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Première homélie
dimanche 20 janvier 2008

Messe d'action de grâces, le lendemain de l'élection,
en l'église du Gesu à Rome

Lecture du dimanche 20 janvier :
Is 49 (3.5-6, ); Ps 30, 1 Co 1, 1-3 ; Jn 1, 29-34.


En premier lieu je veux vous dire que ceci n'est pas un message pour le monde, mais une simple homélie, une réflexion priante sur les lectures d'aujourd'hui.

Pour les jésuites qui sont ici (le Père Général parle alors en anglais). Ceci n'est pas un message pour le monde, mais une simple réflexion sur les lectures d'aujourd'hui. Pour quelques minutes, je serai juste un chrétien méditant l'Evangile.

Je crois que la première lecture, du prophète Isaïe, donne un certain sens à notre mission dans le monde, à nous tous, chrétiens. Le prophète Isaïe nous dit que nous sommes tous appelés à être serviteurs, à servir. C’est un message clair, concernant notre mission en tant que jésuites, chrétiens, peuple de Dieu. Dieu nous fait serviteurs, et cela plaît à Dieu. Dans la version espagnole de cette première lecture, nous lisons que Dieu est « fier » de son serviteur, alors que la version italienne nous dit que « cela plaît » à Dieu, qu'il en est enchanté. Je crois que la version italienne est plus proche du sens biblique. Plus nous sommes serviteurs, plus cela plaît à Dieu. Je crois qu'aujourd'hui c'est une image que nous devons porter en nous.

Livre d'Isaïe (Is 49, 3.5-6)

Parole du Serviteur de Dieu. Le Seigneur m’a dit :
« Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai. »

Maintenant le Seigneur parle,
lui qui m'a formé dès le sein de ma mère
pour que je sois son serviteur,
que je lui ramène Jacob
et que je lui rassemble Israël.
Oui, j'ai du prix aux yeux du Seigneur,
c'est mon Dieu qui est ma force.

Il parle ainsi :
«C'est trop peu que tu sois mon serviteur
pour relever les tribus de Jacob
et ramener les rescapés d'Israël :
je vais faire de toi la lumière des nations,
pour que mon salut
parvienne jusqu'aux extrémités de la terre.»


Les journaux et les magazines de ces derniers jours ont repris un bon nombre de clichés : le Pape noir, le Pape blanc, le pouvoir, les rencontres, les discussions… Mais tout cela est superficiel, irréel ! Cela alimente ceux qui aiment la politique, mais pas nous. Isaïe dit : servir plaît à Dieu. C'est servir qui compte. Servir l'Eglise, servir le monde, servir les hommes, servir l'Evangile.

Ignace a dit comme résumé de notre vie : « en tout aimer et servir ». Et notre Pape, le Saint Père Benoit XVI, nous a dit que Dieu est amour, nous rappelant l'essence de l'Evangile.

Juste après Isaïe nous dit où est la force du serviteur. Il dit : la force du serviteur, c’est Dieu seul. Nous n’avons pas d’autre force : ce n’est ni la force extérieure de la politique, des affaires, des médias, ni la force intérieure de la recherche culturelle, des études, des titres académiques. Dieu seul, comme les pauvres.

Il y a peu, je parlais à l’un d’entre vous, me souvenant du temps pendant lequel j'ai eu l'expérience d'un travail avec des migrants. Une expérience qui m’avait profondément marqué, c'est celle d’une Philippine qui avait eu beaucoup de difficultés, qui avait souffert beaucoup lors de son intégration au Japon, pour trouver un chemin pour sa vie. Une jour une autre Philippine est venue lui demander conseil : « J’ai des difficultés avec mon mari, et je ne sais si je dois divorcer ou continuer… » En d’autres mots, elle voulait un conseil sur un sujet plutôt banal. Alors la première philippine lui a dit : « Je ne sais pas quoi te dire en ce moment. Mais viens avec moi à l’église et prions, car nous les pauvres seul Dieu nous aide. » Ceci m’a profondément marqué, parce que c'est vrai. Pour les pauvres la seule force c'est Dieu. Pour nous la seule force c'est Dieu. Pour le service désintéressé, sans condition, la seule force, c'est Dieu.

Et puis, le Prophète continue, et parle de salut. Notre message est un message de salut. Et puis il continue encore - c'est le point qui aujourd'hui me touche le plus - , notre Dieu, notre foi, notre message, notre salut, sont de grandes choses que l'on ne peut pas enfermer dans une boîte, dans un pays, dans un groupe, dans une communauté, fût-elle une communauté religieuse. Ce sont des nouvelles de salut pour toutes les Nations. C’est un message universel parce que le message même est grand. C'est un message qui ne peut se réduire à nul autre.

