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Les défis
qu'affronte
la Province de France aujourd'hui
Extraits d'une lettre du Provincial
de France
adressée à tous les jésuites, février 2003
| Avertissement
: ce texte a été rédigé pour les jésuites.
Malgré ce caractère privé, nous avons choisi
de le diffuser en partie pour mieux faire sentir aux internautes
comment un ordre religieux, comme la Compagnie de Jésus,
relit son histoire récente et réfléchit sur
son avenir. |
| Nous prenons comme un fait le profond changement
de notre situation. Celle-ci n'est pas seulement marquée par la
diminution. Nous vivons une mutation sociale
et culturelle et un tournant dans le rapport Eglise -
société. |
| une
vie communautaire en renouvellement |
- de quelque type que soient nos communautés,
la vie communautaire - partage, prière, soutien mutuel,
etc. - est effective et s'est renouvelée.
- nos communautés sont plus accueillantes,
aux jésuites, aux "autres", aux amis.
- de plus en plus nombreuses, elles formulent
un projet de vie communautaire
et apostolique et s'engagent dans des
projets collectifs.
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| divers
lieux et modes de collaboration à approfondir
et encore mieux analyser |
- nos pratiques de collaboration avec d'autres
ne sont pas seulement fonctionnelles ; de plus en plus, elles
sont l'occasion de partager un esprit,
que ce soit dans les établissements scolaires, les centres,
etc.
- davantage qu'il y a cinq ou dix ans, nous
avons la possibilité de trouver des laïcs avec qui nous pouvons
travailler à un haut niveau de responsabilité. Cela vient sans
doute de ce qu'il y a plus de laïcs formés et conscients des
services à rendre, cela vient peut-être aussi de ce que nous
sommes effectivement plus disponibles à cela, plus appelants.
Certaines de nos œuvres (pas seulement les collèges), certaines
de nos maisons sont dirigées par des laïcs ; nous
trouvons peu à peu les manières de faire avec eux.
- Les accords avec le groupe Bayard constituent
une véritable refondation des revues
(Etudes,
Christus
et Projet
) que nous publions à partir de la rue d'Assas.
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| de nombreux
déplacements, créations,
en bien des lieux ou secteurs apostoliques |
- la fondation du Site Web
de la Province (1999), et, peu après, de celui du Centre Spirituel
Notre Dame du
Web, avec la Congrégation Notre Dame du Cénacle.
- le déplacement de la communauté de Bondy et
la création du CISED,
nouveau centre éducatif et social,
et aumônerie pour les étudiants de Saint Denis, Ile de France
(1999).
- le soutien apporté au Lycée
du Marais et l'extension de l'école
de production à Saint Etienne. Avec la nomination
d'un homme pour fonder l'école
de production du groupe ICAM
à Toulouse (en 1999-2000), cela traduit l'engagement de la Province
au service de jeunes dont la scolarisation n'a pas débouché
- la fondation de Toulouse-Coteaux-Païs
(1995), nouvelle forme de Centre Spirituel,
maintenant avec une directrice laïque et une grande prise en
charge laïque (2002).
- à Saint Denis de La
Réunion, création d'un Centre
de rencontres à vocation sociale, culturelle et spirituelle
(2000).
- notre participation active à la fondation,
sous la responsabilité de la CVX-France,
d'une structure de formation à l'accompagnement
des Exercices Spirituels
individuellement guidés (2003).
- la fondation de la
communauté Notre Dame de La Route, à Nantes (2000),
largement orientée vers l'ICAM
et vers la formation des adultes, avec une vocation à créer
des liens avec Penboc'h
et à travailler à la formation spirituelle d'adultes.
- etc, etc.
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| et des
dynamiques d'innovation pour construire l'avenir |
| Il est malheureusement impossible de décrire les
nombreuses dynamiques d'innovation mises en route localement. Il
faudrait aussi parler du dynamisme trouvé dans des réunions de Province
ou à des échelles plus réduites. Nous nous sommes donné de cette
manière de bonnes conditions pour aller plus loin dans l'apostolat
social, dans l'apostolat spirituel, celui des Exercices, notre engagement
à l'égard de l'Islam, etc. C'est dans
la vie et les décisions d'aujourd'hui que les orientations de demain
se dessinent. Saint Ignace commençant à 30 ans passés
de longues années d'études pensait aux besoins apostoliques dans
le contexte culturel du 16e siècle. |
| Quelques
traits de notre avenir |
| Une
manière de procéder avec d'autres : solidarités multiples et arbitrages |
- dans toutes nos œuvres, nous nous engagerons
avec d'autres. Un élément essentiel de notre avenir tient à
notre capacité de travailler - inventer, gérer, réformer, etc.
