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compagnons > 35ème Congrégation Générale > P. Kolvenbach
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Le Père Général
des jésuites parle
de la 35
ème
Congrégation Générale
convoquée
pour début 2008

Extraits d'une interview à "National Catholic Reporter" (mars 2006, original en anglais)

Qu'est qui vous a poussé à convoquer une Congrégation Générale ?

Ignace de Loyola était d'avis qu'il convenait de ne pas réunir la Congrégation Générale à des époques fixes, ni fréquemment, afin d'éviter aux jésuites une perte de temps et d'énergie qui s'appliqueraient avec plus de profit à leurs activités apostoliques. D'aucuns parmi les papes n'étaient pas d'accord avec cette façon de faire. Ils craignaient que sans le contrôle régulier de l'autorité suprême de la Congrégation, les Supérieurs Généraux auraient trop de liberté pour agir seuls.

La plupart des Congrégations Générales d'avant le deuxième Concile du Vatican se sont réunies pour élire un nouveau Général. Elles se limitèrent à une activité législative plutôt que de proclamer des textes inspirateurs. Tout cela changea après le Concile. Durant une période de trente années, de 1965 à 1995, quatre Congrégations ont été convoquées, deux pour pourvoir à l'élection d'un Supérieur Général et deux pour revoir notre mode de faire dans le contexte d'un monde en transformation. Comme pour l'Église ainsi pour nous il y a un réel besoin de réfléchir ensemble et de chercher à nous adapter à de nouvelles réalités.

Par exemple, les Provinces et les communautés ne peuvent plus gérer leurs affaires avec la même indépendance qu'auparavant. Les Provinces des deux Amériques, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe sont engagées dans des entreprises communes. Selon leurs champs d'activités, que se soit dans la pastorale, l'éducation, le social ou les mass-médias, les jésuites se rencontrent pour partager leurs expériences et étudier comment faire face à de nouveaux défis apostoliques. Les changements rapides de notre monde contemporain invitent la Compagnie universelle à se rencontrer fréquemment et régulièrement, à tous les dix ans par exemple, afin qu'elle puisse mieux accomplir sa mission de service du Seigneur. Même s'il n'y avait pas lieu d'élire un nouveau Supérieur Général, le moment est venu de s'arrêter, au niveau de toute la Compagnie, pour discerner les décisions qui s'imposent aujourd'hui.


Dans ce contexte, pourquoi avez-vous pensé que le temps était venu pour la Compagnie de choisir un nouveau Général ?

Dans le passé, le Supérieur Général ne pouvait pas démissionner, Tout juste après le Concile, la 31ème Congrégation considéra cette question. La médecine moderne peut maintenir une personne en vie pendant longtemps. Mais cela lui assure-t-il la capacité de guider et d'inspirer le corps universel de la Compagnie groupant tant de jésuites engagés dans de multiples apostolats différents dans tant de pays ? La 31ème Congrégation reconnut la possibilité d'une démission pour de graves raisons. En effet, le Père Arrupe, qui avait alors 75 ans, avait initié la procédure pour sa démission à cause des limites que lui imposait l'âge. La Congrégation Générale accepta finalement sa demande en septembre 1983.

À sa suite, je voulus en faire autant il y a quelques années mais le Saint Père, Jean-Paul II, m'en dissuada avec raison. Le présent pape me donna la permission de me démettre de ma fonction à la prochaine congrégation en janvier 2008. J'aurai alors 80 ans. Tous les Provinciaux, consultés selon nos normes, ont accepté ma proposition.


Croyez-vous avoir établi un précédent que d'autres Généraux voudront suivre à l'avenir ?

Le précédent a déjà été établi par le Père Arrupe qui en plusieurs occasions exprima son inquiétude que la maladie ou l'âge l'empêcheraient de reconnaître le moment indiqué de se démettre de ses fonctions.

D'accord avec le Saint Père, la prochaine Congrégation Générale pourra décider de conserver la présente façon de procéder ou de la modifier afin de permettre l'élection d'un Général pour un nombre défini d'années plutôt qu'après sa mort. Les avantages d'un gouvernement étendu sont évidents : une continuité et la possibilité d'une planification à long terme enrichie par l'expérience, la connaissance des personnes et des situations. Pourtant, quand je considère mes collègues supérieurs généraux de tant de familles religieuses, je reconnais qu'une nouvelle vision peut contribuer à un gouvernement plus adapté à un monde en rapide changement.

Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels la Compagnie doit faire face aujourd'hui ?

