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Les peuples
indigènes
de l'Amazonie
au Brésil

Article de Juan Fernando Lopez Pérez, dans l'Annuaire mondial 2011
de la Compagnie de Jésus

Ci-dessus « Les indigènes construisant la maison commune de la planète », affiche du « Conseil Missionnaire pour les Indigènes » du Brésil, l'organisme de la Conférence Épiscopale brésilienne pour la défense des peuples indigènes

"La préservation de l'Amazonie est une bataille que l'humanité ne peut pas perdre; la Compagnie de Jésus lutte et doit continuer à lutter en faveur de cette cause."

P. Général de la Compagnie de Jésus

L'Amazonie couvre 43% de l'Amérique du Sud. Le fleuve Amazone est alimenté par plus de 1.100 affluents principaux, sans parler d'une multitude de ruisseaux qui s'y déversent; on peut y naviguer sur 25.000 kilomètres, ce qui constitue le plus grand réseau navigable du monde. La région amazonienne couvre 20% des eaux douces non gelées de la planète. C'est un immense archipel d'écosystèmes riches en biodiversité.

On trouve en Amazonie 34% des forêts primaires du monde, lesquelles abritent entre 30% et 50% de la faune et de la flore mondiales. On estime que l'Amazonie emmagasine entre 80.000 et 120.000 millions de tonnes de carbone. Ce vaste jardin qu'est l'Amazonie constitue un élément essentiel pour l'équilibre climatique et systémique de la planète et, par conséquent, pour l'avenir de l'humanité.

Les recherches archéologiques nous disent que l'homme est présent dans cette région depuis onze mille ans, alors que l'arrivée des européens dépasse à peine 500 ans. Avant la colonisation européenne, les peuples autochtones utilisaient les ressources naturelles de façon raisonnée et raisonnable, maintenant un rapport d'équilibre avec leur milieu de vie. On y observait un très grand respect pour la nature et la biodiversité du milieu allait de pair avec la mobilité des populations.

Le vaste jardin qu'est l'Amazonie constitue un élément essentiel pour l'équilibre climatique et systémique de la planète et, par conséquent, pour l'avenir de l'humanité.
Y vivent trois millions d'indigènes ; auxquels depuis douze ans la mission itinérante des jésuites cherche à porter « l'Évangile de la Vie » dans le respect et la valorisation de leur culture.

L'arrivée des européens allait apporter des changements dramatiques : pillage des ressources naturelles, esclavage et extermination des peuples autochtones de ce coin du monde. Il s'agit d'une des plus grandes catastrophes démographiques de l'histoire récente; elle s'est poursuivie aux 19ème et 20ème siècles avec l'exploitation du caoutchouc :
"Tout le long des voies navigables, partout où pouvait arriver un canot ou une embarcation, les villages étaient attaqués, incendiés et la population chassée ou exterminée. Des groupes d'Indiens chassés de leurs terres parcouraient la jungle en toutes directions. Partout où ils allaient, ils rencontraient des collectionneurs de caoutchouc et d'autres substances du genre, ne reculant devant rien pour les exterminer"
(Darcy Ribeiro, Los indios y la civilizacion, 1979).

Des jeunes de Yanomami.

L'Amazonie compte une population de 40 millions de personnes. On estime qu'il y a trois millions d'indigènes, constituant environ 400 peuples et parlant 250 langues regroupées en 49 familles linguistiques différentes. Parmi celles-ci, les plus importantes sont les suivantes: Aruak, Karib et Tupí-Guarani. Cette diversité socioculturelle et linguistique est un bel exemple de l'adaptabilité de la personne humaine au riche et diversifié biome de l'Amazonie, avec son non moins varié "archipel d'écosystèmes". La diversité socio-environnementale de l'Amazonie est une énorme richesse pour l'humanité et la vie de la planète, et une expression du visage multiple de Dieu.

L'Amazonie est objet d'envie et de convoitise pour bien des acteurs: industrie du bois et du papier, compagnies pétrolières et minières, entreprises pharmaceutiques, alimentaires, hydroélectriques et maritimes, sans oublier les constructeurs des grands axes routiers qui traversent la jungle et les territoires des peuples autochtones qui y habitent. Les mafias de la drogue sont les maîtres de la région et ont sous leurs ordres une armée de bandits armés et de mercenaires prêts à tout. La réponse immédiate des États est la militarisation de l'Amazonie. Les plus touchés dans ces processus sont les peuples indigènes et les communautés habitant la région depuis des temps immémoriaux.

