Décret
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Défis pour notre mission aujourd'hui
Fallait-il un décret pour redire
la mission des jésuites aujourd'hui ? Oui. Ne serait-ce que pour
confirmer les grandes orientations des 32ème et 34ème
Congrégations Générales. Elles restent d'actualité
et nous avons bien vu combien il nous faut du temps et de l'énergie
pour les mettre en oeuvre concrètement. Le risque court toujours
de tenir des beaux discours qui ne se traduisent jamais en engagement.
"Nous voulons réaffirmer
cette mission qui donne sens à notre vie religieuse apostolique
dans l’Eglise :
« Dès lors, le but de notre mission (le
service de la foi) et son principe intégrateur
(la foi orientée vers la justice
du Royaume) sont en relation dynamique avec la
proclamation inculturée de l’Évangile
et le dialogue avec d’autres traditions
religieuses, comme dimensions essentielles de l’évangélisation
»." (§3)
La confirmation de cette mission s'opère
toutefois dans un monde qui a connu de profonds bouleversements. Le
décret s'attarde donc à prendre en compte ce nouveau contexte
pour la mission. Parmi ses caractéristiques, la révolution
de la communication et ses paradoxes croissants tiennent un grand rôle.
"Nous vivons dans une
culture qui privilégie l’autonomie et le
présent, alors que le monde est
en si grand besoin de construire un avenir solidaire.
Nous disposons de meilleurs moyens de communication,
mais beaucoup font l’expérience de l’isolement
et de l’exclusion. Certains ont tiré grand
profit de la situation, tandis que d’autres ont
été marginalisés
ou exclus. Les frontières s’ouvrent
chaque jour davantage mais on ressent le besoin d’affirmer et
de défendre des identités
locales ou particulières. Nos connaissances scientifiques
ont atteint les profondeurs mystérieuses
de la vie, alors que la simple dignité de la
vie est menacée,
sans parler de l’avenir de la planète."
(§11)
En réponse à ces paradoxes
et ces tensions, nous ressentons un appel à établir
des relations justes (avec les autres, avec Dieu, avec
la création). Relisant la vie de Jésus dans les Evangiles
et celle d'Ignace de Loyola et des premiers compagnons, nous réalisons
combien les jésuites sont des hommes envoyés aux frontières
qu'il s'agit de traverser. Que ce soit la frontière entre riches
et pauvres, ou entre lettrés et ignorants. Et le décret
poursuit en affirmant : "La tradition
des jésuites de bâtir des ponts par-dessus les barrières
devient cruciale dans le contexte du monde d’aujourd’hui."
(§17)
La mondialisation a été
largement au coeur des débats de la Congrégation Générale
:
"La mondialisation a accéléré
l’expansion d’une culture
dominante qui a apporté à beaucoup un
large accès à l’information et au savoir, un sens
accru de l’individu et de sa liberté de choix et une ouverture
aux idées et valeurs nouvelles à travers le monde. En
même temps, cette culture dominante est marquée de subjectivisme,
de relativisme moral, d’hédonisme et de matérialisme
pratique qui conduisent à une « vision erronée
ou superficielle de Dieu et de la personne humaine »."
(§20)
Autre nouvelle donne du contexte dans
lequel se déroule notre mission : l'apparition des fondamentalismes
religieux.
"Nous vivons dans un monde où
abondent religions et cultures. L’érosion des croyances
religieuses traditionnelles et la tendance à homogénéiser
les cultures ont renforcé toute une variété de
fondamentalismes religieux. La foi en
Dieu est de plus en plus utilisée pour diviser les gens et les
communautés et pour créer des polarisations
et des tensions qui déchirent le tissu même de notre vie
sociale. Tous ces changements nous appellent à travailler
aux frontières de la culture et de la religion."
(§22)
Tous ces défis, nombreux, demandent
un travail patient où l'intelligence et l'effort de la réflexion
sont des parties intégrantes de l'oeuvre d'évangélisation.
"La
complexité des problèmes que nous affrontons
et la richesse des possibilités offertes demandent que nous bâtissions
des ponts entre riches et pauvres, établissant des liens de soutien
mutuel entre ceux qui détiennent le pouvoir politique et ceux
qui ont du mal à faire connaître leurs intérêts.
Notre apostolat intellectuel fournit
une aide inestimable pour la construction de ces ponts,
nous offrant de nouvelles façons de comprendre en profondeur
les mécanismes et les liens entre nos problèmes actuels."
(§28)
En conclusion, le décret voté par la
35ème Congrégation Générale fait siennes
les 5 préférences apostoliques que le Père Kolvenbach
avait proposées à toute la Compagnie : l'Afrique, la Chine,
l'apostolat intellectuel, les maisons interprovinciales de Rome et les
réfugiés. Mais le dernier mot est pour cette mission de
réconciliation à laquelle nul ne peut se soustraire aujourd'hui
:
"Dans
ce contexte global, il est important de souligner le
potentiel extraordinaire que nous avons comme corps international et
multiculturel. Mettre en oeuvre les possibilités que cela nous
donne peut non seulement accroître l’efficacité apostolique
de notre travail, mais également, dans un monde fragmenté
et divisé, témoigner de
la réconciliation dans la solidarité de
tous les enfants de Dieu." (§ 43)
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