En décembre 2005, tous les Supérieurs Majeurs se sont réunis à Loyola. Ils confirmèrent notre orientation apostolique en priorité envers l'Afrique marginalisée et la Chine entrevue comme terre de promesse. Nous nous concentrons sur l'apostolat intellectuel parce qu'il est nécessaire à l'Église, malgré qu'il soit difficile et qu'il nous amène à l'occasion des problèmes. À la demande du Saint-Siège, nous sommes engagés au service de peuples en mouvement, les réfugiés, les personnes déplacées, les sans-papiers, les émigrés. Les institutions romaines confiées à nos soins retiennent notre attention : la radio vaticane, l'observatoire, le consortium de l'Université Grégorienne, le Biblicum et l'Institut Oriental, les collèges pour étudiants de l'Europe de l'est, des pays de langue allemande, de l'Amérique latine et du Brésil. La recherche continuelle des moyens les plus aptes à rendre témoignage au message et aux valeurs évangéliques préside à toutes ces activités.


Beaucoup vous attribuent une amélioration notable des relations entre les jésuites et le Saint-Siège. Comment avez-vous réussi cela ?

À la fin des années 70 et au début des années 80, une rupture de communication s'était développée entre le Saint-Siège et la Curie Généralice à Rome créée par des différences d'interprétation des documents du Concile et des divergences d'opinion sur la nature de la vie consacrée, sur le concept d'autorité dans l'Église, sur certaines approches pastorales. Ces divergences se manifestaient parmi les jésuites eux-mêmes. Afin d'éviter que la Congrégation Générale convoquée pour élire le successeur du Père Arrupe devienne le théâtre de querelles entre groupes, Jean Paul II confia au Père Dezza la direction de la Compagnie durant le temps de préparation. À lui aussi on doit attribuer le développement de meilleures relations avec le Vatican. Comment s'y prit-il ? En parlant le langage du Vatican ! Il expliquait que d'une part il était normal qu'un visiteur dans un pays étranger cherche à communiquer ses idées dans la langue de ce pays, d'autre part qu'il était nécessaire, dans la présentation des problèmes d'une Église locale ou d'un groupe particulier, de reconnaître que le Saint-Siège doit avoir une vue universelle et que la formulation du message doit tenir compte de ce fait.

L'amélioration des relations doit être attribuée au Père Dezza et à son assistant, le Père Pittau. Je n'ai fait que marcher à leur suite, aidé par une large expérience personnelle de médiateur au Proche-Orient.

Votre position entraîne des contacts réguliers avec les dicastères et officiels du Saint-Siège. Qu'avez-vous appris ? Quelles sont les causes communes de malentendus ?

Une fois, après un longue échange avec un haut fonctionnaire du Saint-Siège sur une question difficile et délicate, il me dit : « Cher Père, maintenant il faut mettre par écrit en termes formels le sujet de notre discussion fraternelle. Inévitablement, le document n'aura pas le ton conciliant et amical de notre entretien. » Cette anecdote illustre bien, il me semble, la cause de tensions qui se développent dans les rapports avec le Saint-Siège. Les règles de l'administration du Vatican sont complexes et strictes. Elle doit tenir compte de multiples facteurs qui touchent non seulement l'Église mais toute l'humanité menacée par la violence, l'injustice, l'immoralité et l'athéisme de fait. Le mode de procéder du Saint-Siège est facilement mal saisi et souvent interprété comme une attitude négative prompte à dire « Non ». En fait, dans son rôle de gardienne de la vie à tous les niveaux, des droits humains, des principes qui gèrent et protègent les valeurs essentielles de l'évangile, l'Église doit parler un langage qui s'adresse à toute l'humanité, un langage qui ne peut pas toujours tenir compte autant que l'on voudrait de cultures et de situations particulières.

(version originale: anglais)

 

Pour en savoir plus :

> Qu'est-ce qu'une congrégation générale ?

> La convocation officielle de la 35ème Congrégation générale

> Interview télévisée du supérieur général des jésuites

> Prier pour la préparation et le succès de cette rencontre

> Comment les jésuites sont-ils gouvernés ?

> Faire connaissance avec le Père Kolvenbach

> Le gouvernement dans la Compagnie selon l'esprit d'Ignace

> NC 262 : La charge de Préposé Général (expliquée dans les Normes Complémentaires datant de 1995)

> Election du Préposé Général : ce qu'en disent les Constitutions

> Le livre des entretiens avec le Père Kolvenbach : Faubourg du Saint-Esprit

> Le Père Général parle de la Compagnie et de Pape

> 5 questions à l'occasion de ses 50 ans de vie religieuse

> Les cinq préférences apostoliques des jésuites selon le P. Kolvenbach

> Sa lettre sur l'apostolat social

> Sa visite à l'école Sainte-Geneviève (Versailles)

> Son séjour au Cised (Saint-Denis)

> Les communautés jésuites

> Les résultats de la Congrégation des Procureurs de 2003

> Constitutions et Normes complémentaires de la Compagnie de Jésus