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Une paroisse jésuite
En mars 2006, nous avons eu la joie d'accueillir parmi nous un Compagnon belge, Franck Janin qui a accompagné notre petite communauté de trois personnes dans une retraite ESDAC (Exercices Spirituels pour un Discernement Apostolique Communautaire), dans le but de préparer la visite du Père Général parmi nous le mois suivant. Ce fut un temps de partage intense où nous avons pu dépasser nos différences de culture (franco-germano-belge) et de sensibilité, pour tenter de viser un projet commun, auquel le Père Général a fait écho en nous énonçant clairement au terme de sa visite qui nous étions : une paroisse jésuite, c'est-à-dire ouverte sur le monde et spécialement au dialogue interreligieux, spirituelle avec le souci de l'accompagnement des personnes, et sociale avec l'attention aux plus défavorisés. En charge de la seule et unique paroisse d'Ankara, avec ses deux églises et communautés, turcophone et étrangère, et en contact avec les milieux officiels et académiques turcs et étrangers, nous essayons de remplir de notre mieux la mission qui nous est confiée. Patrice Jullien de Pommerol (Province de France), curé de cette paroisse, continue à animer la communauté turcophone. Plus spécialement, après avoir terminé de traduire les exercices spirituels dans la langue d'Orhan Pamuk (prix Nobel de littérature cette année) et avoir entamé la révision de cette traduction en détail avec l'aide d'Antuan (novice jésuite turc étudiant à Bologne, en expériment parmi nous en septembre), il s'attaque maintenant à son cours sur l'Evangile de Matthieu (analyse structurale) qu'il commence à présenter au groupe des catéchumènes. Pour le reste, il coordonne la catéchèse des francophones et reçoit les visiteurs qui se pressent au portillon. Félix Körner (Province d'Allemagne) a passé un été mi-détente à visiter le pays et mi-studieux à travailler à sa thèse en théologie sur le dialogue. A la rentrée, il a commencé un nouveau travail : l'enseignement d'un cours d'anthropologie philosophique (4h/semaine) à la Middle East Technical University, l'université d'état anglophone d'Ankara, où il introduit des étudiants à la philosophie allemande. Pour le reste, il continue à entretenir ses relations avec l'Allemagne où il joue de temps en temps un rôle de facilitateur dans les relations avec la presse ou le monde académique. Il vient également de faire paraître un livre où il a traduit en allemand et présenté des articles de théologiens turcs.
Jean-Marc Balhan (Province de Belgique Méridionnale) a mis au point cet été avec Paul Malvaux (BME), un trekking sur les pas de Saint-Paul pour un groupe de jeunes belgo-français, suivant le trajet Attalia-Antioche de Pisidie : deux semaines de marche, sac et tente au dos, dans la montagne et dans les champs, au bord d'un lac ou dans les villages à lire les lettres de Paul, à s'imprégner de l'islam traditionnel et à prendre le thé avec les bergers. En septembre, il s'est rendu en Syrie avec Felix, pendant une semaine pour la rencontre des « Jesuits among Muslims ». Le lieu de rencontre était Mar Musa, un ancien monastère syriaque entièrement rénové par le P. Paolo Dall'Oglio, situé en plein désert, lieu de pèlerinage et de rencontre pour l'Eglise syrienne et centre de dialogue islamo-chrétien, où vit une petite communauté de jeunes que Paolo a rassemblée. Nous étions un groupe d'une vingtaine de compagnons des cinq continents : nous avons partagé nos expériences et rencontrés diverses communautés musulmanes du pays, profitant du réseau de relations de Paolo. Revenu des activités de l'été, Jean-Marc a relancé les activités pastorales (liturgie, catéchèse) et sociales (réfugiés) de la communauté chrétienne anglophone et mis au point avec un jeune une ébauche en anglais de site internet pour la paroisse ( www.ankatolik.org ). Il est alors parti en Belgique pour des contacts divers et pour y faire sa retraite de préparation aux derniers vœux qu'il allait prononcer à Ankara le 5 novembre, célébration à laquelle se sont joints un bon groupe du Proche Orient ainsi que sa famille et plusieurs membres de la BME (Province de la Belgique Méridionnale). Derniers vœux à Ankara
Sont d'abord arrivés du Liban Denis Meyer et Charles Libois, que Jean-Marc a piloté sur les sentiers de Cappadoce, un séjour qui s'est rapidement transformé en un pèlerinage sur les pas de Grégoire de Naziance grâce à l'appétit insatiable de Denis pour toutes les pierres qui lui rappelaient le passage de ce grand docteur sur lequel il fit sa thèse aux temps jadis ! Ont ensuite pris le relais Fadel Sidarouss, arrivant de sa tournée en Europe puis David Neuhaus, un compagnons israélien. Les « Belges », c'est-à-dire les parents et la sœur de Jean-Marc, ainsi que Daniel Sonveau, provincial belge actuel et Jean Charlier, ancien professeur, provincial et accompagnateur de troisième an, sont tous arrivés dans le même avion la veille des vœux. Le matin du dimanche 5 novembre 2006, la création tout entière avait également souhaité marquer l'événement en revêtant un blanc manteau de neige de quinze centimètres d'épaisseur, plutôt inhabituel pour la saison… La messe, qui eut lieu dans l'église où Jean-Marc préside habituellement l'Eucharistie en anglais tous les dimanches pour une communauté internationale de deux cents personnes, rassemblait également la communauté chrétienne turcophone, venue spécialement pour l'occasion, et fut célébrée en anglais, turc et français, animée par la chorale philippine qui prépara également le buffet qui réunit tout le monde après la célébration. Le soir fut l'occasion d'un repas turc festif dans un restaurant situé au cœur de l'ancienne citadelle surplombant la ville d'Ankara.
