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Lettre du Père Provincial
(pour télécharger la lettre en version RTF, cliquez ici)
Le fondement de notre collaboration ne peut être que le partage de la responsabilité apostolique. Si nous travaillons ensemble, c'est que nous nous reconnaissons les uns et les autres dans une même ambition de servir le Christ selon un style (une "manière de procéder") produit par la spiritualité ignatienne et la tradition historique de la Compagnie. Nous collaborons avec certains d'entre vous qui sont loin de la foi en Jésus-Christ mais avec qui nous nous retrouvons en profond accord sur le sens de l'homme et de la société. Nous voulons respecter leurs convictions et nous situer au lieu où nos chemins se rejoignent. L'Esprit de Dieu parle à qui il veut, même dans une voix de silence que tous, croyants ou incroyants, nous sommes appelés à entendre les uns des autres. Pour nous, ceci s'accorde tout à fait avec la conviction que des oeuvres de la Compagnie ont aussi besoin d'un groupe suffisamment fort de croyants inspirés par la spiritualité ignatienne pour avoir quelque chance de rester fidèles à leur finalité. Dans ce cadre général, notre collaboration prend des formes multiples : elle s'organise dans une grande diversité de services rendus par les uns et les autres, de relations hiérarchiques et de rapports de pouvoir. Ce que nous mettons de nous-mêmes dans nos engagements et dans nos relations mutuelles et ce que nous en attendons, voilà ce qui nous porte et ce qui engendre aussi les difficultés que nous rencontrons dans la collaboration. Lorsque, laïcs et jésuites, nous nous donnons au service d'une oeuvre commune, nous sommes très proches par nos attentes, et, en même temps, bien différents car nous n'avons pas les mêmes perspectives. Un jésuite qui travaille dans une uvre n'y est jamais à titre simplement personnel, il est toujours envoyé par ses supérieurs pour une mission qui est celle de la Province avant d'être la sienne. Il porte toujours sur uvre un regard qui est structuré par ce point de vue. Nous n'avons pas de schéma idéal de collaboration qui conviendrait à toutes les situations ! Puissions-nous nous parler les uns aux autres en toute franchise des atouts et des difficultés concrètes de notre collaboration !
Pour favoriser ce dialogue, je vous communique ici une vue partielle de la Province de France jésuite. Peut-être est-il bon de rappeler qu'une "province" jésuite est un territoire défini par le Père Général. Il peut comprendre plusieurs pays. Pour nous, ce sont l'Algérie et le Maroc, la Grèce, l'Île Maurice, la France métropolitaine et l'Île de la Réunion. Il faut faire quelques distinctions
: Qui sommes-nous ? - dans les communautés de la
Province, 760 jésuites (appartenant à la Province de France ou à une
autre) dont : - Jésuites membres de la Province
: 680 - Jeunes jésuites d'autres Provinces, faisant des études en France (après le noviciat) : 67 - Jésuites issus de la Province (mais qui peuvent avoir rejoint une autre province) et travaillant à l'étranger : 158. Commentaire : Répartition des jésuites inscrits dans la Province,
selon les âges au 01/11/99 :
Cette lettre laissera de côté les engagements que nous avons dans de multiples lieux où nous partageons la mission avec d'autres (par exemple, le travail dans les hôpitaux, les prisons, les paroisses). Elle ne décrira pas ce que font des jésuites dans certains groupes ou mouvements parfois de façon particulièrement significative, dans des institutions d'Église ou dans des associations sociales (car nous sommes nombreux à travailler "hors institutions jésuites"). Elle ne parlera pas d'importants réseaux de solidarités laïcs-jésuites, telle les Associations d'Anciens Élèves des Collèges ou des Écoles Supérieures. Elle dira peu de choses de notre vie communautaire qui prend aujourd'hui des formes nouvelles, ni des six communautés de banlieue populaire qui sont pour nous l'une des manières de "promouvoir la justice comme partie intégrante de la mission" (Congrégation Générale 34, n°50). Ce que nous cherchons, ce que nous avons créé aussi depuis plusieurs années sera difficilement repérable dans ce descriptif. J'espère seulement qu'il vous donnera l'occasion d'en savoir plus. Je me limiterai donc aux institutions avec lesquelles nous avons un lien contractuel. Par lien contractuel, j'entends que la Province de France jésuite est engagée comme telle à l'égard de ces institutions par suite d'un contrat signé avec l'autorité diocésaine, ou parce qu'elle en a la tutelle canonique, ou parce qu'elle a un représentant de droit au conseil de direction ou dans l'équipe d'animation.
