions et reproduire avec ses mains des dizaines de gestes. La danse occidentale entraîne le corps dans un mouvement harmonieux spatial, tandis que la danse classique indienne raconte une histoire par des expressions du visage, des postures et des gestes transmis par la tradition.

Le répertoire du Père Saju inclut par exemple le Notre Père, la Sainte Trinité, le Christ ressuscité, la Vierge Marie, Jésus guérisseur, des Psaumes. Il cherche à susciter chez les spectateurs des émotions telles que la joie, la peine, le désir. S'ils sont bien disposés, ils arriveront à partager les sentiments mêmes de Dieu. Il ne s'agit pas tant de vivre une émotion que de se perdre dans une forme universelle et transcendante d'existence que l'on peut qualifier de mysticisme.

La vocation du Père Saju à la prêtrise et à la danse trouve sa source dans sa famille. Il tient sa foi de ses parents et son amour de la danse de sa soeur, elle-même danseuse professionnelle. En lui, la prêtrise et la danse s'accommodent bien. Le décret Notre mission et la culture de la 34ème Congrégation Générale dans lequel sont citées les paroles de Paul VI (Evangelii Nuntiandi, 20),"Le fossé entre l'Evangile et la culture est sans doute le drame de notre temps", le confirme dans l'orientation de sa vie.

>> Lire la fabuleuse histoire des jésuites et la danse en France

Le Père Saju se réfère volontiers aux jésuites français pionniers du ballet classique à la cours de Louis XIV. Le Père Claude-François Menestrier (1631-1705) s'intéressa à la théorie et à la technique du ballet. Il développa l'art critique de la danse. Certains jésuites cherchèrent comment présenter un enseignement spirituel et moral grâce à la danse.

 

Devant la nouvelle culture globale et les développements rapides des moyens de communication, les langues et les cultures traditionnelles se sentent menacées. Il revient aux églises locales de contribuer à en assurer la survie. Le Père Saju fait remarquer qu'il n'en fut pas toujours ainsi:

"Sous l'influence d'une autorité ecclésiastique étrangère, l'Eglise des débuts en Inde fit peu de place dans ses rites aux arts locaux comme la danse et la musique. Depuis quelques années, un changement d'attitude s'est manifesté. On utilise les langues vernaculaires pour la messe. La danse joue un rôle de plus en plus important dans les célébrations communautaires. Il est bon de retenir que, selon la tradition, les arts du spectacle en Inde ont une origine religieuse, comme en témoigne le traité Natyasastra de Bharata, allant de 200 avant à 200 après Jésus-Christ, plus ou moins contemporain des Poétiques d'Aristote."

Un prêtre peut-il témoigner de sa foi en Jésus-Christ à travers une expression artistique hindou ? Le Père Saju n'y voit aucun problème :

"La danse est un art universel. Elle me remplit de paix et de joie. Elle me met en communion avec mon entourage, sans que d'aucune façon je trahisse ma propre foi. Je reste uni à Jésus-Christ par qui je vais à Dieu. Étant dans le Christ et le Christ étant en moi, je suis en Dieu et Dieu est en moi. Jésus-Christ est le theanthropos, Dieu fait homme. Il s'est totalement anéanti pour venir parmi nous. Comme compagnon de Jésus, je m'unis par la danse à mes frères et soeurs de toute croyance, les moins fortunés et les moins aimés, pour les mener à la connaissance et l'adoration de Dieu."

 

 

Voir aussi :

> Site de Saju George

> Un article en anglais dans le journal "The Hindou"

> Son témoignage sur un site consacré à la danse indienne