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Bulletin
de presse

du 21 février 2008

Communiqué de Presse  n°18 du 21 modifié 25 février 2008, Rome

Ci-dessous la version du Discours de réponse du pape
au Père Général

Discours du Père Général, le 21 FÉVRIER 

Le 21 février, à 11 :30, les membres de la Congrégation Générale ont été reçus par le Saint Père Benoît XVI en audience spéciale. Avant d'écouter le discours du Pape, le Père Général a adressé les mots suivants de salutation au Saint Père :

Très Saint Père,

Je voudrais que ma première parole soit aujourd'hui, en mon propre nom et au nom de tous ici présents, un chaleureux remerciement à Votre Sainteté qui a bien voulu recevoir avec bienveillance les membres de la Congrégation Générale réunie à Rome, après lui avoir déjà fait le don précieux d'une Lettre qui, par la profondeur de son contenu et par son ton positif, encourageant et affectueux, a sûrement été appréciée par toute la Compagnie de Jésus.

Avec gratitude, oui, et un sens fort de communion, nous nous sentons confirmés dans notre mission  aux frontières où se confrontent la foi et la science, la foi et la justice, la foi et le savoir, et dans le domaine stimulant  d'une réflexion sérieuse et d'une recherche théologique responsable. Nous sommes reconnaissants à Votre Sainteté, pour nous avoir encore une fois exhortés à suivre notre tradition ignatienne de servir là où l'Evangile et l'Eglise subissent les plus grands défis, un service rendu quelque fois au risque de sa propre tranquillité, réputation et sécurité. Il s'agit pour nous d'un motif de grande consolation, de constater que Votre Sainteté est plus que consciente des dangers auxquels un tel engagement nous expose.

Saint Père, je voudrais encore une fois revenir à la bienveillante et généreuse lettre, adressée à mon prédécesseur, le Père Kolvenbach, et à travers lui à nous tous. Nous l'avons reçue à cœur ouvert, nous l'avons méditée, nous y avons réfléchi, nous avons échangé nos réflexions et nous sommes déterminés à porter son message et son accueil inconditionnel à toute la Compagnie de Jésus.

En outre, nous voulons porter l'esprit de ce message à toutes nos structures de formation et créer à partir d'elles des occasions de réflexion et d'échange qui pourront aider nos Compagnons engagés dans la recherche et le service.

Notre Congrégation Générale à laquelle Votre Sainteté a exprimé son encouragement paternel, cherche dans la prière et le discernement, les voies d'un renouvellement de l'engagement de la Compagnie au service de l'Eglise et de l'humanité. Ce qui nous inspire et nous mobilise est l'Evangile et l'Esprit du Christ : sans la centralité du Seigneur Jésus dans notre vie, nos activités apostoliques n'auraient aucun sens, nous n'aurions plus aucune raison d'être. Du Seigneur Jésus nous apprenons à être proches des pauvres, des souffrants, des exclus de ce monde.

La spiritualité de la Compagnie de Jésus puise sa source dans les Exercices de Saint Ignace. C'est à la lumière des Exercices Spirituels, qui à leur tour ont inspiré les Constitutions de la Compagnie, que la Congrégation Générale, en ces jours, aborde les thèmes de notre identité et de notre mission. Les Exercices Spirituels avant d'être un précieux instrument d'apostolat, sont pour le jésuite, la pierre de touche avec laquelle nous jugeons notre propre maturité spirituelle.

En communion avec l'Eglise et guidés par le Magistère, nous cherchons à nous engager en profondeur au service, au discernement, et à la recherche. La générosité avec laquelle tant de jésuites travaillent pour le règne de Dieu, jusqu'à sacrifier leur propre vie pour l'Église, ne diminue pas le sens de responsabilité que la Compagnie sent avoir dans l'Eglise. La responsabilité que Votre Sainteté souligne dans sa lettre quand elle affirme : « l'œuvre évangélisatrice de l'Eglise compte donc beaucoup sur la responsabilité formatrice que la Compagnie a dans le domaine de la théologie, de la spiritualité et de la mission ». Outre ce sens de responsabilité, nous devons être accompagnés par l'humilité, reconnaissant que le mystère de Dieu et de l'homme est plus grand que notre capacité de compréhension.

Nous sommes désolés, Saint Père, que les inévitables insuffisances et superficialités de certains d'entre nous soient utilisées pour dramatiser et présenter comme des conflits et des oppositions qui ne sont souvent que des manifestations des limites et des imperfections humaines ou des inévitables tensions du vécu quotidien. Mais tout cela ne nous décourage pas, ni ne diminue notre passion, non seulement de servir l'Eglise mais de le faire avec une grande radicalité selon l'Esprit et la tradition ignatienne, d'aimer l'Eglise hiérarchique et le Saint Père, le Vicaire du Christ.