C'est ainsi que l'Amazonie est devenue un important enjeu politique et économique entre les grandes puissances, et l'une des régions de grand intérêt stratégique pour l'humanité que se disputent celles-ci. La biodiversité avec les sources d'énergie nouvelles qui s'y rattachent, l'eau douce, le génie génétique, les minéraux stratégiques, etc., sont objet de dispute parmi les grands conglomérats et états de ce monde. Les impacts socio-environnementaux affectant la vie des peuples autochtones et des communautés vivant de longue date dans la région, ainsi que le pillage des ressources naturelles ne comptent pour rien.

À la fin du 19ème siècle, les Indiens Yagua ont été déplacés de l'Amazonie colombienne vers le Pérou pour travailler comme "esclaves" dans l'industrie du caoutchouc, de l'or et du cuir, etc.. Aujourd'hui encore, ils continuent d'être exploités par les compagnies forestières : «L'histoire se répète, les grandes entreprises et quelques individus s'enrichissent; quant à nous, chaque jour, nous devenons de plus en plus pauvres et malades... Est-ce par hasard qu'on peut acheter ou vendre la terre, l'eau, l'air, le soleil.. .que Dieu a donnés à tous ?» - disait un vieux chef Yagua, un survivant à tous ces cycles d'exploitation.

Une jeune fille
Makuxi de Raposa Serra do Sol

Les évêques catholiques d'Amérique latine réunis à Apprécia (Brésil, 2007) parlent dans le même sens et dénoncent la situation: «Très souvent, on subordonne la préservation de la nature au développement économique, sans se soucier des conséquences : dommages à la biodiversité, épuisement de l'eau et des autres ressources naturelles, pollution atmosphérique et changement climatique...

Quelques images d'indigènes issus de divers groupes de population de l'Amazonie brésilienne: un enfant Yanomami en train de dessiner

Lors de la prise de décisions concernant la biodiversité et la nature, on ne tient pas compte des populations habitant ces régions depuis des siècles. On ne cesse d'agresser la nature. La terre est sujette à toutes sortes de pillages. On traite l'eau comme une marchandise et un bien que doivent se disputer les grandes puissances». Dans son discours aux jeunes réunis dans le stade de Pacaembu à São Paulo en 2007, le pape Benoît XVI a vigoureusement dénoncé "les ravages causés à l'environnement de l'Amazonie et les menaces à la dignité humaine de ses peuples".

Lors d'une réunion de chamans, Tajy Poty, vieux chaman Kokama, a déclaré: «Est-ce que Tupana (Dieu en Tupi) a eu tort de nous créer, nous, les peuples autochtones de l'Amazonie ? Est-ce que le Dieu des blancs en est un puissant et le nôtre un Dieu faible ?» Après un bref silence, afin de nous faire réfléchir, Poty Tajy a continué à faire une lecture critique et ironique du mythe chrétien de la création : «Dieu a pris de l'argile blanche et avec beaucoup de soin a modelé deux visages humains. Il souffla sur eux et leur donna la vie. C'est ainsi qu'il a créé l'homme blanc et la femme blanche, beaux et puissants. Il secoua ensuite ses mains boueuses. Les miettes qui en tombèrent, ce sont nous, les peuples autochtones». Et de conclure: « Est-il vrai que Dieu nous a créés de cette façon ? »

une jeune fille Yanomami maquillée pour une fête

Quelle est l'image de Dieu qu'ont transmise les Occidentaux aux peuples indigènes de la Pan-Amazonie? L'industrie forestière ou pétrolière, l'industrie de l'élevage des animaux ou l'industrie alimentaire qui s'empare d'une région déterminée de l'Amazonie et exploite les populations autochtones qui y vivent, se présente comme le «bon petit patron» qui construit la chapelle, achète la statue du saint local, y allume une bougie; c'est aussi lui qui s'empresse d'y arriver le premier pour prier, organise la fête patronale, fait don d'une vache et de quelques caisses de bière, s'assurant que tous aient à manger et à boire durant la fête. Et le prêtre s'empresse de venir donner sa bénédiction.... Quelle image de Dieu transmettons-nous ? Voici ce qu'en dit Maika, guerrière Ticuna: « Vous dites que nous ne sommes ni civilisés, ni chrétiens, mais si c'est cela être civilisé et chrétien, nous ne voulons pas l'être du tout. »

