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La première fois que j'ai entendu prononcer le mot Tuhan (mot Tausug qui signifie Dieu), c'était de la bouche de ma mère musulmane Rahma. Bien que j'aie été baptisé dans l'Église catholique, ma mère m'a toujours appelé affectueusement Ombra, nom dérivé de Umar, le deuxième calife de l'Islam. Il y a 47 ans, elle eut le courage d'épouser Pedro, mon père, qui était catholique. Sa famille l'avait déshéritée. Mais un jour elle alla à Jolo, Sulu, avec ses deux fils. Mon grand-père lui pardonna et il accueillit mon père dans la famille. Ce fut la période la plus heureuse de sa vie.
Sur le campus de l'Université des Philippines, je fus contrarié en écoutant quelques groupes évangéliques prêcher qu'à moins d'accepter Jésus comme sauveur personnel, on n'était pas sauvé. J'étais inquiet pour ma mère musulmane. Plein d'effroi, je suis allé chez un jésuite pour lui demander conseil. J'étais décidé à convertir ma mère au Christianisme de peur qu'elle ne puisse être 'sauvée'. Au lieu de m'encourager, le prêtre jésuite m'a réprimandé en disant que 'Si Dieu a appelé votre mère à être musulmane, laissez-la devenir une bonne Musulmane.' La rencontre avec le prêtre jésuite a été déterminante, car elle m'a aidé à redécouvrir l'Église Catholique. La lettre encyclique Mystici Corporis de Pie XII m'a révélé que 'pour gagner le salut, il ne faut pas toujours être incorporé à l'Église formellement, mais il faut y prendre part au moins en le désirant et en y aspirant (voto et desiderio).' C'était un changement par rapport à la lettre Singulari Quandum du pape Pie IX qui affirmait que: Extra Ecclesia Nulla Salus (Il n'y a pas de salut en dehors de l'Église). Ce changement s'est accompli à Vatican II, particulièrement avec le document Nostra Aetate qui professa un respect profond pour l'Islam et les Musulmans qui adorent le seul Dieu, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, qui parla à l'humanité à travers ses prophètes. L'Église a reconnu qu'elle était proche de tous ceux qui cherchent Dieu et promeuvent le bien. Le Dieu de tous intervient chez tous les peuples et dans toutes les cultures, en envoyant ses messagers guider chaque personne vers Lui. La révélation et le salut ne sont pas réservés exclusivement aux Chrétiens. Le jour où j'ai raconté à ma mère que j'allais entrer dans la Compagnie de Jésus, elle a souri et m'a dit: «Bien que je sois musulmane, je suis très heureuse pour toi - Lui, il est le même Dieu. Tu as mes bénédictions et mes prières.» Depuis 1996-97, je suis prêtre coadjuteur de la paroisse de Mabuhay, ville insulaire de Zamboanga du Sud, dans les Philippines. 30 pour cent des 25.000 habitants sont des Moros appartenant aux tribus Tausug et Sarnal. Ils vivent dans le quartier le plus pauvre de la ville situé à côté du port. Les Chrétiens et les Musulmans de l'île ne se fient pas les uns aux autres, mais ils ont appris à vivre ensemble dans une tolérance mutuelle. Je passais la plupart du temps à servir la population catholique, mais j'ai réussi à nouer des relations avec quelques familles musulmanes. Elles savent que je suis un prêtre catholique et ont appris que ma mère est musulmane. Cela n'a pas créé de problèmes; en réalité, elles manifestent du respect parce qu'elles savent que je sers Dieu aussi. Je croyais que le fait d'être issu d'une famille musulmane pouvait constituer un problème pour les Musulmans que je connaissais. Peutêtre pour les Musulmans conservateurs; mais la majorité Moros, les Musulmans philippins, l'accepte simplement. Ils représentent un courant parmi les Musulmans Malay, qui fut initié à l'Islam par les Soufis au 11eme siècle. Cependant, au début du 21ème siècle, ceci a changé avec l'arrivée des Wahhabites conservateurs et intolérants d'Arabie Saoudite qui ont gagné du terrain en Asie Sud Est, particulièrement depuis le 11 septembre. C'était le mois du Ramadan et j'attendais dehors mon ami ustaz (professeur) Hussein Sa-id qui prêchait pendant les salât (les prières) du vendredi dans une mosquée locale. Quand finalement il sortit de la mosquée après les salât (prières), il m'a salué d'un Salaam (paix) et m'a présenté aux autres Musulmans. Hussein remarqua: « Père René, si tous les gens prient, il n'y aurait pas de vauriens et de fomenteurs de troubles dans cette île.» Mon ami Hussein considère les prières comme un chemin vers la paix. Dans l'île de Olutangga, Hussein était mon compagnon de prière. Avec l'histoire de conflits et de violence entre l'Islam et le Christianisme, il est indispensable de trouver des compagnons de paix et de réconciliation. J'ai eu la chance de connaître ustaz Hussein. La plupart des Musulmans désirent la paix.
La menace d'irrationalisme et d'intolérance qui caractérisent certains secteurs religieux de la société aux Philippines est un combat pour ceux qui croient que Dieu est un Dieu de paix (As-Salaam/ Pax Christi), et un Dieu qui abhorre la violence. La paix n'est pas simplement un don; elle est un devoir important. Renato T. Oliveros, S.J.
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Pour en savoir plus : > Le site des Jésuites aux Philippines (en anglais) > Le dialogue inter-religieux, un livre de Michel Fedou > Introduction à Notre mission et le dialogue inter-religieux dans la 34 C.G. > Décret 5 : Notre mission et le dialogue inter-religieux dans la 34 C.G. > L'islam au miroir du christianisme, un ouvrage du Père Henri Sanson > Le dialogue islamo-chrétien, des passions toujours vives par le Père Van Nispen sj
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