- en collaboration, de trouver
la manière qui convient dans chaque situation, d'être attentif
aux éléments les plus pratiques (matériels, juridiques, financiers,
etc.) tout en étant aussi soucieux de partager un esprit, une
spiritualité, et de faire des relations de collaboration une
source de vie pour les différents partenaires.
- nous devrons continuer l'effort
de communication entre nous, en particulier dans
un style qui ouvre davantage sur un débat.
- de même poursuivre l'effort de communication
avec d'autres, si possible ceux que
nous n'atteignons pas habituellement, en utilisant
notamment des moyens nouveaux (voir le développement de jesuites.com
et de Notre-Dame
du Web). Mais aller aussi plus loin dans la communication
avec des " amis " pour l'apostolat.
- nous devrons prendre les moyens d'une communication
régulière et efficace sur des projets
entre congrégations ignatiennes, et avec la Communauté
Vie Chrétienne. Nous monterons aussi des projets,
nous soutiendrons des réseaux avec des congrégations non ignatiennes.
- de même, entre Provinces jésuites de langue
française, et avec d'autres Provinces avec lesquelles la langue
de la communication sera probablement l'anglais.
Agir européen, répondre au niveau de l'Europe
aux besoins de la Compagnie, sera une composante de nos choix.
- nous devrons veiller à constituer, animer
et à stimuler les réseaux d'amis
de la Compagnie.
- la règle du "socius" trouve une
nouvelle formulation : qu'un jésuite, surtout jeune, ait un
compagnon qui soit un
interlocuteur proche dans sa mission et qu'il
soit envoyé dans le cadre d'une équipe. Si ceci n'est pas possible,
que la communauté ou un groupe de référence jésuite lui permette
de parler de sa mission et de partager son discernement.
- etc, etc.
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| De l'ancien
et du neuf. Fidèles dans une nouvelle " place ".
Entendre des appels. |
| Les changements dans nos manières de faire - partage
et transmission de responsabilités - ont fortement modéré l'effet
de notre diminution démographique sur nos oeuvres. Les contacts
entre jésuites d'Europe permettront aussi d'être présents sur des
terrains en équipe avec un nombre plus restreint de membres de la
Province. J'indique ici des lignes de force et des appels, sans
préjuger des évolutions que nous aurons à vivre dans ces divers
secteurs. |
| 1. L'animation
de nos communautés et le soutien des membres de la Province
est la priorité des priorités. Cela demande de prévoir de
laisser à de jeunes prêtres la disponibilité pour qu'ils prennent
le relais dans l'encadrement des communautés (supérieur, ministre,
père spirituel). |
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| 2. L'apostolat
intellectuel et la formation des adultes en philosophie
et théologie, sont une tradition de la Province, dont le Centre
Sèvres est devenu le lieu coordinateur. Etendu à la dimension
culturelle, cet apostolat concerne en particulier les questions
de bioéthique et d'anthropologie, elles aussi traditionnelles
pour la Province. La rédaction de revues est naturellement
un élément très important de cet apostolat dans le monde de
la culture et de la société. |
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3. La présence
aux questions sociales, avec une dimension de réflexion
mais aussi d'action demande que soient identifiés les lieux
où nous sommes clairement dans l'apostolat social. On peut
citer :
- habitat en cité : autant
de communautés ou de parties
de communautés en cité qu'il sera possible, avec une durée
suffisante, et une possibilité d'engagement local.
- engagement à l'égard des diverses formes d'exclusion sociale
et culturelle et leurs conséquences pour l'homme, notamment
en ce qui concerne les migrants et
les réfugiés
- la formation de jeunes " en panne
".
- la formation et le soutien de chrétiens
engagés dans la politique.
- la pastorale en milieu populaire.
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| 4. L'Islam et les
pays euroméditerranéens : notre engagement y traverse
les domaines précédents. Il a aussi une dimension européenne.