Tout d'abord, ce qui concerne directement cette formation : - sous notre tutelle directe, se trouvent quatorze établissements scolaires, dont un LEP et une École de Production. Aujourd'hui, trois jésuites sont directeurs, nous n'avons plus de présence jésuite dans deux établissements, dans plusieurs notre engagement représente un temps plein souvent consacré à la catéchèse. Dans quelques-uns, c'est une équipe de trois jésuites qui est active dans des domaines divers. Tous ces collèges ont créé via les unions qui les regroupent un organisme de formation et de soutien, le Centre d'Études Pédagogiques - CEP - auquel la Compagnie attache une grande importance pour l'avenir. On peut ajouter à ces établissements : - un centre de soutien scolaire pour des jeunes de la fin du primaire au secondaire, qui ne peuvent trouver dans leurs familles l'aide dont ils ont besoin (Mulhouse : Centre Porte-Haute). - un centre de formation d'adultes, largement orienté vers l'aide à donner à des jeunes qui ont besoin d'être "remis en selle" avant d'entreprendre une formation qualifiante. Cette institution ne dépend pas de la Province de France, mais nous avons depuis longtemps avec elle des liens privilégiés de présence et de soutien (Bordeaux : AFEPT). - trois écoles d'ingénieurs en arts et métiers (ICAM : Lille, Nantes, Toulouse) et une école supérieure d'agriculture (Toulouse : Purpan). - cinq centres de formation de jeunes adultes en situation d'insertion professionnelle difficile - trois issus des écoles d'ingénieurs, l'école de production et le centre cités plus haut. Ils forment avec un sixième établissement sous tutelle d'une autre congrégation religieuse un groupe vivant de concertation et d'entraide. - un centre que nous sommes en train de créer en banlieue parisienne, dont l'un des objectifs est l'aide au travail des lycéens ou jeunes étudiants qui ont besoin d'un soutien spécifique (Saint-Denis - Paris 8). - la Province de France est aussi responsable de
quatre centres d'étudiants :
- mais nous le sommes aussi à travers les propositions que fédère ou produit le Réseau Jeunesse Ignatien, association encore jeune qui a été fondée conjointement par les congrégations ignatiennes féminines, la Compagnie de Jésus, la Communauté Vie Chrétienne France, etc. Elle est ainsi sous la responsabilité d'un groupe de personnes morales - congrégations religieuses ou mouvements - et dépend des moyens que ceux-ci lui donnent. Elle se distingue donc d'une oeuvre de la Compagnie à laquelle d'autres que des jésuites collaborent professionnellement ou bénévolement.
Outre les centres d'accueil d'étudiants, d'autres types d'institutions, lieux de célébration et de formation : - quatre centres spirituels, bientôt trois plutôt, puisque celui de Mouvaux est pris en relais par le diocèse (Arradon : Penboc'h - Clamart : Manrèse - Francheville : le Châtelard) et un centre culturel ayant aussi des propositions spirituelles (Aix-en-Provence : La Baume). Tous ces centres sont des maisons d'accueil. Leur activité déborde bien évidemment le monde des jeunes. Elle est aussi plus large que la maison qui les abrite car ils sont une base pour des propositions réalisées ailleurs. On peut leur ajouter : - un centre spirituel "rayonnant" sur une large région avec seulement quelques chambres pour des retraites individuelles (Toulouse : les Coteaux - Païs). - une maison d'accueil pour l'été et pour le pèlerinage à Saint François Régis, patron de notre Province (Lalouvesc). - un hameau en ruines dans les Cévennes que reconstruisent patiemment des groupes de jeunes pendant l'été. Il se veut un lieu original de formation pour des jeunes de toutes origines sociales. Une retraite de plusieurs jours y est notamment proposée chaque année à la fin août (Pied-Barret). - l'église Saint Ignace à Paris, quasi paroisse "jésuite", lieu de formation spirituelle largement ouvert aux mouvements et groupes ignatiens, - l'église Saint Sébastien à Nancy, au coeur d'un quartier très passager et diversifié, où la communauté vient de s'installer, pour y faire des propositions de formation et d'engagement social.
Trois groupes d'institutions ont pour objectif la formation théologique, philosophique et culturelle et la réflexion sur les questions sociales : - d'abord, le Centre Sèvres où se forment les jeunes jésuites français et étrangers, dont les cours, ateliers et séminaires sont ouverts à un large public. A Aix-en-Provence, le Centre de La Baume propose aussi à un large public des formations théologiques et philosophiques reliées à l'Institut Catholique de Lyon. - le CERAS - Centre de Recherche et d'Action Sociale - issu de l'ancienne Action Populaire. Cinq jésuites en constituent le noyau central. Ils éditent avec de nombreux collaborateurs laïcs la revue Projet. - le secteur des revues :
Enfin, il faut citer les mouvements avec lesquels la Province de France a un lien contractuel ou une relation si ancienne que nous-mêmes pouvons la considérer comme habituelle : la Communauté Vie Chrétienne France (où un jésuite est aumônier national et une centaine d'autres sont accompagnateurs), le Mouvement Eucharistique des Jeunes où un jésuite est membre de l'Équipe Nationale, le Mouvement Chrétien des Cadres et Dirigeants et le service de la Mission Étudiante, en particulier dans le secteur Chrétiens en Grande École - deux formes d'apostolat auprès des laïcs pour lesquels l'Église de France confie depuis plusieurs année à la Compagnie d'importantes responsabilités.