Depuis douze ans, l'équipe itinérante jésuite d'Amazonie s'efforce d'apprendre aux côtés des peuples autochtones de cette région du monde. Plus d'une fois, lors de rencontres ou de réunions, nous avons entendu nos frères et soeurs autochtones nous dire : « Nous aimerions vous faire partager notre sagesse, notre philosophie de la vie... Mais il semble que vous, les blancs, n'écoutez pas et n'arrivez pas à comprendre ». Du point de vue de notre logique occidentale, linéaire et fragmentée, ce genre de discours nous fait mal. Il est tout aussi important de «faire un pas en avant», de modifier notre réflexe «espace­temps» pour aller à la rencontre de nos frères et soeurs indigènes, d'entendre ce qu'ils ont à nous dire, des les écouter avec attention pour réapprendre à «penser avec le cœur », lequel a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Dans les villages, en plus d'allaiter leurs enfants, les femmes autochtones doivent souvent nourrir de très jeunes animaux (singe, chevreuil ou sanglier)... Une dame Kokama, qui nourrissait avec patience et tendresse un faon, a bien voulu nous expliquer leur façon de voir les choses : «Dès l'aube, mon mari est parti avec d'autres chasseurs du village. Tout ce qu'ils ont trouvé était une biche avec ses petits. Ils ont dû la tuer parce qu'il se faisait tard et qu'ils devaient apporter quelque chose à manger. S'ils avaient rencontré un autre animal, ils n'auraient pas tué la biche. Mais ils ont également amené au village avec eux les petits; il n'était pas question de les abandonner à leur propre sort. Car, tout comme la biche «s'est sacrifiée» pour nourrir mes enfants, je dois nourrir les siens pour que demain, mes enfants et ses petits continuent à s'entraider.»

Venu à Manaus pour un séminaire sur la délimitation des territoires autochtones, Totorixiu Yanomami a été impressionné par l'ampleur de cette agglomération de «blancs», Manaus (deux millions d'habitants), où toute végétation a été détruite. Il est devenu beaucoup plus perplexe en entendant les blancs se plaindre de la chaleur de la ville. Son discours fut bref et direct: «Nape (le blanc) ne comprend rien. Pour construire son village, il abat tous les arbres. Et puis, il se plaint de la chaleur... Nous, les Yanomami, construisons notre Xapona (village) au milieu des arbres; nous ne coupons que ceux qu'il est nécessaire de couper pour bâtir. Nous protégeons nos arbres et ces derniers nous protègent de la chaleur.»

Lors de leur réunion tenue à Aparecida (2007), les évêques d'Amérique latine reconnaissent que les peuples autochtones ont beaucoup à nous enseigner : «L'Église apprécie particulièrement le respect des autochtones pour la nature et leur amour de la Mère Terre, comme source de nourriture, maison commune et autel du partage humain». Ils nous invitent également à prendre «conscience de l'importance de l'Amazonie pour toute l'humanité» et nous encouragent à « soutenir l'Église d'Amazonie, avec les ressources humaines et financières nécessaires, afin de poursuivre l'annonce de l'Evangile de la Vie ».

Pour sa part, le père Adolfo Nicolás, supérieur général de la Compagnie de Jésus, insiste sur cette perspective mise de l'avant par les évêques d'Amérique latine, en l'appliquant à l'engagement et au service de la Compagnie de Jésus en faveur de l'Amazonie et de ses peuples.

Dans une lettre de 2009 adressée au père Roberto Jaramillo, supérieur de la région amazonienne du Brésil, à l'occasion du pré-forum « Fès en la Amazonia » précédant le Forum social mondial (Belem, Brésil, 2009), le Père Général écrivait:
« ...La préservation de l'Amazonie est une bataille que l'humanité ne peut pas perdre; la Compagnie de Jésus lutte et doit continuer à lutter en faveur de cette cause.

De façon tout à fait juste, la Conférence des Provinciaux d'Amérique Latine (CPAL) considère l'Amazonie comme une priorité (Introduction et perspective 29,9). La région de l'Amazonie (BAM), qui a à peine quatre ans d'existence, a besoin de ressources humaines et matérielles pour accomplir sa mission. Plusieurs provinces d'Amérique latine et d'ailleurs lui accordent généreusement leur soutien - et j'invite d'autres à suivre leur exemple; elles considèrent que, ce faisant, elles contribuent à la mission universelle de la Compagnie pour la promotion de relations justes avec la création.»

Comme le vieux chef Jagua (rivière Oroza, Amazonie péruvienne) nous disait lors d'un atelier sur les questions socio­environnementales : « Conscients que nous sommes tous fils et filles de Pachamama, c'est en gérant de façon responsable et en protégeant cette Terre Mère que nos enfants et leur descendance pourront y continuer la danse de la vie.»

Juan Fernando
Lopez Pérez, S.J.
Traduction de Marc Brousseau, S.J.

 

Pour en savoir plus :

> Appel à la solidarité avec les indiens du Brésil

> La forêt en agonie « Est en flammes » l'Amazonie, ñande rekoha (notre demeure)

> La Compagnie de Jésus et l'écologie, hier et aujourd'hui

> Brésil : en descendant le puissant Amazone

> Brésil : parmi les gens de la rive de l'Amazone

> Amazonie : un jésuite chez les Jivaros

> L'Ecole de musique San Ignacio de Moxos

> L'opéra sur La Mission San François Xavier

> Le Frère Vicente Canas Kiwxi
martyr de la foi et de la justice