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Revue "Jésuites de France 2008 " :
Vu de l'extérieur, c'est un gros édifice de 5 étages à l'angle de deux rues proches de la Basilique St-Pierre de Rome, la rue des Penitenzieri et le Borgo Santo Spirito . Le bâtiment en impose vraiment avec sa longueur respectable : si je veux aller d'une extrémité à l'autre du couloir où j'habite, j'ai bien 200 mètres à parcourir. On peut parler du « quartier général » de la Compagnie de Jésus, pour donner un équivalent militaire au mot « curie » qui signifie plus ou moins « administration centrale ». C'est donc le lieu où, depuis 1929, vivent et travaillent le Supérieur Général des Jésuites et l'équipe qui l'assiste dans son gouvernement : environ 65 jésuites actuellement. A quoi s'ajoute une petite armée d'employés laïcs qui travaillent mais ne résident pas dans la maison. Comment es-tu arrivé dans cette maison ? J'y suis arrivé le 31 décembre 1991, appelé par le P. Général, le Père Kolvenbach pour prendre la responsabilité d'une “Assistance”. J'étais disponible depuis que j'avais quitté la charge de Provincial de France fin juillet 91. Comme je parlais anglais et un peu aussi l'italien, on a dû penser que je pourrais me débrouiller au moins linguistiquement dans une curie où on parle italien et dans une Assistance qui comprend des Provinces anglophones. J'espérais un temps sabbatique un peu plus long entre les deux charges, mais une lettre du P. Général est venue me libérer de cette illusion, et j'ai dû prendre mes fonctions dès le 2 janvier 92. Que fait-on dans cette maison ? Je n'ai jamais essayé de dessiner un organigramme de la curie, ce qui serait un peu compliqué, car il y a un grand nombre de services : les uns “au service” du P. Général et de la Compagnie universelle, les autres au service de la communauté, de la maison ; mais les deux sont inévitablement imbriqués. Auprès du P. Général, il y a d'abord un “Secrétaire de la Compagnie”, qui est son collaborateur le plus proche – « sa mémoire et ses mains », dit St Ignace dans les Constitutions –, lui-même aidé d'un Sous-secrétaire et d'autres personnes. Et toute une équipe de Jésuites est directement au service du P. Général et en contact régulier avec lui. Ils sont responsables chacun d'un “secteur” de la Compagnie ou d'une part du travail à faire. Cela peut être, en vrac : une “Assistance” (ou groupe de Provinces) – ce sont les dix assistants régionaux – ; un secteur d'activité de la Compagnie : la formation des jésuites, les maisons internationales de Rome, les collèges, les centres spirituels, l'apostolat social, les médias, le service des réfugiés, le dialogue interreligieux et œcuménique, l'Apostolat de la Prière, la Communauté Vie chrétienne ; ou un service important : l'Economat (pour les questions économiques), la “Procure” (pour les questions juridiques), la “Postulation” (pour les dossiers de canonisation) ; le Bureau d'information. Tous ces responsables travaillent pour et au nom du P. Général, l'informent, le conseillent, préparent ses décisions, animent éventuellement leur “secteur” par des visites, l'organisation de réunions (ici ou ailleurs), des publications. Ils sont souvent eux-mêmes aidés par un ou plusieurs adjoints jésuites et des secrétaires laïcs. Cela fait déjà pas mal de monde, sans parler des services plus techniques : imprimerie, bibliothèque, archives (qui grossissent chaque année, car on archive soigneusement). Reste à mentionner tous ceux qui sont au service de la communauté et de ses habitants comme tels, depuis le supérieur et le “ministre” jusqu'aux frères jésuites et aux responsables laïcs de la cuisine, de l'entretien, etc. Il y a aussi une infirmerie (internationale) tenue par des sœurs mexicaines. A la tête, ou au cœur, de cet organisme, il y a le “Préposé Général”, c'est-à-dire le Supérieur Général, dit souvent par abréviation “le Général” : quelle est sa responsabilité ? Quelles relations entretient-il avec les jésuites ? Comme le disent les Constitutions , la responsabilité du P. Général est de « gouverner le corps entier de la Compagnie », ce qui implique une autorité assez considérable. Les Constitutions lui donnent un grand pouvoir de décision sur la vie et les activités apostoliques de la Compagnie. Par exemple, c'est lui qui nomme les responsables de certaines parties de la Compagnie (les Provinces, notamment) et leur délègue autorité. Même si un Provincial exerce sa charge en pleine responsabilité, il reste sous la dépendance du P. Général, et a besoin de son approbation ou de sa décision sur beaucoup de choses concernant les communautés, les œuvres ou les hommes. Les relations entre le P. Général et les Provinciaux (ou autres “supérieurs majeurs”) sont donc très étroites. La correspondance entre eux est abondante (St Ignace insistait beaucoup sur cet échange de lettres), et le P. Général accorde une réelle priorité à ces relations, toujours prêt à accueillir un Provincial, rencontrant personnellement chacun d'eux au moins tous les deux ans, participant aux réunions de Provinciaux, soutenant et conseillant chacun dans sa charge, tout en respectant beaucoup son autorité propre. Le P. Général n'a évidemment pas une relation aussi suivie avec chaque jésuite. Celui-ci a une relation privilégiée avec son Provincial, qui lui donne sa mission, et des rapports plus fréquents avec le supérieur de sa communauté. Mais le P. Général est toujours prêt à répondre aux lettres que des Jésuites “de la base” peuvent lui écrire, et les accueille volontiers, dans la mesure du possible, quand ils veulent venir le saluer ou le rencontrer. En fait, il sollicite et reçoit des rapports des Jésuites qui ont une responsabilité : supérieurs de communauté, directeurs d'institutions apostoliques, collaborateurs du Provincial. Beaucoup de Jésuites passent à la Curie, à l'une ou l'autre occasion et partagent souvent alors la table du P. Général.
