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compagnons > Japon, une province jesuite pas comme les autres
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Vue du Japon :
Une Province jésuite
pas comme les autres

Certes, comme beaucoup d'autres, la Province jésuite du Japon fait corps avec l'archipel du même nom, de Hokkaidô à Okinawa, sur plus de 2.000 kilomètres de long, un territoire peuplé de quelque 120 millions d'habitants. Voilà pour la géographie. Mais son histoire est très originale.

Les provinces jésuites naissent le plus souvent d'une sorte d'essaimage : une province solidement établie adopte une “région de mission”, qui devient vice-province, puis province, avant d'essaimer à son tour. Il n'en fut pas de même au Japon. L'affaire remonte au mois d'août 1906, lorsque le Pape Pie X demanda à la 25 ème Congrégation Générale de remplir à nouveau “l'antique mission” de François Xavier, qui serait désormais celle de la Compagnie toute entière. Cette nouvelle mission serait naturellement transnationale ou interculturelle, comme on voudra, sous le patronage d'un triumvirat, formé d'un Allemand, d'un Anglais, et d'un Français venu de Shanghai, le P. Henri Boucher. Ainsi naquit, en 1913, la nouvelle province des îles japonaises.

Notre Dame du Mont Fuji dans un champ de théïers japonnais

On connaît en gros la suite de l'histoire pendant l'Entre-deux-guerres. La “conjoncture” obligea le triumvirat à céder ses responsabilités à la province d'Allemagne du Sud, assistée par la Province de Tolède. Dans un climat politique plutôt défavorable, tout continua cependant, tant bien que mal, jusqu'à la guerre du Pacifique. La catastrophe d'Hiroshima, qui y mit fin, fit plusieurs victimes dans la communauté jésuite. Il fallut, dans un pays ruiné, tout reconstruire. Les Jésuites allemands, deux fois vaincus selon leur expression – dans leur pays d'origine et dans leur pays d'adoption –, souhaitaient que l'on revienne à la formule internationale des origines.
 

Aussi, en 1946, la Congrégation Générale , avant même d'élire le nouveau Général, n'eut-elle aucune peine à répondre positivement à la requête de Pie XII, qui renouvelait celle de son prédécesseur quarante ans plus tôt. Mais la “mission” jésuite du Japon redeviendrait internationale, au sein d'une Eglise japonaise, dont les évêques assureraient la charge, courageusement et patiemment remplie depuis les débuts de l'ère Meiji, autour des années 1870, par les Pères des Missions Etrangères de Paris.

La Compagnie toute entière répondit de son mieux à l'appel qui lui était fait. Pendant plus de trente ans, un grand nombre de jeunes jésuites, de toutes langues et de toutes nations, s'intégrèrent peu à peu dans cette pacifique Babel, devenue en 1958, sous la chaleureuse autorité du P. Arrupe, Province indépendante et internationale. Ce furent “trente années glorieuses”, avec un sommet autour de 1980. Puis vint le reflux. Les sorties se multiplièrent, les vocations se raréfièrent. De plus de 400 en moyenne autrefois, le nombre des compagnons, dont beaucoup sont âgés, atteint difficilement aujourd'hui les 300. La proportion des japonais a certes augmenté, et c'est heureux, mais en chiffre absolu leur nombre reste insuffisant, pour des œuvres devenues à la longue très exigeantes : deux universités, quatre collèges secondaires, des centres spirituels, des œuvres sociales, et enfin de nombreuses paroisses.

Le Père Pedro Arrupe qui a été Provincial du Japon puis Père Général

Du mal est sorti un bien : les jeunes “missionnaires” viennent moins de “l'Occident” que des pays asiatiques. De l'Inde, en particulier du Maduré et du Kerala, et des autres provinces de l'Assistance d'Asie orientale - Océanie. Cette Assistance, qui a pris forme autour de 1995, fonctionne aujourd'hui de manière organique sous la responsabilité de deux Jésuites, l'un vietnamien, à Rome, l'autre espagnol, à Manille. Enumérer ses pays, comme calculer le nombre de ses habitants, donne le vertige. Ce sont d'abord les grandes nations, la Chine dont la province jésuite, unique, est centrée sur Macao, le Japon, la Corée du Sud, les Philippines, l'Indonésie ; puis les moins grandes, Malaisie-Singapour, Thaïlande, Australie, le seul pays encore “occidental” ; enfin les terres de missions communes à l'Assistance, Myanmar, Cambodge, Timor oriental. Additionnez les populations de tous ces pays et provinces jésuites : vous obtenez plus du tiers de l'humanité.

A vues humaines, la tâche est écrasante. Mais tournée résolument vers l'avenir, l'Assistance tisse patiemment un réseau d'oeuvres communes, de sessions régulières, de maisons de formation interprovinciales, bravant le handicap des difficultés linguistiques. Songez que la Province de Corée du Sud vient de prendre en charge la mission jésuite du Cambodge. La Province du Japon, quant à elle, internationale depuis ses débuts, l'est toujours, mais sous des couleurs plus résolument asiatiques.

Un souhait pour finir. Si de jeunes jésuites ou membres de la famille ignatienne d'Occident entendent l'appel qui entraîna François Xavier sur les terres (et les mers) de l'Assistance, qu'ils sachent bien que la Province du Japon, internationale et asiatique, leur tend les bras.

Jacques Bésineau

[NDLR – La lettre du 30 juin, accompagnant la première mouture de cet article, se terminait ainsi : « La victoire des Bleus est réconfortante : les “vieux” sont encore utiles. Je suis attentivement à l'internet les activités du jubilé. C'est excellent ! ».
Et celle du 12 juillet, portant quelques corrections, ainsi : « ...C'est dommage : les Bleus méritaient mieux... Bonnes journées lourdaises !... ».
Jacques est décédé le 26 juillet 2006, à son bureau.]

 

 

Pour en savoir plus :

> Le site des jésuites au Japon

> Le Père Pedro Arrupe

> Le périple de François-Xavier en particulier au Japon

> Le premier jésuite japonais

> Le nagauta (prononcer "nagaouta" ) ou chant long, date du XVIe siècle

> Le Centre social jésuite de Tokyo a 25 ans

> Paul Miki et ses compagnons