« En tout aimer et servir ». Ceci est la devise d'Ignace. Ceci est la carte d'identité d'un vrai jésuite. Et maintenant, Saint Père, nous sommes attentifs, prêts et désireux d'écouter vos paroles.

Nous considérons le jour de notre rencontre avec vous un jour très heureux et significatif, car c'est la veille de la fête de la chaire de saint Pierre, jour de prière et d'union avec le Pape et son plus haut service de magistère universel, pour lequel nous vous présentons nos meilleurs vœux.

 

(version originale en italien)

21 FÉVRIER 

  Discours du Saint Père

>> Télécharger ici le Discours du Pape Benoît XVI aux jésuites en .pdf

Chers Pères de la Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus, c'est une joie pour moi de vous accueillir ici aujourd'hui alors que vos travaux, très prenants, viennent d'entrer dans leur dernière phase. Je remercie le nouveau Préposé général, le Père Adolfo Nicolas, d'avoir été l'interprète de vos sentiments et de votre engagement à répondre aux attentes qui sont placées en vous. Je vous en ai parlé dans le message que j'ai adressé au Père Kolvenbach et – par son intermédiaire – à toute votre Congrégation au début de vos travaux. Je remercie encore une fois le Père Peter-Hans Kolvenbach du précieux service qu'il a rendu à la tête de votre Ordre pendant près d'un quart de siècle. Je salue également les membres du nouveau Conseil Général et les Assistants qui aideront le Préposé dans sa délicate mission de guide, à la tête de la vie religieuse et apostolique de toute votre compagnie.

Votre Congrégation a lieu à un moment de grands changements sociaux, économiques, politiques; où les problèmes éthiques, culturels, environnementaux, et de conflits en tout genre, s'accentuent; mais où la communication entre les peuples se fait plus intense, ouvrant de nouvelles possibilités de connaissance et de dialogue, et où les aspirations à la paix sont profondes. Ces situations interpellent profondément l'Eglise catholique et sa capacité d'annoncer à nos contemporains la Parole d'espérance et de salut. Je souhaite donc vivement que toute la Compagnie de Jésus, forte des résultats de votre Congrégation, puisse vivre, avec élan et dans une ferveur renouvelée, la mission pour laquelle l'Esprit l'a suscitée dans l'Eglise et qui, depuis plus de quatre siècles et demi lui a permis de conserver son extraordinaire fécondité apostolique. Je veux aujourd'hui vous encourager, vous et vos frères, à persévérer sur la voie de cette mission, en totale fidélité au charisme de vos origines, dans le contexte ecclésial et social qui caractérise le début de ce millénaire. Comme vous l'ont dit plusieurs fois mes prédécesseurs, l'Eglise a besoin de vous, compte sur vous, et continue de s'adresser à vous avec confiance, pour atteindre en particulier ces régions physiques et spirituelles où d'autres n'arrivent pas ou ont des difficultés à se rendre. Restent gravées dans vos cœurs les paroles de Paul VI: « Partout dans l'Eglise, même dans les situations les plus difficiles et les plus actuelles, aux carrefours des idéologies et dans les tranchées sociales, il y a toujours eu et il y a confrontation entre les exigences brûlantes de l'homme et le message éternel de l'Evangile, et là étaient présents les jésuites et ils le sont encore ” (3 décembre 1974, à la 32 e Congrégation Générale).

Comme le dit la Formule de votre Institut, la Compagnie de Jésus a été fondée avant tout « pour défendre et propager la foi ». A une époque où s'ouvraient de nouveaux horizons géographiques, les premiers compagnons d'Ignace s'étaient mis à la disposition du Pape pour qu'il « les utilise là où ils seraient jugés aptes à travailler pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes  » (Autobiographie, n. 85). Ils furent donc envoyés pour annoncer le Seigneur à des peuples et des cultures qui ne le connaissaient pas encore. Ils le firent et le font en faisant preuve d'un courage et d'un zèle exemplaires: le nom de Saint François-Xavier est le plus connu de tous, mais combien d'autres pourrait-on citer ! Aujourd'hui les nouveaux peuples qui ne connaissent pas le Seigneur, ou qui le connaissent mal, au point de ne pas savoir le reconnaître sous les traits du Sauveur, sont loin de nous géographiquement mais surtout culturellement. Aujourd'hui les obstacles que rencontrent les messagers de l'Evangile ne sont ni les océans ni les grandes distances mais plutôt ces frontières qui, en raison d'une vision erronée ou superficielle de Dieu et de l'homme, viennent s'interposer entre la foi et le savoir humain, la foi et la science moderne, la foi et l'engagement pour la justice.