Quelle est une journée-type du P. Général quand il est à Rome ? Inutile de dire que tout cela remplit vite ses journées, surtout qu'il est assez souvent en voyage pour des visites de Provinces ou des réunions, et qu'à son retour il trouve les dossiers ou les demandes de rendez-vous qui se sont empilés. Sa journée commence très tôt, et bien avant sa première réunion avec ses conseillers, à 8 h chaque matin, il a déjà consacré du temps à la prière, et à son travail personnel. Mais à partir du “briefing” de 8 h, son emploi du temps suit un modèle assez stable. Pendant la matinée, il reçoit individuellement ses collaborateurs proches (chaque assistant ou chargé de secteur le voit une demi-heure par semaine) et les personnes auxquelles il a donné un rendez-vous. Au déjeuner il a presque toujours un ou plusieurs invités à sa table (bien des choses peuvent se discuter plus facilement au cours d'un repas). L'après-midi est en priorité consacré aux dossiers en vue d'une décision, au courrier (il reçoit autour de 50 lettres par jour), à la préparation des interventions qui lui sont demandées (par le Saint-Siège, par une Province à visiter, par une revue ou un colloque...). Tout cela laisse peu de temps pour les promenades ou récréations. Je dois dire que je suis fort impressionné par la quantité énorme des personnes avec lesquelles le P. Général est ainsi en contact, et des problèmes et dossiers qui lui passent chaque jour entre les mains. Et je pense à l'ouverture d'esprit, au calme intérieur, qu'il faut pour accueillir tout ce monde, toutes ces questions, sans parler de la capacité à discerner selon Dieu les réponses à donner. Jusqu'à présent, le P. Général était élu à vie ; en janvier prochain va être élu un successeur au P. Kolvenbach : y a-t-il eu des changements dans les Constitutions de la Compagnie ? Après presque 25 ans d'exercice de cette lourde responsabilité, le P. Kolvenbach va donc présenter sa démission et, si elle est acceptée par la Congrégation Générale, celle-ci élira un nouveau Général. Même si St Ignace et les Constitutions prévoient clairement un Général élu à vie, il n'y a pas eu besoin de changer les Constitutions, car depuis la 31 e C.G. de 1965-66, sont prévus les cas et les procédures de démission du Général et d'élection d'un successeur. Les textes de cette C.G., inclus dans les “Normes” qui complètent maintenant les Constitutions , ont été à la base de la décision du P. Kolvenbach, qui s'est assuré, en l'informant de son intention, que le Saint-Père ne voyait pas d'objection à ce qu'il engage la procédure de démission. Tu es “Assistant du P. Général” : en quoi consiste cette tâche d'Assistant ? Comme le mot d'Assistant l'indique, il s'agit d'aider le P. Général dans l'exercice de sa responsabilité, sous deux aspects prévus par les Constitutions . Ce qui me prend le plus de temps, c'est de suivre ce qui se vit dans les Provinces constituant mon Assistance, pour informer le P. Général, le conseiller, l'aider à répondre aux lettres et questions posées, à prendre les décisions qui lui reviennent. Cela implique un assez gros travail de bureau, auquel collabore Hugues Delétraz, jésuite français qui est “secrétaire régional”, adjoint de l'Assistant en quelque sorte. Mais pour être plus concrètement informé de la vie des Provinces, et maintenir vivant le lien entre elles et le gouvernement du P. Général, je visite ces Provinces, ce qui représente pas mal de voyages, car notre Assistance, dite “Europe occidentale”, comprend 10 Provinces (France, Grande-Bretagne, Irlande, deux Provinces en Belgique, les Pays-Bas, Malte, le Proche-Orient, et deux Provinces au Canada), mais cela correspond à 18 pays différents. En fait, je ne peux guère visiter chaque Province (ou chaque pays) plus souvent que tous les 3 ou 4 ans. C'est en tout cas fort intéressant de suivre ainsi la vie de tous ces Jésuites : les problèmes ne manquent pas, mais je reste toujours beaucoup plus frappé par la vitalité des Provinces et des communautés, le dévouement et la fidélité des jésuites et de beaucoup de laïcs aussi qui collaborent avec eux. Il me faut ajouter ici que ce service du P. Général devient inévitablement aussi une aide aux Provinciaux, qui demandent souvent conseil à l'Assistant, et avec lesquels s'établit