L'autre ministère
des prêtres scientifiques
Le témoignage
de Roland Cazalis, jésuite
(à droite sur photo)
Extrait d'un article de Dominique Lang,
paru dans le journal la Croix le 22 mai 2007
Ils sont aujourd'hui encore une dizaine en France, à assumer la double casquette de prêtres et de scientifiques. Diocèses, Mission de France, vie religieuse : autant de parcours différents, pour des hommes qui partagent une même passion pour la recherche scientifique.
« J'ai toujours voulu œuvrer dans ce domaine », explique Roland Cazalis, jésuite et ingénieur de recherche, qui travaille sur les plantes OGM à l'École supérieure d'agriculture de Purpan, à Toulouse. « Le chemin de la vocation religieuse s'est greffé par-dessus. Du coup, on essaye de vivre une certaine forme d'interdisciplinarité interne. »
Pourtant, avec la baisse du nombre des ordinations en France et les besoins pastoraux des communautés chrétiennes, le choix d'une activité professionnelle aussi prenante n'est pas toujours simple. D'autant qu'en France, la question des prêtres « au travail » reste complexe. Même entre eux. « On sort à peine d'un temps d'éclipse dans la Compagnie, qui maintenait dans l'ombre les prêtres scientifiques au profit du modèle du prêtre-ouvrier, souligne ainsi Roland Cazalis. Mais désormais, la jeune génération de religieux scientifiques a repris confiance. »
Le nombre de candidats a pourtant du mal à suivre : si un réseau européen continue de rassembler une trentaine de jésuites encore en activité dans ces domaines, le poids de l'âge et le manque de renouvellement se font sentir.

Rencontre des jésuites scientifiques européens en 2006, Roland est le troisème à droite
[...]
L'Observatoire du Vatican, confié aux jésuite, rassemble des spécialistes mondiaux en astrophysique reste un lieu unique, à côté du travail universitaire classique des universités catholiques à travers le monde. Pour Roland Cazalis, ce qui s'expérimente dans le domaine très pointu de l'astrophysique devrait aussi être possible en biologie par exemple, un domaine particulièrement sensible pour l'anthropologie chrétienne.
Si, selon lui, la présence de chrétiens dans les laboratoires de recherche reste indispensable, elle doit se décréter d'abord au nom de la compétence scientifique. « Il me paraît d'autant plus important d'avoir une recherche fondamentale désintéressée, au service de l'Église. » Et de rêver pouvoir créer pour cela un laboratoire international de biologie accueillant des chercheurs reconnus de tous bords. L'enjeu étant ainsi de faire évoluer, de part et d'autre, les mentalités et les langages.

Roland Cazalis prononçant ses derniers voeux au Jubilé à Lourdes
le 2 août 2006 devant le Père Général et le Père Provincial
Reste une question qui pourrait fâcher : faut-il forcément être prêtre pour assurer une voix d'Église dans le monde des laboratoires ?
« Partout où il y a des hommes, un prêtre a sa place, rappelle Roland Cazalis. Mais dans le milieu professionnel, la forme de présence est beaucoup plus difficile. C'est un lieu où on ne peut pas tricher et on doit apprendre à préserver un certain regard, notamment dans les moments de conflit. Le lien au travail comme gagne-pain touche aussi à l'instinct de propriété et de carrière. Comme prêtre, je signifie que cela ne prime pas pour moi. Cette distance, ce refus de la hargne à défendre son territoire pose un signe. »
Extraits d'un article de Dominique Lang
dans sur la-Croix.com