Aussi l'Eglise a-t-elle un besoin urgent de personnes à la foi solide et profonde, dotées d'une bonne culture et d'une vraie sensibilité humaine et sociale, de religieux et de prêtres qui consacrent leur vie sur ces frontières pour témoigner et aider à comprendre qu'il existe au contraire une profonde harmonie entre la foi et la raison, entre l'esprit évangélique, la soif de justice et l'engagement pour la paix. C'est la seule manière de pouvoir faire connaître le vrai visage du Seigneur à tous ceux qui, aujourd'hui, ne le trouvent pas ou le méconnaissent. C'est à cela que la Compagnie de Jésus doit se consacrer en priorité. Fidèle à sa meilleure tradition, celle-ci doit continuer à former soigneusement ses membres à la science et à la vertu, et éviter de se contenter de la médiocrité, car le devoir de confrontation et de dialogue avec les nombreux et divers contextes sociaux et culturels et les différentes mentalités du monde d'aujourd'hui est l'une des taches les plus difficiles et les plus laborieuses. Et cette recherche de qualité et de solidité humaine, spirituelle et culturelle, doit également caractériser les multiples activités de formation et d'éducation des Jésuites, à l'égard de toutes les catégories de personnes, où qu'elles se trouvent.

Dans son histoire la Compagnie de Jésus a vécu des expériences extraordinaires d'annonce et de rencontre entre l'Evangile et les cultures du monde – il suffit de penser à Matteo Ricci en Chine, à Roberto De Nobili en Inde, ou aux « Réductions » de l'Amérique Latine. Vous en êtes fiers, à juste titre. Je sens que mon devoir est aujourd'hui de vous inviter à vous mettre à nouveau sur les traces de vos prédécesseurs avec autant de courage et d'intelligence, mais surtout avec autant de profonde motivation de foi et de passion à servir le Seigneur et son Eglise. Toutefois, alors que vous cherchez à reconnaître les signes de la présence et de l'œuvre de Dieu dans chaque région du monde, voire-même au-delà des frontières de l'Eglise visible, alors que vous vous efforcez de construire des ponts de compréhension et de dialogue avec ceux qui n'appartiennent pas à l'Eglise ou trouvent quelque difficulté à en accepter les positions et les messages, vous devez en même temps prendre en charge avec loyauté le devoir fondamental de l'Eglise qui est de rester fidèle à son mandat d'adhésion totale à la Parole de Dieu, et le devoir du Magistère de garder la vérité et l'unité de la doctrine catholique dans son intégralité . Cela ne vaut pas seulement pour l'engagement personnel de chaque jésuite: car travaillant comme membre d'un même corps apostolique, vous devez également être attentifs à ce que vos œuvres et institutions conservent toujours leur claire et explicite identité, afin d'éviter que le bienfondé de votre activité apostolique ne soit ambigu ou obscur, et afin que tant d'autres personnes puissent partager vos idéaux et se joindre à vous activement et avec enthousiasme, en partageant votre engagement au service de Dieu et de l'homme .

Vous le savez parce que, suivant les Exercices Spirituels de Saint Ignace, vous avez maintes fois médité sur les « deux étendards » : notre monde est le théâtre d'une lutte entre le bien et le mal, et de grandes forces négatives y sont à l'œuvre. Ces forces engendrent, chez nos contemporains, des situations dramatiques d'asservissement spirituel et matériel que vous avez souvent dit vouloir combattre, vous engageant en faveur de la foi et la promotion de la justice. Aujourd'hui ces forces se manifestent sous plusieurs formes, mais de façon plus particulièrement évidente à travers des courants culturels qui ont souvent tendance à dominer, tels le subjectivisme, le relativisme, l'hédonisme, le matérialisme pratique. C'est pourquoi j'ai demandé à ce que vous renouveliez votre engagement à promouvoir et défendre la doctrine catholique « notamment sur des points névralgiques aujourd'hui fortement attaqués par la culture séculière », et dont j'en explique certains dans ma Lettre. Les thèmes, aujourd'hui continuellement débattus et mis en cause, se rapportent au salut de tous les hommes en Jésus-Christ, à la morale sexuelle, au mariage et à la famille. Ils sont développés et expliqués dans le contexte de la réalité contemporaine, mais dans un souci d'harmonie avec le Magistère qui évite de jeter le trouble et semer la confusion au sein du peuple de Dieu.