vite une relation de confiance (et un dialogue parfois fréquent, surtout aujourd'hui avec l'internet !). Il m'arrive également, bien sûr, de conseiller, d'encourager, lors de mes visites ou autrement, d'autres Jésuites des Provinces. L'autre aspect de ma tâche d'Assistant régional est d'être “Conseiller général”, c'est-à-dire d'aider le P. Général dans les affaires qui regardent la Compagnie universelle. Cela prend moins de temps, mais n'est pas moins important que de suivre une Assistance. Il y a en effet pas mal de questions concernant la vie de la Compagnie dans son ensemble, sur lesquelles le P. Général demande l'avis et l'aide de ses conseillers généraux, qu'il s'agisse de sujets à traiter dans une lettre aux Provinciaux ou à toute la Compagnie, d'orientations générales à donner ou d'initiatives à prendre pour la vie interne ou l'apostolat de la Compagnie, ou de dossiers délicats qui sont examinés par tous les membres du conseil avant une délibération et une décision du P. Général. Ce travail est souvent amorcé dans les “briefings” quotidiens auxquels participent (quand ils sont là !) tous les membres du “Conseil général” : les Assistants régionaux, deux “Conseillers généraux” nommés comme tels, et le Secrétaire de la Compagnie. C'est dans ces réunions en effet que le P. Général nous informe sur les événements récents, que les membres du Conseil peuvent ajouter leurs propres informations, et que surgissent les questions qu'il apparaît bon de reprendre. La Curie, c'est une administration, mais c'est aussi une communauté religieuse : quelle est la vie communautaire au 4 Borgo Santo Spirito ? Oui, nous constituons aussi, au Faubourg du Saint Esprit , une communauté religieuse de Jésuites. Ce n'est pas une communauté typique de la Compagnie : elle a quelque chose de spécial, étant la communauté du Supérieur Général, très internationale (ses 65 membres actuels viennent de plus de 20 pays). Mais nous essayons quand même d'avoir une vie de communauté, sous la responsabilité d'un supérieur, un Jésuite indien, aidé d'un “ministre” qui est Italien. Ce n'est pas très facile, car beaucoup voyagent pas mal, tous ont des rythmes de travail différents, sans parler des habitudes que chacun apporte de sa culture d'origine (le petit déjeuner d'un Américain n'est pas celui d'un Italien ou d'un Africain). Mais nous avons une « mission commune » qui nous unifie profondément. Et nous essayons de nous “acculturer” plus ou moins à la vie italienne, et d'abord de parler italien. La chapelle de la Curie
Je dois dire que je trouve la communauté vraiment fraternelle et accueillante : beaucoup d'hôtes remarquent cette hospitalité, à laquelle on s'attend peu, à cause de l'idée qu'on se fait d'une administration imposante. J'ajouterai, pour terminer, que de gros travaux ont été engagés ces derniers temps pour pouvoir accueillir une partie des délégués à la prochaine Congrégation Générale. La Curie devrait donc être ensuite encore plus accueillante et agréable pour ses visiteurs ! Crédit des photos de la Curie = Bureau de presse et d'information de la Curie
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Pour en savoir plus : > La convocation officielle de la 35ème Congrégation générale > Interview télévisée du supérieur général des jésuites > "Pourquoi j'ai convoqué cette congrégation générale" ? > Prier pour la préparation et le succès de cette rencontre > Comment les jésuites sont-ils gouvernés ? > Faire connaissance avec le Père Kolvenbach > Le gouvernement dans la Compagnie selon l'esprit d'Ignace > NC 262 : La charge de Préposé Général (expliquée dans les Normes Complémentaires datant de 1995) > Election du Préposé Général : ce qu'en disent les Constitutions > Le livre des entretiens avec le Père Kolvenbach : Faubourg du Saint-Esprit > Le Père Général parle de la Compagnie et de Pape > 5 questions à l'occasion de ses 50 ans de vie religieuse > Les cinq préférences apostoliques des jésuites selon le P. Kolvenbach > Sa lettre sur l'apostolat social > Sa visite à l'école Sainte-Geneviève (Versailles) > Son séjour au Cised (Saint-Denis) > Les résultats de la Congrégation des Procureurs de 2003 > Constitutions et Normes complémentaires de la Compagnie de Jésus |
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