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"Ces régions physiques
ou spirituelles"

Par Pierre Hong
jésuite grec en formation

« L'Église a besoin de vous, compte sur vous, et continue de s'adresser à vous avec confiance, pour atteindre en particulier ces régions physiques et spirituelles où d'autres n'arrivent pas ou ont des difficultés à se rendre. » Je commence par ces paroles de Benoit XVI aux Jésuites parce qu'elles colorent bien mon expérience de l'Église, où j'ai été amené à distinguer entre les besoins de l'Église et l'exigence de l'Évangile. Pour moi, l'exigence de l'Évangile doit toucher ces « régions physiques et spirituelles ou d'autres n'arrivent pas ou ont des difficultés à se rendre. » C'est pourquoi, il y a un discernement à faire.

Après 4 années d'études à Paris je suis retourné en Grèce pour ma régence : deux années de retour au pays avant de revenir ici à Paris terminer mes études. Quel est le contexte de cette Église où j'ai travaillé ? Il y a entre 160 et 200 000 catholiques issus majoritairement de l'immigration (Philippines, Pologne, Roumanie, Albanie). Les catholiques autochtones grecs sont, à mon avis, autour de 20 – 25 000. Il suffit d'aller à une messe dominicale pour voir la forte présence des catholiques étrangers. Il est clair qu'avec la forte diminution des prêtres les besoins dans les paroisses se font sentir. D'aucuns disent qu'un pasteur est celui qui célèbre la messe et administre les sacrements et soulèvent le problème : « Qui peut aller célébrer la messe dans telle et telle paroisse ? » Cette manière de penser suscite un certain désespoir : l'avenir de l'Église se trouve-t-il dans les limites d'une paroisse et de ses activités ? Mon expérience me conduirait à penser autrement parce que j'ai touché d'une certaine façon ces régions physiques et spirituelles dont parle le Saint-Père. En voici trois exemples.

Faire des vacances - Après un camp d'été que j'ai animé avec une sœur grecque ursuline de l'Union romaine, j'ai proposé aux jeunes de se réunir trois jours, dans un centre spirituel tenu par les Pères Jésuites, pour un partage d'Évangile avec des temps de prière. Ils m'ont tous répondu oui , avec joie, et j'étais très content qu'ils soient si motivés. Or, le jour du départ, il n'y avait qu'une seule adolescente et la religieuse. Toutes deux me regardaient : qu'allions-nous faire ? Avec un sourire, j'ai dit que si elles étaient d'accord, nous allions faire des vacances tous ensemble. Et nous sommes partis à trois au centre spirituel, nous avons vécu ensemble à faire la cuisine, le ménage, à aller nous baigner, à avoir des discussions libres. Le jour du départ, la fille m'a dit : « Ces trois jours sont les meilleures vacances que j'ai vécues. Je ne savais pas qu'on pouvait faire des vacances avec des religieux. » Oui, pour moi faire des vacances est une manière de faire corps avec l'Église.

Faire du baby-sitting - Pendant un mois, je me suis occupé d'un jeune adolescent (orthodoxe) dont la mère était à l'hôpital. J'allais chaque jour chez lui en apportant la nourriture ou en lui faisant la cuisine. On faisait aussi ses devoirs pour l'école. Ainsi un mois entier, j'ai partagé sa vie quotidienne. Un jour, il m'a demandé : « Qu'est ce que c'est, la foi ? Pourquoi es-tu devenu religieux ? » C'était la première fois qu'il me posait ces questions et j'ai donc commencé à raconter mon histoire. Après m'avoir écouté, il a fini par me partager les interrogations qu'il portait sur la manière de vivre sa foi chrétienne. Il avait perçu que le fait de croire se met aussi en actes et que la foi est un chemin d'aventure.

Faire la star académie - Un jour j'ai eu l'idée d'organiser une soirée pour les adolescents du catéchisme : une compétition de chant et de danse. Ils avaient un mois pour préparer leur chant et leur chorégraphie. Nous avions constitué un jury comme à la télé. Au début, bien sûr, ils étaient plusieurs à se préparer, mais le jour même, il n'y en avait plus que quatre à présenter leurs qualités artistiques. Sur ces quatre, deux avaient invité des amis orthodoxes qui s'intéressaient, eux aussi, à la danse et au chant. A la fin, ces amis m'ont demandé : « Monsieur, est-ce qu'on peut venir au catéchisme l'année prochaine ? »

Une tentation. Bien sûr, plusieurs activités que j'ai démarrées pour les jeunes continuent grâce à la main forte des laïcs et des religieuses ; le nombre des participants a même augmenté. Mais je me rappelle encore le climat général en Grèce ; la question des prêtres, en paroisse et parfois aussi en communauté  : « Pierre, combien de jeunes y avait-il dans ta réunion ? » – Et moi : « deux, trois, quatre... » – Et eux : « Oh malheureux ! est-ce que ça vaut la peine de travailler avec si peu des gens ? » Plutôt que d'évaluer une activités en fonction du nombre des participants, sa “réussite” ne devrait-elle pas se mesurer par rapport à trois qualités : le courage de croire à l'Église malgré les problèmes ; l'audace de proposer et d'entreprendre des chemins nouveaux ; un zèle capable d'enflammer les cœurs des autres, « un feu qui engendre d'autres feu ». (Cf. le titre du Décret 2 de la 35ème Congrégation générale)

Une perspective d'avenir. A mon avis, aujourd'hui, si l'Église veut toucher ces régions dont on a parlé, elle est appelée à pérégriner, sans se laisser cantonner dans des limites. L'image du pasteur est encore actuelle. Il faut qu'il cherche du pâturage pour ses brebis et s'il y en a une qui se perd, il doit aller la chercher. J'en suis persuadé, le rapport à autrui en vue d'une perspective de la foi se jouera dans un cadre d'écoute et d'accompagnement. Les expériences de ce type ne manquent pas dans l'Évangile et nous invitent à le faire. Comme Jésus sur la route d'Emmaüs, il faut rendre les cœurs brûlants jusqu'à ce que vienne l'invitation : « Reste avec nous ». Comme Philippe avec le fonctionnaire éthiopien sur son char, il faut marcher avec, accompagner, être patient, jusqu'à la demande : « Qu'est-ce qui empêche que je sois baptisé ? ». Comme Pierre à la Pentecôte, il faut bouleverser et être prêt à répondre quand viendra la question : « Frère, que devons-nous faire ? ».

Pierre HONG sj

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Pour en savoir plus :

> Communauté d'Athènes en Grèce

> Qu'est-ce que la régence des jésuites en formation ?

> Décret 2 de 35ème C.G