Aujourd’hui nous avons toutes les nations représentées. Toutes. Le monde entier est représenté ici. Mais peut-être les Nations continuent-elles de s'ouvrir. Je m'interroge sur ce que ce sont aujourd'hui pour nous les Nations. Parce que nous avons toutes les Nations géographiques, mais peut-être ce sont d'autres Nations, d'autres communautés, non géographique mais humaine, la communauté humaine qui demande notre aide. Le pauvres, les marginaux, les exclus, augmentent dans ce monde de la globalisation, ceux qui sont exclus de tout. Tout ceux vont diminuant, parce que la société a opté pour les grands et non pour les petits, tout ceux qui se trouvent en situations désavantageuses, sont manipulés, tout ceux-là sont peut-être pour nous les nouvelles nations, les nations qui ont besoin de prophètes, du message de Dieu qui est pour tous.

Hier, après l’élection, une fois passé le premier choc, est venu un moment d’aide fraternelle, vous m’avez tous salué avec beaucoup d’affection, manifestant votre soutien et votre aide. L’un d’entre vous m’a murmuré à l’oreille : « N’oublie pas les pauvres ! » C’est peut-être là la salutation la plus importante, comme lorsque Paul s’adresse aux Églises les plus riches, leur demandant de l'aide pour les pauvres de Jérusalem. N’oubliez pas les pauvres : ce sont eux, nos « nations ». Ce sont les nations pour lesquelles le salut est encore un rêve, un souhait. Il est peut-être au milieu d’elles, je crois qu'il est déjà au milieu d'elles, mais elles ne le savent pas.

Et les autres ? Les autres sont nos collaborateurs, s’ils partagent notre perspective, s’ils ont le même cœur que celui que le Christ nous a donné. Et s’ils ont un cœur encore plus grand, et une vision encore plus vaste, alors nous serons leurs collaborateurs. Parce que ce qui compte, c’est le salut, la joie des pauvres. Ce qui compte, ce qui est réel, c'est l'espérance, le salut. Et nous voulons que ce salut s'étende. Que ce soit comme une explosion de salut : c'est cela dont parle Isaïe. Que ce soit un salut pour tous et partout. Un salut selon le coeur de Dieu, selon sa volonté, son Esprit.

Nous allons continuer avec notre Congrégation générale. C’est peut-être le point que nous aurons encore à discerner : en ce moment de notre histoire, où devons-nous focaliser notre attention, notre service, nos énergies ? En d’autres mots, quelle est la couleur, la tonalité, la figure du salut aujourd’hui pour ces nombreux peuples qui en ont besoin, pour tant de nations humaines, non géographiques, qui demandent encore le salut ? Ce qui est salut pour les uns ne l'est pas forcément pour les autres. Ils sont nombreux, ceux qui attendent un salut que nous avons encore à comprendre. Et alors nous ouvrir à cette réalité, voilà peut-être le défi, l’appel du moment.

Et ainsi nous arrivons à l'Evangile. Nous ne pouvons pas être de vrais disciples de l’Agneau de Dieu, Celui qui prend nos péchés et nous conduit à un monde nouveau.

Et Lui, l’Agneau de Dieu, s’est révélé comme serviteur, héritier de la doctrine d’Isaïe, du message des Prophètes. Son identité en tant que Serviteur en sera le signe caractéristique, la marque de notre propre mission, de l’appel auquel nous essayons de répondre ces jours-ci.
Prions tous ensemble pour vivre ce sens de la mission pour l'Eglise, missions pour les nations, - non pas pour nous - mais pour les nations encore lointaines, non-géographiquement mais humainement, existentiellement. Et nous demandons de pouvoir collaborer un peu à la joie, à l'espérance qui vient de l'Evangile et de pouvoir le faire avec beaucoup d'amour et un service désintéressé.

Adolfo Nicolas, sj

Original en italien

Traduction : Antoine Paumard s.j. et Guilhem Causse s.j.

 

Pour en savoir plus :

> Photos du jour de l'élection :
19 janvier 2008

> Photos de la première messe du nouveau Général

> Dés jésuites très présents en Asie

> Qu'est-ce qu'une congrégation générale ?

> La convocation officielle de la 35ème Congrégation générale

> Interview télévisée du supérieur général des jésuites

> "Pourquoi j'ai convoqué cette congrégation générale" ?

> Prier pour la préparation et le succès de cette rencontre

> Comment les jésuites sont-ils gouvernés ?

> Faire connaissance avec le Père Kolvenbach

> Le gouvernement dans la Compagnie selon l'esprit d'Ignace

> NC 262 : La charge de Préposé Général (expliquée dans les Normes Complémentaires datant de 1995)

> Election du Préposé Général : ce qu'en disent les Constitutions