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Alors que démarre la 35ème Congrégation Générale
Interview du Père Provincial
des jésuites de Fance,
le P. François-Xavier Dumortier

Q . Lundi 7 janvier 2008 s'ouvre à Rome la 35 ème Congrégation Générale de la Compagnie de Jésus. Quelle en est la raison ?

Dans une lettre en date du 2 février 2006, le Père Général, le Père Peter-Hans Kolvenbach, nous a fait part de sa décision de convoquer une Congrégation Générale pour deux raisons : d'une part, pouvoir traiter des questions importantes qui ont émergé depuis 1995 – date de la dernière Congrégation Générale – et, d'autre part « pourvoir au gouvernement suprême de la Compagnie  ».

Q. Que voulez-vous dire pas « pourvoir au gouvernement suprême de la Compagnie  » ?

Le Père Kolvenbach, qui avait été élu Général en septembre 1983, proposera sa démission à la Congrégation Générale et, si cette dernière l'accepte, il sera procédé à l'élection d'un nouveau Père Général qui sera le 29 ème successeur de Saint Ignace.

Q. Quelles sont les questions importantes qui seront discutées lors de cette Congrégation Générale ?

Une Congrégation Générale est un événement suffisamment important – ainsi Saint Ignace disait qu' « il ne semble pas qu'il convienne de la réunir à des époques fixes ni fréquemment » - pour qu'elle soit très attentivement préparée. En 2006 et jusqu'au 1 er mars 2007, chacune des Provinces de la Compagnie a tenu une Congrégation Provinciale non seulement pour élire son ou ses délégués mais aussi pour examiner les questions auxquelles nous sommes aujourd'hui confrontés. Elles sont évidemment très diverses et touchent à tous les aspects de notre vie et de notre mission : il s'agit du gouvernement et de l'organisation de la Compagnie , de la compréhension de notre mission propre dans le monde d'aujourd'hui, de la vie communautaire, des relations entre laïcs et jésuites, de notre mission auprès des jeunes, de JRS…

En outre, le Saint Père a exprimé le désir que la Congrégation Générale réfléchisse sur « la préparation spirituelle et ecclésiale des jeunes jésuite » et aussi « sur la valeur et l'observation du quatrième vœu » - ce vœu d'obéissance au Souverain Pontife en tant que Vicaire du Christ pour aller partout où il veut nous envoyer.

Q. Pouvons-nous aborder l'une ou l'autre question ? Comment se pose la question du gouvernement et de l'organisation de la Compagnie aujourd'hui ?

Vivant dans un monde globalisé, de plus en plus interconnecté, nous devons évaluer nos structures et fonctionnements actuels et considérer ce qui doit évoluer ou changer. Le « gouvernement » de la Compagnie est tout à la fois personnel, spirituel et apostolique : aussi, nous ne pouvons pas penser notre « gouvernement » dans les perspectives qui seraient celle d'une ONG ou d'une entreprise internationale et nous ne pouvons pas non plus chercher le bien le plus grand et le plus universel dans ce que nous faisons ou nous efforçons d'accomplir sans ajuster nos manières de faire. La globalisation appelle sans doute de nouveaux types de relations entre provinces, institutions et personnes ; en outre, les problèmes propres à notre époque demandent une meilleure coopération et coordination à l'échelle internationale, et cela en évitant les risques toujours possibles d'une sorte de bureaucratisation et en clarifiant les différents niveaux de responsabilité ; enfin, de manière peut-être plus cruciale, l'enjeu me semble être notre capacité de répondre aux besoins et enjeux nouveaux qui sont ceux d'un monde globalisé.

Q. Pensez-vous que la Congrégation Générale cherchera à redéfinir la mission de la Compagnie aujourd'hui ?

Permettez-moi de prendre la question autrement. C'est à la mesure de sa docilité à l'Esprit de Dieu qu'une telle assemblée discernera là où le Seigneur appelle aujourd'hui la Compagnie de Jésus à découvrir les possibilités à saisir « pour un plus grand service de Dieu en utilisant tous les moyens possibles ». Ainsi se découvrira le chemin à poursuivre vers l'avenir… Cela étant dit, il me semble que l'enjeu est moins de redéfinir notre mission que de la réfléchir dans un contexte mondial nouveau et de l'éclairer par ces compréhensions et intuitions nouvelles qui amènent à « faire du neuf avec de l'ancien ». Car la mission des jésuites dans le monde doit et devra prendre en compte les défis spécifiques de notre époque : un monde de globalisation croissante et d'inégalité généralisée, les difficultés ou les obstacles que rencontre l'annonce de l'Evangile dans une culture libérale, individualiste et sécularisée, la réalité multiculturelle des sociétés et l'ampleur des déplacements de population, et cela sans oublier la prise de conscience croissante de notre responsabilité commune envers notre milieu de vie car la création est un bien fragile qui nous a été remis. Nous ne pourrons réfléchir la mission de la Compagnie aujourd'hui sans regarder les foules de notre époque. La première grâce que Dieu nous fait est d'avoir à vivre le temps d'aujourd'hui.

