Communiqué de Presse
n°22 du 14 Mars 2008, Rome
Rome, le 14 mars 2008, n. 22
Homélie prononcée par le P. Adolfo Nicolás
dans l'église du Gesù de Rome
le 6 mars 2008
Clôture de la 35ème Congrégation Générale
Cette simple homélie sera en italien : je ne sais si ce sera pour vous soulagement ou souffrance...
Nous nous sentons à cette heure encore pleins d'une expérience que nous avons vécue au cours des deux derniers mois.
Nous avons entendu ce matin quelques considérations dans la prière et la reconnaissance sur cette expérience, une expérience pleine d'une riche diversité, peut-être la plus grande qui a été vécue dans l'histoire des Congrégations Générales.
En même temps que de cette diversité nous avons fait l'expérience aussi d'un grand désir d'entendre, d'écouter les autres, de nous ouvrir aux autres, si différents de nous, et le désir aussi de changer. Oui, un changement s'est fait en nous. Changement de nos points de vue dans la rédaction des documents et dans nos discussions. Et nous avons aussi acquis une attitude de plus grande attention aux autres. Nous avons rarement fait l'expérience dans une communauté si grande et si diverse d'une aussi grande joie de la joie des autres, d'une aussi grande tristesse des souffrances des autres. Et nous avons prié les uns pour les autres.
La première lecture d'aujourd'hui nous invite à aller à la source de cette expérience, et à faire de celle-ci une expérience chrétienne, pleinement chrétienne. Et la logique de cette expérience est très claire. Dieu est amour, et pour cela nous aimons nous aussi. Dieu est miséricorde, et pour cela nous nous faisons nous aussi miséricordieux. Dieu est bon, et nous voulons nous aussi être bons. Et si nous n'aimons pas, nous ne parvenons pas à dire quoi que ce soit. Je crois que c'est là que nous trouvons la racine et l'origine de notre identité et de notre mission. C'est là qu'est notre raison d'être. Pourquoi voulons-nous aimer les autres, aider ceux qui se sentent seuls, consoler ceux qui sont tristes, guérir ceux qui sont malades, libérer les opprimés ? Simplement parce que c'est ce que Dieu fait. Rien de plus. Comme nous l'a dit le Saint-Père, l'amour pour les pauvres n'est pas de nature idéologique, mais christologique. Telle est la véritable essence du Christ. Le Christ nous a montré comment Dieu agit, comment il se comporte, comment il aime ; et nous essayons de l'apprendre.
Il y a autre chose que nous dit la première épître de Jean : ce n'est pas chose accidentelle, que nous ferions aux heures où nous nous sentons courageux et même héroïques. Il s'agit d'une situation stable. L'épître nous invite à demeurer dans l'amour. Et cette expression est répétée à plusieurs reprises dans l'épître. Pour que Dieu demeure en vous vous devez demeurer dans l'amour, vous devez être unis aux autres. C'est là un ensemble de mots qui répète cette pensée.
La Congrégation elle-même et maintenant cette liturgie nous invitent à nous rénover. Des hommes qui demeurent unis dans les intuitions, dans les contacts que nous avons établis avec le Seigneur et les uns avec les autres.
Dans le texte dans lequel nous avons réfléchi sur notre charisme nous disons que, en regardant le Christ, nous comprenons comment nous devons être nous-mêmes. En demeurant en Lui. Et nous savons très bien que ce qui fera changer l'Église et la Compagnie, ce ne sont ni nos formulations ni nos directives. Elles changeront si nous arrivons à nous convertir en des hommes nouveaux. Ce qui importe, ce n'est pas ce que nous voulons faire dans la communauté, mais quel type d'hommes communautaires nous devons être et demeurer : des hommes obéissants, des hommes qui savent user de discernement, toujours des hommes qui sont des compagnons ; toujours ! Non seulement avec ceux que nous avons choisis comme collaborateurs ; où que nous nous trouvions, nous devons être compagnons des autres, prêts à servir, toujours prêts à vivre en solidarité. Des êtres qui vivent en permanence dans l'amour et dans le service. "En tout aimer et servir" : nous avons tant de fois chanté cela tout au long de ces deux mois ! En tout. Non pas par héroïsme, mais comme manière d'être. C'est ce que nous avons demandé pendant ces deux mois.