Après les vœux, Patrice est parti trois semaines en France, tandis que Félix et Jean-Marc se relayaient pour accueillir les journalistes de tous les pays qui se pressaient au portillon à l'occasion de la visite de Benoît XVI parmi nous. Tous alors nous sommes rendus le 1er décembre à Istanbul avec une petite délégation de notre paroisse pour la messe finale célébrée par le pape dans la cathédrale.
La visite du pape La visite du pape en Turquie ne se présentait pas sous les meilleurs auspices : après avoir déclaré comme Cardinal Ratzinger en 2004 que la Turquie n'avait pas vocation d'entrer dans l'Union, puis avoir prononcé, comme nouveau pape sa malheureuse allocution de Ratisbonne, Benoît XVI n'était pas précisément le bienvenu. Le Président des affaires religieuses, Mr. Bardakoglu était justement le premier des leaders musulmans à avoir répondu vertement au Vatican et la rue n'était pas de reste : « Maudit sois celui qui maudit le Prophète », pouvait-on lire sur les affichettes dans les vitrines des magasins de notre quartier traditionnel, la semaine qui a suivi. Le jeu s'est rapidement calmé, mais on se souvient cependant combien il a été difficile à un représentant du gouvernement de se décider à accepter de rencontrer le pape… Les medias occidentaux n'étaient pas de reste : ils donnaient de cette future visite l'impression que le pape s'apprêtait à aller en enfer. Et puis, les choses ont rapidement changé. Le dimanche précédent sa visite, le pape bénissait le peuple turc au cours de son angélus, tandis qu'un parti extrémiste organisait une manifestation à Istanbul. Le lundi, la presse turque était encore divisée : une moitié parlant de l'angélus, l'autre de la manifestation. A partir du mardi 28 novembre, jour de l'arrivée du pape, tout changea : Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre va accueillir le pape à sa descente d'avion et durant la conférence de presse suivant l'entretien, il déclare que le pape soutient l'entrée de la Turquie en Europe. Ensuite le pape va honorer Atatürk, le fondateur de la République à son mausolée, puis va rencontrer le président : deux symboles importants de l'Etat turc et de la laïcité. Vient ensuite le double discours à la présidence des affaires religieuses en compagnie de Bardakoglu: après la réparation de la « gaffe anti européenne », la réparation de la « gaffe anti-islam », où une partie de la presse turque titre que Bardakoglu a fait la leçon au pape. Le lendemain, messe à Ephèse où le pape répète à qui veut l'entendre le discours de son prédécesseur Jean XXIII : « J'aime les Turcs » et où il brandit le drapeau turc, photo en première page de tous les journaux. Il part pour Istanbul pour sa rencontre avec le patriarche Bartholomeos. Si une partie de l'opinion publique se demande s'il va reconnaître au patriarche son titre « œcuménique » (car pour la Turquie , il n'est que le patriarche du Fener, un quartier d'Istanbul), ce qui la passionne, c'est le suspense : va-t-il prier à Sainte Sophie ? C'est qu'en effet le lendemain, il devait faire une visite touristique à cette église qui était devenue une mosquée après la prise de Constantinople puis un musée, avec Atatürk, et où il est interdit de prier de manière obvie (quelques jours avant, des nationalistes turcs avaient essayé de prier à Sainte Sophie avant d'être emmené par la police). Il ne s'est rien passé, mais ce dont le monde se souvient c'est que le pape a bien prié, mais pas à Sainte Sophie : dans la mosquée bleue, dans une position qui ressemblait étrangement à celle des musulmans au début du namaz (la prière rituelle). Du coup dans les taxis : « le pape a fait le namaz » entend-on de temps en temps, même si aussi bien la présidence des affaires religieuses que le Vatican ont fait le point. Enfin, après la messe du vendredi 1 décembre matin à Istanbul, le pape quitte le pays en disant qu'il y laissait une partie de son cœur. Les Turcs étant des grands durs au cœur tendre, le pape a réussi, grâce à ses gestes et à ses petits mots à faire basculer l'opinion publique.
Bien sûr, sur le plan concret, cette visite ne va changer beaucoup la situation de l'Eglise et des chrétiens sur place, mais l'atmosphère est plus légère. Tout est fait aussi pour utiliser au maximum cette visite à des fins promotionnelles et pour changer l'image de la Turquie : que ce soit pour l'entrée en Europe ou pour le tourisme. Maintenant à Ankara la vie reprend son cours : Patrice conte l'Evangile de Matthieu aux catéchumènes, Félix se prépare à partir à Beyrouth pour nous représenter à la congrégation provinciale en fin d'année, et Jean-Marc est de retour à sa thèse sur les mouvements créationnistes dans la Turquie d'aujourd'hui ! A tous les compagnons de la province de France, nous souhaitons une excellente année 2007 ! Ankara, le 12 décembre 2006 Jean-Marc Balhan.
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Jésuites : serviteurs
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