Dans les journaux de fin octobre, vous avez peut-être pris connaissance des accords que nous venons de signer avec la Congrégation des Assomptionnistes et qui relient désormais nos revues d'Assas Éditions au Groupe Bayard Presse. Ce changement répond à la nécessité d'alléger nos charges d'administration et de gestion. Il permettra aussi de donner à nos revues le support d'une grande entreprise de presse qui en facilitera la diffusion. Il signifie notre intention de continuer notre mission d'établir " un dialogue existentiel avec la multiplicité des cultures où l'Église est présente " (CG34, n°79). Voici la manière dont ces accords ont été présentés aux communautés jésuites : Il nous faut changer notre manière d'agir lorsque nous pouvons mieux faire avec d'autres ce que nous faisions seuls ou lorsque d'autres peuvent assumer la responsabilité d'une oeuvre à laquelle nous ne pouvons plus donner dans la durée le soutien qui lui est indispensable pour se maintenir et se développer. En faisant ainsi alliance avec un autre institut religieux, c'est le service de l'Église dans la société que nous privilégions. Dans ce cadre, nous gardons la responsabilité éditoriale des trois revues Études, Christus et Projet. Ceci est un bon exemple de la collaboration que nous voulons vivre dans de multiples lieux.
Certes, la collaboration n'est pas la même dans un centre spirituel, encore plus dans un centre de formation jésuite que dans des collèges dont la Compagnie a la tutelle mais où le provincial en délègue largement l'exercice à des laïcs dans le cadre d'un fonctionnement associatif (un peu comme l'évêque le fait à son directeur diocésain de l'Enseignement catholique). De plus les formes de collaboration ont besoin d'être évaluées et d'être renouvelées. Commencées dans la suite de Vatican II il y a une trentaine d'années, elles demandent aujourd'hui que nous leur donnions un nouveau souffle dans une meilleure connaissance mutuelle et un bilan de l'expérience accumulée. Nous avons là devant nous une tâche à accomplir ensemble.
Des convictions apostoliques nous guident dans cette tâche. Elles nous sont d'abord indiquées par notre dernière congrégation générale : notre vocation est d'être serviteurs de la mission du Christ dans le service de la foi, la promotion de la justice, la rencontre de l'Évangile avec les cultures, le dialogue interreligieux. Quatre dimensions inséparables de la mission du corps de la Compagnie. Nous cherchons donc les lieux où nous pourrons vivre l'apostolat selon la plénitude de ces orientations ; nous cherchons aussi les manières d'y être fidèles là où nous sommes déjà. Nous voulons chercher cela avec vous. Si nous réalisions que, dans tel lieu, nous en sommes trop éloignés sans espoir de conversion, cela nous poserait une question sérieuse sur l'opportunité d'y rester engagés. Dans le contexte français ou celui, plus large, de la Province, ces orientations qui concernent les 22000 jésuites présents dans les cinq continents doivent prendre des formes spécifiques. Nous travaillons à les définir, mais elles sont déjà repérables dans ce qui a été décrit précédemment. Il est clair qu'elles concernent tous nos apostolats, les collèges aussi bien que les centres spirituels, les revues ou les institutions de formation théologique, philosophique, sociale ou culturelle.
Ces convictions doivent caractériser tout ce que
nous faisons et inspirer nos grands objectifs d'activité :
C'est ainsi que, dans les dernières années, nous
avons cherché à faire quelques pas de plus dans ces directions
:
Même si ce thème ne fait pas partie de l'objectif de cette lettre, je voudrais faire mention d'une dimension très présente à la vie de notre Province et, sans doute, de toute la Compagnie. Nous y sommes fortement invités par le Père Général : il s'agit de la vie communautaire et de la nécessité de nous donner les conditions nécessaires pour notre vie intérieure et notre fécondité apostolique. Ceci a de plus en plus souvent des conséquences très concrètes sur nos engagements apostoliques car nous ne pouvons envoyer des jésuites dans des lieux où ils n'auront pas une vie communautaire qui correspondent à ce dont ils ont besoin selon leurs âges, leurs forces. Mon souhait est que ces quelques pages vous aident à mieux connaître notre Province. Peut-être ce qu'elles ne disent pas ou leurs obscurités vous donneront-elles l'envie d'aller plus loin dans le dialogue avec les jésuites avec lesquels vous partagez une responsabilité ou avec lesquels vous avez des liens de partage et d'amitié ? C'est mon souhait en ce début d'année. C'est ensemble que nous devons être à la suite du Christ dans l'Église. Puissions-nous nous y aider les uns les autres ! Jean-Noël Audras, s.j. |
A lire également du Père Audras sur
jesuites.com : Et aussi du Père Kovenbach, supérieur
général : Voir aussi : > Constitutions et Normes compélmentaires de la Compagnie de Jésus |
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