Blog du 31 janvier 2008, Rome
La Compagnie universelle après le latin...
par Eugène Goussikindey, SJ
Après l'élection du Père Général, la congrégation poursuit ses travaux en traitant des affaires que la Formule qualifie de « trop importantes pour que le Préposé général, même avec les liens qu'il entretient avec toute la Compagnie et l'aide de son entourage, puisse régler». Mais, ma préoccupation ici, c'est avant tout la manière de procéder pour traiter de ces affaires. Plus précisément, c'est le travail en groupes linguistiques. La Compagnie de Jésus n'a plus une lingua franca comme jadis le latin. Pour gérer notre petite « Babel » nous sommes répartis en groupes parlant l'Anglais, l'Espagnol, le Français et l'Italien. Malgré toutes les bonnes volontés, plusieurs ont besoin d'interprètes pour comprendre ou se faire comprendre.
Cette expérience m'a fait découvrir une dimension de la Compagnie dont la force de témoignage mérite une réflexion supplémentaire. Ici, j'ai redécouvert l'universalité de la Compagnie dans l'expérience de la diversité : diversité linguistique, mais aussi diversité de nationalité, de culture et de provenance. C'est une expérience inouïe de traiter des affaires « trop importantes » à travers des langues qui ne sont pas toujours nos langues maternelles et, souvent, par la médiation des interprètes pour arriver à un commun accord. Ici, la diversité n'est pas source d'antagonisme, de rivalité ou de division. C'est un témoignage dont le monde et l'Église ont besoin. Il est possible de partager le même esprit, de viser le bien le plus grand parce que le corps de la Compagnie prend la priorité sur les préoccupations « provinciales ».
En réfléchissant sur cette expérience, j'ai pensé que la Compagnie devrait retrouver ce sens des « affaires trop importantes » qui l'aide à briser le cadre étroit de nos Provinces et de nos Régions, de nos appartenances nationales ou linguistiques. Elle l'a fait jadis en développant le sens de la « mission universelle ». Tout jésuite formé peut être envoyé partout dans le monde, là où le plus grand bien est en jeu. C'est bien cette tradition qui nous a permis d'avoir un père Général qui est originaire de l'Espagne mais qui nous vient de l'Orient où il a passé le plus clair de sa vie. Les Assistances où la démographie est croissante, tout comme celle où la démographie baisse, devrait sérieusement réfléchir à ce sens de la mission universelle et de la mobilité qu'elle implique.
Pour ma part, je suis heureux d'avoir redécouvert cette vision originelle de l'universalité par le biais des défis linguistiques. Cela m'incite à devoir apprendre d'autres langues !
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