Q. Quel peut-être l'apport spécifique de la Compagnie dans ce contexte nouveau au début du XXIème siècle ?

Votre question est importante et elle est fréquemment évoquée en termes d'identité jésuite : qu'est-ce qui ferait la spécificité et en quelque sorte la différence « jésuite » de tel engagement vécu dans le contexte d'une culture séculière ? qu'est-ce qui déterminerait le caractère « jésuite d'une institution » là où des jésuites peu nombreux travaillent avec beaucoup d'autres ? Je pourrais poursuivre… Il me semble important de prendre « à bras le corps » une question aussi fondamentale. Je crois que nous ne trouverons pas notre identité à partir de nous-mêmes et de nos tâches mais à partir de notre conscience d'être appelés à vivre comme « serviteurs de la mission du Christ », de notre détermination à ce que ce service du Seigneur s'inscrive clairement dans nos tâches et responsabilités, de notre désir d'être et de rester enracinés dans l'expérience intime et personnelle du Seigneur qui fait de nous des « contemplatifs dans l'action ». C'est à partir de notre propre expérience du Christ et de l'Evangile que nous recevrons notre identité là où le Seigneur nous conduit : aux limites et aux frontières. Si nous prenons au sérieux ces « racines » de notre identité, il se peut que nous ayons à changer dans la manière dont nous travaillons avec d'autres, à nous demander en fonction de quels critères une œuvre peut être qualifiée de « jésuite », à nous interroger sur le témoignage apostolique de nos communautés et plus largement sur notre manière d'être témoins du Christ dans notre société.

Q. A la veille de cette 35 ème Congrégation Générale, comment abordez-vous cette rencontre ?

Ce ne sera pas une rencontre comme d'autres mais ce sera, me semble-t-il, une expérience du corps de la Compagnie universelle dans la diversité des provenances, cultures, sensibilités et dans cette proximité étonnante que crée entre nous un même enracinement en ce qui nous fait religieux et jésuites, c'est à dire en Celui qui nous donne le désir de Le servir et de L'aimer toujours davantage..

Q. Et, si je puis me permettre, qu'en attendez-vous personnellement ?

La Congrégation générale ravive en chacune de nos Provinces et en chacun d'entre nous le « souci » de ce qui est le plus universel et le désir de le vivre là où nous sommes plantés. Il me semble que le disciple du Christ est toujours appelé à vivre avec un cœur et un esprit larges ! C'est au grand large que nous sommes conduits et reconduits par l'Esprit de Dieu, à distance des peurs et des méfiances qui paralysent et recroquevillent. Mes attentes sont d'abord à la mesure des « chantiers urgents à ouvrir et à mener en tant de « lieux » de l'Eglise et de nos sociétés ; plus la tâche est grande, plus on se sent petit devant elle, plus il faut se risquer en osant dire : « à la grâce de Dieu ». Elles sont ensuite à la mesure de ce que nous ont montré nos premiers compagnons qui cherchaient à être libres par rapport à tout ce qui pouvait les empêcher de répondre à leur mission, cette mission « d'aider les âmes » qui s'opère sous tant de modalités diverses. Elles sont enfin à la mesure de l'espérance têtue, fragile et véhémente dont nous avons humblement à rendre compte au milieu de problèmes et de difficultés qu'il importe ni d'esquiver ni de minimiser. Le disciple marche toujours sur les flots… et il marche tant qu'il regarde et écoute Celui qui lui a dit : « viens » (Mt 14 29).

François-Xavier Dumortier, s.j.

 

 

Pour en savoir plus :

> La convocation officielle de la 35ème Congrégation générale

> Interview télévisée du supérieur général des jésuites

> "Pourquoi j'ai convoqué cette congrégation générale" ?

> Prier pour la préparation et le succès de cette rencontre

> Lexique de la 35ème CG

> Comment les jésuites sont-ils gouvernés ?

> Faire connaissance avec le Père Kolvenbach

> Le gouvernement dans la Compagnie selon l'esprit d'Ignace

> NC 262 : La charge de Préposé Général (expliquée dans les Normes Complémentaires datant de 1995)

> Election du Préposé Général : ce qu'en disent les Constitutions

> Le livre des entretiens avec le Père Kolvenbach : Faubourg du Saint-Esprit

> Le Père Général parle de la Compagnie et de Pape

> 5 questions à l'occasion de ses 50 ans de vie religieuse

> Les cinq préférences apostoliques des jésuites selon le P. Kolvenbach

> Sa lettre sur l'apostolat social

> Sa visite à l'école Sainte-Geneviève (Versailles)

> Son séjour au Cised (Saint-Denis)

> Les communautés jésuites

> Les résultats de la Congrégation des Procureurs de 2003

> Constitutions et Normes complémentaires de la Compagnie de Jésus