Retour à la page d'accueil
compagnons > assemblée des Jésuites de France (2008) > Patrick
spiritualité
C'est quoi ?
Ignace de Loyola
François-Xavier
Exercices Spirituels
compagnons
Communautés
Rencontres
Portraits
Nos 5 préférences
devenir sj
Récits
Jeunes jésuites
Vocation
Noviciat
Les derniers nés
missions
Culture
Jeunesse
Sciences
Vie spirituelle
Foi et justice
Hors frontière
Eglises
histoire
Chronologie
Par thèmes
Jésuites du XXe
Saints
sites internet
Jésuites
Chrétiens
Surprises
Site du mois
forums

Nous écrire

 

Avec gratitude
et pour la croissance
de l'homme,
sentir dan
s l'Église

Par Patrick Goujon, sj


Je partirai de mon enfance à Verdun, dans la paroisse du centre ville dans laquelle les milieux sociaux se mêlaient largement (ouvriers, petite bourgeoisie de province, tout autant que ce quart-monde toujours présent des années 70). De ces années, je garde surtout un souvenir, qui est jusqu'à présent pour moi comme une parabole. Vers l'âge de 13/14 ans, alors que je commençais à prendre quelques parts actives à l'animation des messes mais que de mon côté mon intérêt pour une vie au service de l'Église était déjà bien éveillé, mon curé me proposait de faire partie du conseil paroissial. Ce fut une grâce : par cette invitation, je découvrais que l'unité de notre paroisse, sa vie évangélique était aussi marquée par de très fortes divisions, des conflits parfois violents entre les personnes. Cela ne me fit jamais désespérer et me donna à penser : c'était ainsi, sans que cela ruine ma confiance dans l'Église ni ce que j'en recevais. Au contraire, je comprenais plutôt que Dieu ne s'arrêtait pas à cela. Je n'en fais pas une parabole pour justifier nos incohérences ; je ne pouvais simplement pas ne plus aimer subitement celles et ceux qui me faisaient découvrir la bonne nouvelle des Béatitudes.

Quelles sont à partir de là quelques-unes des convictions qui m'habitent pour développer ce sens vrai de l'Église ? J'énoncerai, chemin faisant, des critères qui me sont apparus après coup.

Pour commencer, je voudrais rendre grâce pour la formation reçue dans la Compagnie à sentir avec l'Église. Pour la formation spirituelle en premier lieu. Ce qui nous donne de grandir, ce n'est pas d'assurer la conformité d'un comportement, d'opinions. Ce qui est premier est ce que je reçois comme don de Dieu : découvrir comment il se donne, comment je vis de Lui, de son amour pour moi qui m'appelle à vivre de justice et de charité. Mais Dieu ne se donne pas à moi seul, il agit dans son Eglise, se fait connaître par elle, dans sa longue histoire et ses activités d'aujourd'hui.

Premier critère pour le sens vrai de l'Église  :
non pas ce qui me plaît, mais ce qui va dans le sens d'une croissance de la foi, de l'espérance et de la charité. J'ai rencontré des personnes dont les expressions de foi m'étaient étrangères mais qui grandissaient dans ce sens. Dieu fait œuvre et il m'enseigne.

Autre motif d'action de grâce : je rends grâce pour le sens théologique de la Compagnie telle que je l'ai rencontrée en France. Loin des suspicions, des légendes ou des caricatures où l'on joue à se faire peur, j'ai surtout reçu, de mes professeurs et de bien d'autres jésuites, un vrai sens de l'Eglise, une loyauté généreuse – qui n'est pas exempte de coups de gueule. Mais on se souvient tous de la parabole des deux fils, le plus prompt à dire « amen » n'étant pas dans l'histoire celui qui fait effectivement la volonté du père…

En un mot, qu'ai-je reçu ? un rapport vivant à la Tradition pour le service de l'Église dans le monde d'aujourd'hui. La Tradition nous permet de dire la pertinence de l'Évangile parce que des générations de chrétiens ont tenté de la dire. Mais je suis plus frappé par le labeur de la Tradition, ses essais, ses tâtonnements, ses conflits, que je ne serai impressionné par elle comme on le serait par un monument qui vous surplombe et reste inaccessible. La Tradition ressemble plutôt à une plage de galets polis par le ressac de la mer qu'à un bel alignement de vérités éternelles mais muettes.

Second critère  :
est-ce que je reçois l'appel de l'Église à exercer mon intelligence avec d'autres à propos de ce mystère d'un Dieu d'une proximité étonnante ? L'Église me fait confiance parce que Dieu s'est confié à nos paroles et à notre intelligence, « notre sentir » pour parler de Lui aux hommes. Est-ce que par peur, comme l'intendant infidèle, je préfère enfouir ce talent au lieu de le faire fructifier ? Sommes-nous si certains que nous avons tout entendu de la Parole de Dieu ? Comme Église, nous n'avons pas seulement à traduire en langage nouveau ce qui nous serait déjà connu, mais n'avons-nous pas à entendre le langage nouveau de l'Évangile ?

Accepter de porter des blessures – Par formation et par ma mission actuelle dans le domaine de l'histoire de la spiritualité et de la théologie, je suis amené à vivre et à travailler sur le terrain blessé de l'Église et du monde universitaire. Les relations sont faites à la fois de rencontres, d'intérêts partagés mais aussi de fascination et de suspicions réciproques. On ne peut avancer qu'à visage découvert en signe de bonne foi.

Je n'évoquerai qu'un aspect : en préparant mon doctorat à l'EHESS, en participant régulièrement à tel séminaire, je me suis laissé guider par cette conviction, patiemment éprouvée. Je n'ai pas à présupposer de mes interlocuteurs l'intelligence de la foi, donc, je n'ai pas à leur adresser, même en secret, de reproches. En revanche, l'explicitation intelligente de la foi nous revient comme tâche pour peu que des signes d'intérêt nous soient donnés. Que serait un sens de l'Église qui ne se risque pas à une parole pour d'autres ? Parler de “sens de l'Église” n'a-t-il pas véritablement de sens que dans la mesure où il me sert à porter plus loin la foi que Dieu lui a confiée ?

Et demain ? Je forme 3 souhaits :

•  Que nous ayons le soin de faire connaître ce qui se vit de bon dans l'Église et dans l'humanité, à la manière des lettres de Paul. Ses lettres transmettaient des nouvelles de la bonté de Dieu vécue y compris dans les heurts des communautés.

•  Travailler les traditions spirituelles du christianisme pour que s'engendrent des formes de vie chrétienne dans nos sociétés.

•  Ne pas oublier la Sagesse, ce « poumon, comme l'écrivait Paul Beauchamp, par lequel Israël respirait l'air commun ». Ce n'est pas pour l'Église que Dieu vient mais pour l'humanité toute entière dans laquelle il œuvre en secret.

Que nous ayons le sens vrai de sa volonté !

Patrick GOUJON sj

> Retour à l'Assemblée Provinciale des jésuites de France fin 2008 >


 

Pour en savoir plus :

> Surin et l'art de la communication, thèse de Patrick Goujon, jésuite

> Prendre part à l'intransmissible - La communication spirituelle à travers la correspondance
de Jean-Joseph Surin (XVII°)

> Religion et Politique, session septembre 2007 Coll. Philosophie

> L'ordination de Patrick Goujon en 2004

> Autour de l'oeuvre de Didier Rimaud: Didier Rimaud et les Psaumes : traduire, écrire, prier par
Patrick Goujon