Je sais et je comprends bien que ce point est un point particulièrement sensible et exigeant pour vous et pour certains de vos confrères, surtout pour ceux qui sont engagés dans la recherche théologique, dans le dialogue interreligieux ou dans le dialogue avec les cultures modernes. C'est pour cette raison justement que je vous ai invités et vous invite , aujourd'hui encore, à réfléchir pour retrouver pleinement le sens de votre « quatrième vœu » d'obéissance au Successeur de Pierre, qui n'exige pas seulement que vous soyez prêts à être envoyés en mission dans des terres lointaines, mais également prêts – dans le plus pur esprit ignacien qui consiste à “être avec l'Eglise et dans l'Eglise ” – à « aimer et servir » le Vicaire du Christ sur terre avec cette dévotion « effective et affective » qui doit faire de vous ses précieux et irremplaçables collaborateurs dans son service pour l'Eglise universelle.

Je vous encourage en même temps à poursuivre et à renouveler votre mission au milieu des pauvres et avec les pauvres. Hélas, les nouvelles causes de la pauvreté et de la marginalisation ne manquent pas en ce monde marqué par de graves déséquilibres économiques et écologiques, par un processus de globalisation où l'égoïsme l'emporte sur la solidarité, par des conflits armés dévastateurs et absurdes. Comme j'ai eu maintes fois l'occasion de le répéter aux évêques latino-américains réunis au Sanctuaire d'Aparecida, « L'option préférentielle pour les pauvres est implicite dans la foi christologique en ce Dieu qui pour nous s'est fait pauvre, afin de nous enrichir par sa pauvreté (2 Cor 8,9) ». Il est donc naturel que ceux qui veulent être de vrais compagnons de Jésus, partagent réellement son amour pour les pauvres. Pour nous le choix des pauvres n'est pas un choix idéologique, mais naît de l'Evangile. Innombrables et dramatiques sont les situations d'injustice et de pauvreté dans le monde d'aujourd'hui, et s'il nous faut nous engager à en comprendre les causes structurelles et à les combattre, il faut également savoir descendre et combattre, jusque dans le cœur-même de l'homme, les racines profondes du mal, le péché qui le sépare de Dieu, sans oublier d'aller au-devant des besoins les plus urgents dans l'esprit de charité du Christ. En accueillant et développant une des dernières intuitions clairvoyantes du père Arrupe, votre Compagnie a le mérite de perpétuer une œuvre de service auprès des réfugiés. Considérés souvent comme les plus pauvres parmi les pauvres, ces derniers ont besoin d'une aide matérielle, mais ils ont aussi besoin d'une approche spirituelle, humaine et psychologique plus profonde qui est justement de votre ressort.

Je vous invite enfin à porter une attention spéciale au ministère des Exercices spirituels qui, dès ses origines, a caractérisé votre Compagnie. Les Exercices sont pour vous source de spiritualité et l'origine de vos Constitutions, mais c'est aussi un don que l'Esprit du Seigneur a fait à l'Eglise entière : à vous de continuer à en faire un instrument précieux et efficace pour la croissance spirituelle des âmes, pour leur initiation à la prière, à la méditation, dans ce monde sécularisé où Dieu est comme absent. La semaine dernière justement, j'ai profité moi aussi des Exercices Spirituels, avec mes plus proches collaborateurs de la Curie Romaine, sous la conduite de votre cher confrère, le Card. Albert Vanhoye. A une époque comme la nôtre où, en raison de la confusion et de la multiplicité des messages, de la rapidité des changements et des situations, nos contemporains ont bien du mal à mettre de l'ordre dans leur propre vie et à répondre, résolument et joyeusement, à l'appel que le Seigneur adresse à chacun d'entre nous, les Exercices Spirituels constituent une voie et une méthode particulièrement précieuse pour chercher et trouver Dieu, en nous, autour de nous et en chaque chose, pour connaître sa volonté et la mettre en pratique.

Dans cet esprit d'obéissance à la volonté de Dieu, à Jésus-Christ, qui devient aussi humble obéissance à l'Eglise, je vous invite à poursuivre et à terminer les travaux de votre Congrégation, et je m'unis à vous dans la prière que saint Ignace nous a enseignée au terme des Exercices – une prière qui me parait si grande que j'ose à peine la dire mais à laquelle il nous faut sans cesse avoir recours: « Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté ; tout ce que j'ai et possède, c'est toi qui me l'as donné : A Toi, Seigneur, je le rends ; Tout est à Toi, disposes-en selon Ton entière volonté. Donne-moi ton amour et ta grâce : c'est assez pour moi. » (Es 234).

Benoît XVI

(Version originale en italien.

 

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