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Qu'est-ce que l'observatoire
HIER : L'OBSERVATOIRE ASTRONOMIQUE L'Observatoire du Vatican est un des plus anciens de l'Occident. Il a été créé en 1580 dans le but très pratique d'apporter les corrections désormais indispensables au calendrier. L'Observatoire, situé aujourd'hui à Castelgandolfo, est confié aux jésuites astronomes, se consacrant à la recherche dans le domaine de l'astronomie et de la physique moléculaire et atomique.
Les jésuites se distinguèrent dès le début dans ces études, surtout le P. Christophe Clavius, professeur de physique et d'astronomie au Collège Romain, ami et défenseur de Galilée, auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation de la réforme du calendrier décidée par le Pape Grégoire XIII et décrétée à Mondragone (Frascati) en 1582.
Pendant les deux siècles qui suivent, l'histoire de l'apport de la papauté à l'astronomie sera l'histoire même de l'Observatoire du Collège Romain. Les principaux travaux ne furent certes pas des démonstrations scientifiques faites à l'occasion de la visite de Galilée au Collège Romain, ni les ouvrages du P. Scheiner au sujet des taches solaires, ni l'invention de la monture équatoriale des télescopes du P. Grienberger, ni même les travaux théoriques et pratiques de géodésie du P. Roger Boscovich, ni encore les recherches de spectroscopie stellaire, du P. Angelo Secchi, pionnier dans ce domaine, appelées à ouvrir le chemin à l'astrophysique moderne. Le vrai mérite de l'Observatoire du Vatican est d'avoir été une véritable École d'Astronomes, la seule d'ailleurs à cette époque. Ces jésuites étaient des savants et plusieurs d'entre eux devaient léguer leur nom à des formations lunaires. Ils s'en allaient aux quatre coins du monde, animés, comme leurs frères, les savants des autres nations, du même zèle à explorer les merveilles de l'oeuvre créatrice de Dieu. Mais ils ne manquaient jamais de transmettre scrupuleusement à leur Centre, le Collège Romain, toutes leurs observations d'étoiles nouvelles, de comètes ou d'éclipses. L'histoire de ces équipes de savants religieux ayant reçu une formation particulière, comme le P. Matteo Ricci, le P. Adam Schall et le P. Ferdinand Verbiest a déjà été racontée. Le but de notre article est de donner un simple aperçu du travail que leurs successeurs font en ce vingtième siècle à la «Specola Vaticana» de Castelgandolfo, dans le domaine de l'évolution stellaire et de l'astrophysique moderne. Nous ne pouvons nous attarder aux détails qui ont caractérisé l'évolution de l'Observatoire du Vatican. Nous ne ferons donc que nommer le P. Lais, oratorien, le P. Denza, barnabite, le P. Johann Hagen et le P. Jean Stein, jésuites, qui eurent successivement la direction de l'Observatoire, de 1906 a 1951. Cette histoire est d'ailleurs intimement liée a celle du Saint Siège et de la Compagnie de Jésus. Elle a été déjà l'objet de nombreuses publications. Nous signalons à notre lecteur, qui voudrait en savoir davantage, surtout l'ouvrage très détaillé du P. Stein et du P. Junkes, publié en 1951. Qui sont aujourd'hui ces astronomes du Vatican et que font-ils? S'agit-il d'une influence réelle dans le domaine des sciences astronomiques, ou plutôt de conservation d'une tradition désormais révolue?
Le centre de calcul électronique est un don de Paul VI. Il se compose d'un ordinateur IBM (du type 1620, avec mémoires à disques, printer, trieuse de cartes perforées et perforatrices). Le tube d'amplification d'images, offert par la Carnegie Image Tube Committee est une camera électronique capable d'amplifier électroniquement une faible source de lumière. C'est ainsi qu'un modeste télescope acquiert une puissance d'enregistrement correspondant à celle d'un appareil beaucoup plus grand. L'équipement comprend également quelques autres appareils, moins prestigieux, tels les enregistreurs, les spectrographes, les horloges... À noter, entre autres, le télescope «Carte du Ciel» vieux de quelque quatre-vingts ans et pourtant encore en service, quoique la prise de milliers de clichés pour la confection, de la Carte photographique du Ciel soit depuis longtemps terminée.