L'évangile que nous avons entendu nous dit quelque chose de plus. Il nous dit que tout ce que nous avons fait a pour origine notre mission. Aujourd'hui, ici, dans cette église du Gesù, ce n'est pas moi qui ai choisi cette page de l'évangile. Ce sont d'autres qui ont choisi comme texte l'envoi en mission par le Christ. Au centre même de cet envoi se trouve l'appel à "demeurer". Nous sommes envoyés, comme vous en avez discuté ces jours-ci et comme cela se retrouve dans les documents, parce que nous sommes entrés dans le Christ. C'est le Christ qui nous envoie. La mission naît de la rencontre avec Dieu. Mais la mission fait référence aux autres. Elle commence dans le Christ et a son terme dans les autres, dans leurs joies, dans leurs espoirs, dans leurs souffrances. C'est comme si Marc nous disait : Faites que soit universel ce dont vous avez fait l'expérience pendant ces deux mois, durant la Congrégation Générale. Cet amour, cette préoccupation des uns pour les autres doivent maintenant s'étendre à tous ceux que nous rencontrerons. Cette collaboration, cette aide mutuelle doivent se changer en toute notre manière d'être. Cela n'est pas facile. Peut-être beaucoup d'entre vous connaissent un power point avec des lettres d'enfants à Jésus. Il y a une lettre qui dit : « Jésus, comment arrives-tu à aimer tout le monde ? Chez moi, nous sommes seulement quatre, et nous n'arrivons pas à nous aimer. »
Nous savons bien ce que cela veut dire. Pour nous, nous avons réussi cela entre les 225 que nous étions. Mais Comment y parvenir avec nos petites communautés, dans les Provinces, avec nos collaborateurs, si nous ne demeurons pas dans l'amour ?
L'évangile nous dit aussi comment remplir la mission. Il y a là une vision très dynamique ; pour ne pas m'étendre, je me limite aux points fondamentaux.
C'est un dynamisme qui, comme je l'ai dit, commence en nous-mêmes, quand nous allons vers les autres. Quelque chose qui est en dehors de nous se produit dans les autres. Les fruits sont de l'autre côté ; ils ne sont pas en nous. Il y a là une vision très moderne. Le fruit fait partie de l' output , il n'est pas notre input . Avant tout : allez, allez ; allez au monde entier. Au monde entier. Nous avons parlé de frontières, de périphérie. Et l'évangile nous dit : allez, allez. Et nous sommes allés et nous avons rencontré quantité de problèmes, avons commis bien des erreurs sur les frontières. Je pourrais vous parler de mes erreurs, mais je sais très bien qu'il y a aussi d'autres erreurs. Et nous avons compris que "aller" ne signifie pas seulement prendre l'avion, mais aussi entrer dans la culture, entrer dans la vie des gens. Aller veut dire étudier, chercher, entrer dans la vie des hommes. Solidarité, empathie, inculturation, respect des autres. Aller par le monde entier est plus difficile que nous le pensions. Et nous nous sommes sentis être comme des enfants. Qui sait si nous ne devrons pas découvrir le Royaume du ciel ?
Et l'on nous dit alors : « allez et proclamez l'Évangile ». Et c'est ce que nous avons fait. Parfois bien, d'autres fois moins bien. Mais nous avons alors compris que la proclamation de l'Évangile exige une visibilité de la parole de Dieu. Il ne s'agit pas de proclamer seulement de bouche. Il y a une visibilité qui est nécessaire : la visibilité de notre vie, la visibilité dans notre charge, dans notre travail. Dans l'ouverture aux autres, dans le service, dans le pardon, dans la compassion, dans la réconciliation. Dans la capacité d'aider les autres à être davantage en santé, davantage libres, davantage humains.