Des choix ont déjà été faits ; sans doute demandent-ils à
être poursuivis pour qu'une équipe suffisante de jeunes jésuites
soient engagés sur ce terrain. |
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| 5. Départs vers
d'autres Provinces : Sous des formes renouvelées,
peut-être en agissant de manière plus contractuelle, nous
devrons laisser ouverte la possibilité pour des membres de
la Province de la quitter pour rejoindre une autre où le service
serait plus grand. Nous regardons d'abord vers l'Afrique
et la Chine, "préférences apostoliques", avec qui
nous avons déjà des relations anciennes. |
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| 6. L'Apostolat
spirituel : Trois priorités se dégagent dans
la formation spirituelle :
- après un grand effort de formation de base à la spiritualité
ignatienne, nous devons maintenant avoir un souci plus grand
de la formation d'accompagnateurs
des Exercices.
- une autre priorité s'impose aujourd'hui : la formation
de chrétiens libres et responsables.
- Ayons le souci de constituer des réseaux d'accueil et
d'échanges entre chrétiens et entre
"hommes de bonne volonté", indispensables pour
conforter le travail de formation fait par ailleurs. Il
s'agit pour ainsi dire de créer des communautés d'accompagnement.
Tous les lieux où nous pouvons rassembler des personnes
sont ici concernés.
La liturgie est un lieu
d'expression et de formation privilégié pour de tels réseaux,
en particulier quand ils rassemblent des jeunes. |
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7. Quand on considère la mission donnée
aux jeunes prêtres de la Province depuis dix ans, on voit
que l'apostolat auprès des jeunes
- monde scolaire et étudiant - reste très nettement notre
" première priorité ". Il se répartit ainsi :
- Etablissements
scolaires sous tutelle de la Province
- Le groupe ICAM
(écoles d'ingénieurs et Formation continue) qui nous donne
de participer à la responsabilité éducative et à la logique
du monde industriel. Nous nous y engagerons selon nos forces.
- Les centres d'étudiants de Paris,
Lyon et Marseille.
- Nous resterons présents dans des aumôneries d'étudiants
en école, mais en moins grand nombre. Nous y rencontrons des
étudiants qui ont fait un choix souvent exigeant : y venir
est déjà un degré dans la responsabilité chrétienne de l'étudiant.
Nous aurons une même attitude à l'égard d'autres mouvements
de jeunes que nous estimons : y trouver notre place en étant
particulièrement attentifs à la formation qui y est donnée
et à leur ouverture aux jeunes en difficulté d'insertion.
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| 8. Vocations
: nous avons déjà fait un effort en ayant un promoteur à mi-temps,
proche du gouvernement de la Province, aidé d'une équipe en
Ile-de-France et de quelques
relais régionaux ; des initiatives ont été prises. Nous
pouvons espérer qu'il soit possible de nommer un jésuite à
temps plein (ou deux mi-temps) pour les vocations. |
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| Un triple constat
:
- nous avons été capables de vivre des diminutions
très fortes (pensons à Chantilly, à Mulhouse,
à Meudon, bientôt à Nantes, rue Dugommier),
sans perdre confiance.
- nous avons su inventer à notre mesure, avec d'autres.
- nous nous trouvons appelés à de nouvelles manières
de procéder : ce n'est certes pas facile, mais c'est un
chemin d'espérance, quelque chose de nouveau nous y attend.
Cependant, le contexte d'aujourd'hui et de demain
est celui de fortes pressions
: il faut inventer, innover alors que les ressources disponibles
dans la Province diminuent ; aux charges apostoliques vient souvent
s'ajouter le service des communautés ; la dynamique européenne
de la Compagnie nous sollicite aussi, de même la solidarité
avec les autres congrégations et la coordination avec les
congrégations ignatiennes. Le défi préalable,
le premier, qui est le nôtre est celui-ci : saurons-nous
vivre cela dans la paix, la confiance, la joie ?
Me reviennent aujourd'hui en mémoire
l'accent sur la formation
pour être davantage capables de répondre aux défis
présents, et sur la réconciliation
car ce temps de passage, de changements fragilise les personnes
et les groupes et pousse aux ruptures de solidarité. Cela
nous concerne nous-mêmes comme cela concerne ce que nous
voulons pour autrui.
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| Jean-Noël Audras, février
2003 |
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