Un professeur de l'Université de Chicago proposait un jour cette amusante définition d'un observatoire moderne, «Pour être digne de ce nom», disait-il, «il devrait remplir les trois conditions suivantes: compter au moins un hollandais parmi son personnel; disposer d'un instrument d'importance, avoir été visité récemment par un jésuite astronome ...». Ces visites comprennent ordinairement l'exposé de recherches personnelles à des collègues et leurs étudiants et des conversations privées avec des collègues travaillant, soit dans le même domaine, soit dans un domaine apparenté. La visite s'achève sur un dernier échange de vues. Cette méthode contient le secret des énormes progrès qui ont pu être réalisés en la matière. De temps en temps, le programme prévoit aussi des conférences de vulgarisation. En conclusion, l'esprit qui anime le personnel de l'Observatoire du Vatican est un désir de maintenir leur compétence dans leur spécialité, sans pour autant négliger le caractère international que la recherche commune doit avoir. Sept des pères jésuites de l'Observatoire du Vatican sont également membres de l'Union Astronomique Internationale et tous sont membres d'associations professionnelles respectivement à leur pays d'origine, ainsi que d'autres groupements internationaux. Voués par ailleurs à l'idéal de la Compagnie de jésus qui se consacre à l'église catholique, ils assurent un service que le pape Paul VI, comme ses prédécesseurs, considère de la plus haute importance pour l'accroissement des connaissances humaines. La Compagnie de Jésus aide cette communauté «sui generis» en lui consacrant ses membres qualifiés, tandis que le Vatican, de son côté, lui octroie les fonds nécessaires et met à disposition les locaux et les logements. «Deum Creatorem venite adoremus». Cette invitation, inscrite sur l'un des dômes de l'Observatoire du Vatican, est plus qu'une invitation, c'est un programme de vie et d'intense activité dans l'amour des oeuvres divines. Castelgandolfo, extrait de l'Annuaire S.J. de 1970-71
AUJOURD'HUI
C'est une semaine passée environnée par le silence, demeurant éveillé toute la nuit dans le froid et la solitude du sommet d'une montagne sous un ciel étoilé, faisant paisiblement passer un télescope d'un champ d'étoiles à un autre, tapant quelques renseignements sur un ordinateur, attendant que la lumière des étoiles soit rassemblée et recueillie sur une froide fiche électronique. C'est un hall bruyant de l'hôtel d'un congrès plein de mille autres savants, vieux collègues connus depuis le lycée et jeunes nouveaux diplômés se retrouvant pour la première fois. Dans tout ce bruit, vous entendez des amis bavardant au sujet de nouvelles découvertes... que préoccupe le renouvellement d'une subvention ou leur prochain travail... débordant de nouvelles concernant mariages, naissances, divorces depuis la dernière rencontre... terrifiés à la pensée de devoir essayer de caser le fruit du travail d'un an dans une présentation de dix minutes devant 500 collègues hypercritiques. Et c'est alors que l'un d'eux vous demande s'il peut vous parler en privé, juste quelques minutes. C'est se tenir dans un amphithéâtre devant deux cents lycéens aux esprits tiraillés en deux cents directions différentes et les séduire lentement avec les splendides couleurs des galaxies et des nébuleuses pour arriver à une profonde contemplation du Créateur et de la Création. Frère Guy Consolmagno, un des jésuites astronomes de Castelgandolfo, travaillant au microscope C'est un écran d'ordinateur étalant non pas des images aux belles couleurs, mais des étoiles comme des points égarés noirs et blancs au milieu de toute l'imperfection d'une puce d'ordinateur, de tout grain de poussière sur le filtre, l'ombre de la mite qui s'est trouvée voler dans le télescope alors que vous étiez en train de prendre l'image. De tout cela vous devez extraire la luminosité d'un petit point déterminé en comptant le nombre de fois qu'un photon a frappé un électron depuis votre puce électronique; et vous savez l'implacable loi mathématique qui dit que le chiffre auquel vous arrivez ne sera statistiquement pas meilleur que la racine carrée du nombre de coups. Vous espérez que votre compte n'inclut pas aussi la lumière de quelque lointaine galaxie éteinte du voisinage. Et vous vous apercevez alors que la lointaine et anonyme galaxie éteinte qui entre dans vos données est un rassemblement de cent milliards d'étoiles; chaque étoile vraisemblablement entourée de planètes; et même s'il y a un millionième de chance qu'il y ait de la vie, cela signifierait encore cent mille lieux dans cette petite tache où pourraient se trouver d'étranges astronomes qui vous regardent, marmonnant au sujet de ce lointain point de la Voie Lactée apparaissant au cours de leurs observations. C'est rencontrer vingt-cinq jeunes brillants diplômés venus du monde entier, se réunissant dans la résidence d'été du Pape au sud de Rome pendant un mois pour apprendre davantage d'astronomie... et pour créer ces amitiés qui se renouvelleront lors des rencontres scientifiques pour le reste de leur vie. C'est regarder au microscope une fine parcelle de météorite et se demander quelle partie de l'enveloppe astéroïde peut avoir provoquer ces chocs, mêler ces minéraux.