Mais l'évangile poursuit. Et quelque chose se passe alors. Les gens ont foi. Ceux qui croient sont ceux qui se transforment. Sur ce point, saint Ignace peut beaucoup nous aider. C'est une chose que saint Ignace a bien vue. Il ne s'agit pas d'une foi extérieure. La foi est transformation. Croire est une chose qui nous est arrivé à nous tous, à l'heure où nous nous sommes faits chrétiens, nous nous sommes faits jésuites. C'est un processus de transformation, un processus total qui change les gens, qui ouvre les portes à l'espérance, à l'amour, au risque assumé de se préoccuper des autres. Quand l'Évangile touche une personne, cette personne change. Il arrive réellement quelque chose qui nous fait grandir.
C'est en cela qu'est le salut, ajoute l'évangile. Mais il ne suffit pas de penser que peut-être, si je crois, je me sauverai ; cela est une chose très extérieure. Si je crois, je suis déjà sauvé. Croire, entrer dans ce processus veut dire trouver le salut. Et cela saint Ignace l'a très bien compris. C'est la question, c'est le centre de la pastorale ignatienne, que ce soit dans une paroisse ou dans l'éducation, dans la spiritualité de nos maisons ; et c'est précisément ce changement intérieur, cette transformation intérieure qui constitue le salut. Toute la pastorale ignatienne fondée sur les Exercices Spirituels consiste justement à aider les gens à changer intérieurement. Aussi, de cette transformation intérieure du cœur naît alors un changement dans nos mains, dans nos pieds, dans notre service, dans le travail, dans l'amour des autres.
Et au terme, dit l'évangile, il y aura des signes visibles. Or ces signes ne sont pas ceux du missionnaire ; le missionnaire demeure maintenant en marge. Les signes sont les signes de ceux qui croient. Et dès lors l'attention se centre sur ceux au service desquels nous sommes. Ceux qui croient découvriront que leur vie a changé. Les signes sont fruit de la foi, fruit d'une vie transformée. Et peut-être la question est-elle pour nous de discerner quels sont aujourd'hui les signes de l'Évangile. Ce ne sera pas souvent pour nous de ne pas les confondre avec les serpents. Quels sont les signes ? La justice, la paix, la compassion, la solidarité, la réconciliation, la dignité humaine. Quand tout cela devient universel, quand tous ont accès à ces éléments si humains de notre vie, nous pouvons dire que ce sont là les signes. L'Évangile nous dit : votre mission est d'aller et de proclamer un Évangile qui transforme les personnes ; et alors, par la suite, les signes se manifesteront.
Dans un autre passage, l'Évangile dit : c'est aux fruits que vous reconnaîtrez ceux qui sont vrais et ceux qui ne le sont pas. Et alors nous nous demandons : quels sont les signes qui manquent dans notre travail, nos paroisses, nos écoles, nos services et tout le reste ?
En conclusion : nous avons vécu une grande expérience et je crois que nous en avons tous conscience. Mais la parole de Dieu nous invite à aller à la source de cette expérience et à bien voir que cette transformation n'est pas quelque chose qui s'achève ici, mais quelque chose qui se poursuit, et que tout cela se change en une mission, une mission totale qui se poursuivra en produisant des fruits dans les autres.
Revenir dans nos maisons avec moins que cela ne justifierait pas les deux mois que nous avons vécu ensemble, guidés par l'Esprit et à la recherche de la volonté de Dieu. Aujourd'hui, nous demandons que cette expérience et la parole de Dieu que nous venons d'entendre opèrent de concert et produisent des fruits de transformation avant tout en nous-mêmes, et que ces fruits soient ensuite produits dans les autres pour que la foi que nous transmettons soit une foi qui transforme. C'est ce que nous demandons pour nous tous.
(Textes de l'Écriture : 1 Jn 4,7-19 ; Mc 16,15-20)
= FIN =
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