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Par Patrick Goujon, sj
Quelles sont à partir de là quelques-unes des convictions qui m'habitent pour développer ce sens vrai de l'Église ? J'énoncerai, chemin faisant, des critères qui me sont apparus après coup. Pour commencer, je voudrais rendre grâce pour la formation reçue dans la Compagnie à sentir avec l'Église. Pour la formation spirituelle en premier lieu. Ce qui nous donne de grandir, ce n'est pas d'assurer la conformité d'un comportement, d'opinions. Ce qui est premier est ce que je reçois comme don de Dieu : découvrir comment il se donne, comment je vis de Lui, de son amour pour moi qui m'appelle à vivre de justice et de charité. Mais Dieu ne se donne pas à moi seul, il agit dans son Eglise, se fait connaître par elle, dans sa longue histoire et ses activités d'aujourd'hui. Premier critère pour le sens vrai de l'Église : Autre motif d'action de grâce : je rends grâce pour le sens théologique de la Compagnie telle que je l'ai rencontrée en France. Loin des suspicions, des légendes ou des caricatures où l'on joue à se faire peur, j'ai surtout reçu, de mes professeurs et de bien d'autres jésuites, un vrai sens de l'Eglise, une loyauté généreuse – qui n'est pas exempte de coups de gueule. Mais on se souvient tous de la parabole des deux fils, le plus prompt à dire « amen » n'étant pas dans l'histoire celui qui fait effectivement la volonté du père… En un mot, qu'ai-je reçu ? un rapport vivant à la Tradition pour le service de l'Église dans le monde d'aujourd'hui. La Tradition nous permet de dire la pertinence de l'Évangile parce que des générations de chrétiens ont tenté de la dire. Mais je suis plus frappé par le labeur de la Tradition, ses essais, ses tâtonnements, ses conflits, que je ne serai impressionné par elle comme on le serait par un monument qui vous surplombe et reste inaccessible. La Tradition ressemble plutôt à une plage de galets polis par le ressac de la mer qu'à un bel alignement de vérités éternelles mais muettes. Second critère : Accepter de porter des blessures – Par formation et par ma mission actuelle dans le domaine de l'histoire de la spiritualité et de la théologie, je suis amené à vivre et à travailler sur le terrain blessé de l'Église et du monde universitaire. Les relations sont faites à la fois de rencontres, d'intérêts partagés mais aussi de fascination et de suspicions réciproques. On ne peut avancer qu'à visage découvert en signe de bonne foi. Je n'évoquerai qu'un aspect : en préparant mon doctorat à l'EHESS, en participant régulièrement à tel séminaire, je me suis laissé guider par cette conviction, patiemment éprouvée. Je n'ai pas à présupposer de mes interlocuteurs l'intelligence de la foi, donc, je n'ai pas à leur adresser, même en secret, de reproches. En revanche, l'explicitation intelligente de la foi nous revient comme tâche pour peu que des signes d'intérêt nous soient donnés. Que serait un sens de l'Église qui ne se risque pas à une parole pour d'autres ? Parler de “sens de l'Église” n'a-t-il pas véritablement de sens que dans la mesure où il me sert à porter plus loin la foi que Dieu lui a confiée ?
Que nous ayons le soin de faire connaître ce qui se vit de bon dans l'Église et dans l'humanité, à la manière des lettres de Paul. Ses lettres transmettaient des nouvelles de la bonté de Dieu vécue y compris dans les heurts des communautés. Travailler les traditions spirituelles du christianisme pour que s'engendrent des formes de vie chrétienne dans nos sociétés. Ne pas oublier la Sagesse, ce « poumon, comme l'écrivait Paul Beauchamp, par lequel Israël respirait l'air commun ». Ce n'est pas pour l'Église que Dieu vient mais pour l'humanité toute entière dans laquelle il œuvre en secret. Que nous ayons le sens vrai de sa volonté ! Patrick GOUJON sj > Retour à l'Assemblée Provinciale des jésuites de France fin 2008 > |
Pour en savoir plus : > Surin et l'art de la communication, thèse de Patrick Goujon, jésuite > Religion et Politique, session septembre 2007 Coll. Philosophie > L'ordination de Patrick Goujon en 2004 > Autour de l'oeuvre de Didier Rimaud: Didier Rimaud et les Psaumes : traduire, écrire, prier parPatrick Goujon |
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