|

|
|
| Travailler
ensemble à la formation
et à la réconciliation dans ce monde |
|
Le Père Jean-Noël
Audras, provincial de France, a envoyé une lettre à
tous les membres de la Province le 2 septembre 2002. Il fait le
point sur la vie des jésuites : "la place qui est
la nôtre auprès des hommes et des femmes de ce temps,
et ce que nous souhaitons être et accomplir parmi eux dans
la suite du Christ".
Nous publions ici de larges extraits de cette lettre. |
| |
Lorsque je considère
la vie de notre Province, il me vient à l'esprit que nous
aimons (c'est à dire, nous désirons et nous voulons) aller
vers les hommes pour être solidaires
avec eux dans les moments et les lieux où ils sont confrontés
à des enjeux cruciaux pour la vie et l'avenir de tous et de
chacun, où ils réfléchissent, décident et agissent pour y
répondre. |
|
Nous croyons que nous
trouver là, c'est être à notre place, au lieu où l'Esprit parle
en chacun, compatit à sa souffrance et l'appelle, explicitement
ou de manière cachée : c'est là que, dans le dialogue et dans
la collaboration, peuvent survenir une parole, un acte qui vont
dans le sens de la vie, de la libération et de l'annonce du Royaume.
Nous croyons que notre
foi s'enrichira des questions, des espérances, des impasses et
des épreuves humaines que nous aurons partagées.
Nous cherchons Dieu dans
ces rencontres, dans les questions de l'homme ; avec un optimisme
qui s'enracine dans notre foi ; nous allons au monde avec bienveillance
et intérêt, et nous aimons ceux qui l'habitent, fussent-ils très
loin de " notre " monde et de nos convictions. |
| |
En cela, nous sommes
des hommes de formation, qui
aimons aider l'autre à développer en lui son potentiel de
vie pour qu'il devienne à l'image du Christ qui réconcilie
l'homme et son Créateur, et des hommes de réconciliation... |
|
... parce que nous croyons que
le fossé entre l'Evangile et la culture (selon l'expression
de Paul VI), entre la foi et l'incroyance, entre la suite du Christ
et l'expérience du monde, entre la dignité due à chaque homme
et la condition de beaucoup, est fait, sinon pour être comblé
une fois pour toutes, du moins pour être franchi par la réflexion,
le dialogue, l'engagement, surtout chaque fois que des enjeux
et des urgences nouvelles se présentent.
C'est la même mission de formation
et de réconciliation que nous accomplissons dans notre ministère
pastoral et sacramentel auprès des personnes, et dans nos engagements
culturels ou sociaux. |
| Je l'illustrerai
par quelques exemples dans la vie de la Province.
| C'est notre place
de nous rendre proches de ceux et celles qu'une culture du
rendement et de la performance ne considère pas, oublie
ou exclut. Partageant leur habitat, leurs soucis, leurs
efforts, nous voulons travailler avec eux à la guérison
de leurs blessures et à leur réconciliation
avec la société. |
| C'est aussi notre place
de nous engager dans les établissements scolaires ou
les centres de formation alternative, dans les établissements
d'enseignement supérieur, les centres d'accueil des
étudiants et les aumôneries
En temps de
crise de la transmission particulièrement, être
éducateurs avec d'autres (chrétiens ou
non), rencontrer des jeunes dans une certaine durée,
c'est nous rendre solidaires d'un enjeu vital pour eux et
pour ceux et celles qui ont souci d'eux, pour l'avenir de
nos sociétés. |
| Nous sommes à
notre place là où sont affrontées
des questions fondamentales de bioéthique et
d'éthique médicale, là où peut
être dit et entendu que sont possibles une économie
jugée à l'aune du respect de l'homme, un engagement
politique vécu comme service du bien commun. Etre
là où les migrations recomposent les
sociétés, où le brassage des cultures,
des origines, des religions questionne chacun sur ses propres
enracinements ; entrer dans le débat sur le sens de
l'homme, de sa vie personnelle et collective. |
| La réponse qui est
donnée à de nombreuses questions cruciales pour
l'homme dépend largement de la manière dont
elles sont traitées dans les médias. Nous
sommes à notre place quand nous nous préparons
à comprendre ces médias, classiques ou
nouveaux, quand nous intervenons dans le débat public
de sorte qu'une diversité de paroles y soit exprimée.
Il nous faut veiller à garder des moyens qui nous permettent
d'être entendus au-delà de nos premiers cercles
relationnels. Nous exprimer dans des médias qui nous
mettent à égalité avec les autres et
où nous pouvons être critiqués, c'est
un risque exigeant et bénéfique pour que le
langage que nous tenons parle au plus grand nombre. |
| Se risquer aux
lieux où nous rencontrons la vie des hommes, c'est
aussi nous former et former d'autres à une théologie
questionnée et inspirée par l'expérience
d'aujourd'hui, par la situation de proximité interreligieuse,
par la diversité culturelle des croyants, par la difficulté
générale de la transmission, par le lien existentiel
entre confession de foi et constitution de la communauté
croyante et confessante. Nous nous enracinons dans l'expérience
spirituelle à laquelle les Exercices introduisent et
nous voulons la transmettre parce qu'elle fait se rejoindre
la contemplation de Jésus-Christ et l'expérience
du monde, don que Dieu nous offre chaque jour à contempler
pour grandir dans l'amour. |
| Nous aimons
rencontrer les hommes éloignés de la foi pour
qu'ils découvrent en Jésus-Christ et que nous
découvrions nous-mêmes un peu plus avec eux celui
qui accomplit à sa perfection la vie de l'homme ; nous
aimons aider les croyants dans leur croissance spirituelle
pour que, modestes et assurés, ils soient des interlocuteurs
qui manifestent autour d'eux la grâce d'une vie ouverte
à plus grand que soi. |
|
| |
Formation et
réconciliation, nous pouvons
comprendre à cette lumière les grands
choix faits par la Province de France :
. notre engagement
traditionnel dans l'apostolat intellectuel
(dont le père général a fait l'une des priorités de toute
la Compagnie de Jésus),
. le souci des
jeunes,
. l'engagement
pour la justice dans trois
directions privilégiées : les jeunes en panne de formation,
les personnes et groupes victimes de l'exclusion sociale,
que nous rencontrons notamment par l'habitat et l'engagement
associatif, les populations en migration (dont le père
général a fait notre seconde priorité),
. l'Islam
et les relations euro-méditerranéennes,
. les Exercices
spirituels,
. la formation
des cadres dont l'Eglise a grand besoin.
|
|
|
| Jean-Noël
Audras, Provincial de France, 2 septembre 2002 |
|
|
|