C'est expliquer une fois de plus au centième reporter de cette année pourquoi l'Eglise a un laboratoire en charge, pourquoi il n'y a rien de nouveau à dire concernant les extraterrestres ou l'étoile de Bethléem ou le Code Da Vinci; pourquoi la question de Galilée est tout un ensemble beaucoup plus compliqué que ce que les gens connaissent - et pourtant la vérité au sujet de Galilée n'en est pas moins embarrassante pour l'Église..., embarras que vous ressentez personnellement parce que vous aimez et votre science et votre Église. C'est un long parcours à travers le trafic de Rome de Castel Gandolfo au coeur du Vatican, après avoir dépassé des religieuses affairées et de dignes fonctionnaires et en saluant les Gardes Suisses, pour vous entretenir avec un personnage officiel (dans une langue qui n'est pour aucun de vous sa langue maternelle) de questions de visa, de projet, de comptabilité. C'est sortir de votre chambre tard dans la nuit juste pour regarder les étoiles.
Mais avant même que Galilée monte ses premières lentilles, des jésuites avaient oeuvré dans l'astronomie. Le P. Christoph Clavius a aidé le pape Grégoire XIII dans la réforme du calendrier en 1582, et a écrit alors un livre pour expliquer cette réforme au reste du monde. Il écrivit aussi une lettre de recommandation en faveur d'un jeune Galilée à la recherche d'un poste de professeur; et il lui arriva plus tard de regarder avec le télescope de Galilée et de voir par lui-même les lunes de Jupiter. D'autres jésuites, au Collège Romain et ailleurs, mirent au point les premiers télescopes réfléchissants, dressèrent une carte de la lune, purent convaincre le Vatican de retirer Copernic de l'Index, observèrent les passages de Vénus qui permirent aux astronomes de mesurer finalement l'échelle du système solaire. Du haut du toit de l'église Saint-Ignace de Rome, le P. Angelo Secchi découvrit des taches noires sur Mars, qu'il appela canali (qui étaient choses réelles, tout à fait différents d'illusoires «canaux» que des astronomes ultérieurs crurent avoir trouvés); et il fut le premier à classer les étoiles selon leurs couleurs spectrales. Tous ces prédécesseurs ont eux aussi travaillé dans des rencontres et dans des salles de classe et tout seuls à leur télescope. Ils ont eu des temps d'entretien spirituel personnel. Le P. Johann Hagen, directeur de l'observatoire du Vatican au début du 20ème siècle, fut le directeur spirituel de la bienheureuse Elizabeth Haesselblad, convertie suédo-américaine fondatrice de l'ordre suédois des Brigittines. Ils ont béni des mariages, donné des baptêmes, célébré des funérailles de leurs collègues, dont beaucoup se seraient sentis mal à l'aise avec le clergé.
Et les raisons pour lesquelles nous sommes astronomes sont aussi vieilles que les étoiles elles-mêmes, exprimées dans la poésie depuis qu'il y a eu des poètes. Le prophète Baruch a parlé des «étoiles qui brillent à leur poste, joyeuses; les appelle-t-il, elles répondent 'Nous voici'; elles brillent avec joie pour leur Créateur» (Ba 3,34-35). Dante acheva sa Divine Comédie en se référant à «l'amour qui meut les cieux et les autres étoiles». Ignace écrivit que «la plus grande consolation qu'il recevait était de regarder le ciel et les étoiles, ce qu'il faisait souvent et pendant un long espace de temps parce qu'il en ressentait en lui un très grand élan pour servir notre Seigneur».
Appelez cela consolation, appelez cela joie, appelez cela amour. Cela est en tout temps et chaque année. C'est l'étude de l'univers, de «toutes les choses» où l'on trouve Dieu. Tel est le travail de l'Observatoire du Vatican. Nous l'appelons astronomie. Guy J. Consolmagno, S.J.
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Pour en savoir plus : > Pourquoi les jésuites s'intéressent-ils à l'astronomie ? > Le site de l'observatoire du Vatican (en anglais) > La luciole au pied du phare de Pavel Gabor > Le site coordinateur de l'année mondiale de l'astronomie (en français) > Les extraterrestres, nos frères > Le jésuite Angelo Secchi, Père de l'Astrophysique et fondateur de la spectroscopie > Le jésuite Christophe Clavius, qui subtilisa 10 jours du calendrier
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