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Quelques jours après son élection, le Père Nicolás a bien voulu converser avec les trois jésuites en charge de la communication durant la 35ème congrégation générale. En voici quelques extraits
P. Adolfo Nicolás : Avant d'avoir une entrevue quelconque avec la presse, je voudrais parler de manière plus personnelle à tous les jésuites de par le monde et aux amis et amies de la grande famille ignatienne. En m'adressant a vous trois je m'imagine la Compagnie universelle et tous ceux qui travaillent avec nous. Puisse cette conversation me permettre d'être un peu plus proche de tous et de toutes. Parlez-nous de votre famille, en ce qu'elle peut nous aider à vous comprendre et peut-être avant tout à comprendre votre vocation. (...) La catholicité de mes parents était une forme de " catholicisme du village ", d'un village catholique castillan, c'est-à-dire très affirmé, constant, traditionnel. Mais le fait que nous avons dû beaucoup bouger a fait que mes parents, et spécialement ma mère, ont été très flexibles. Elle pouvait s'ajuster, trouver des issues à différentes situations difficiles de sorte qu'à la fin de sa vie elle était devenue une sorte de conseillère. Elle n'avait pas été à l'école plus longtemps qu'au primaire, mais elle est devenue la conseillère de presque tout son voisinage. Les gens venaient demander son avis et elle manifestait de la flexibilité dans son approche avec les gens. Si vous aviez demandé, à elle ou à mon père, ce qu'ils pensaient, leurs réponses auraient été tout à fait dans la ligne de la pensée traditionnelle catholique. Mais si des gens s'adressaient à eux en leur soumettant leurs problèmes, ils avaient l'habileté d'ouvrir des chemins, pas juste de " donner les réponses ". Ils connaissaient les réponses théoriques, les réponses " orthodoxes ", mais ils avaient un sens de l'adaptation. Je pense que cela m'a influencé, en particulier aux moments où j'ai passé dans d'autres cultures et que j'ai réalisé que les gens traversent des expériences tout à fait différentes de ce que vous avez connu. Ainsi j'étais donc plus disposé à entendre la “musique”, pas seulement les mots, la musique de l'expérience de l'autre. Cela a donc certainement eu une influence. Très souvent, quand je réagis à quelque chose et que je me demande pourquoi je réagis ainsi, je puis identifier ces éléments de mon enfance que je viens de mentionner. (...)
Et cela vous a conduit à la Compagnie de Jésus. Mais comment se sont précisées votre vocation jésuite et votre vocation missionnaire dans la Compagnie? (...) Je ne me suis jamais offert expressément pour aller au Japon et je savais d'ailleurs bien peu de choses sur ce pays. Mais durant mon juniorat, le père Janssens, alors Général, a écrit une lettre – en passant, je pense qu'il avait eu une bonne idée et que je devrais peut-être faire comme lui, maintenant que je suis Généra ! – donc, sa lettre à toute la Compagnie demandait des volontaires pour les missions dans différentes parties du monde. Il écrivait : " On nous demande des hommes pour aller aider à bien des endroits. Alors, si vous ressentez un appel, manifestez-vous. " J'ai pensé: des gens ont besoin d'aide et je suis un jésuite. J'ai toujours compris ma vocation jésuite comme une vocation universelle : je n'étais pas un jésuite seulement pour l'Espagne, j'étais prêt à aller n'importe où. Alors, je me suis porté volontaire en écrivant : " Vous avez besoin de monde ? Je suis “quelqu'un” et donc si je peux aider quelque part, je suis disponible. " J'ai écrit cette lettre au début de mes études de philosophie. Un mois plus tard, le Provincial m'a appelé et m'a dit... – il n'était pas très heureux de mon initiative puisqu'il avait déjà fait d'autres plans pour moi: il voulait, après la philo, me faire faire des études de mathématiques pour enseigner à Madrid, dans une école d'ingénieurs. Alors le Provincial m'a dit: " Vous avez écrit au père Général pour vous offrir pour les missions? Vous savez, vous pouvez encore changer d'idée. " Mais j'ai répondu : " Je me suis offert, alors je vais y aller! ". Il m'a dit ensuite : " que diriez-vous du Japon alors? " J'ai dit : " Très bien; ça ira! " C'était tout un défi; en quittant son bureau j'ai pensé: " le Japon... ça veut dire que je devrai continuer d'étudier toute ma vie! " J'avais l'image du Japon comme d'un pays avec une vaste culture, une langue difficile aussi. Et j'avais raison : j'ai dû étudier toute ma vie! Et donc, tout a changé pour moi : j'ai terminé la philosophie et j'ai orienté le reste de ma formation en vue d'un engagement au Japon. Je pense que tout ça n'était pas l'effet du hasard; ça arrivait, dans mon histoire, mais, en y réfléchissant, je puis dire que c'était le meilleur choix. Si j'avais eu moi-même à choisir un territoire missionnaire, j'aurais sans doute choisi l'Amérique latine, l'Afrique ou d'autres endroits où les besoins étaient plus visibles. Après réflexion cependant, c'était le meilleur choix puisque dès les débuts je me suis aperçu que le Japon et moi nous étions tout à fait compatibles. Je me suis senti chez moi avec les Japonais et avec leur manière d'être. Je ne suis pas de ce type d'Espagnol extraverti, spontané et extravagant; je suis plutôt tranquille. Ainsi le Japon m'allait bien et je me suis senti confortable là-bas tout au long des ans. (...)
(...) Je peux dire que je suis rejoint chaque fois que je trouve dans la Bible des textes sur quelques thèmes en particulier. Par exemple celui de la VIE DANS L'ESPRIT. Je pense que l'Asie m'a aidé à découvrir le sens de ça. Les spiritualités asiatiques, la spiritualité hindou comme la bouddhiste, insistent sur cette paix qui vient de l'intérieur, qui vous submerge. J'y vois aussi une image de l'Esprit. Attention, pas comme si quelqu'un venait me parler à l'oreille, mais plutôt comme si l'Esprit de Dieu me remplissait, m'inspirait, me soutenait. J'aime tous ces chants à propos de l'Esprit Saint dans lesquels on le perçoit comme consolateur, source de guérison et de repos. Je sens vraiment que l'Esprit m'inspire, et qu'il nous inspire tous. Un autre thème, et je pense que vous identifierez là une influence ignatienne – même si c'est aussi présent dans l'univers bouddhiste avec lequel j'ai vécu depuis tant d'année – c'est celui du DÉTACHEMENT. Les textes là-dessus m'ont inspiré depuis le temps du noviciat : " Si vous gagnez votre vie, vous la perdez! " Ou encore " À quoi sert de gagner l'univers si vous vous perdez vous-même? " Il y a là une convergence claire avec le bouddhisme. Et je peux ajouter que c'est aussi un des points sur lequel mon frère m'a aidé puisqu'il m'a lui aussi orienté vers ça. Le cœur de la spiritualité bouddhiste est le détachement des résultats de vos efforts. Ça a beaucoup de sens; c'est très utile de comprendre ça. Il ne s'agit pas tellement du détachement des choses : je vois que je suis attaché car j'aime des personnes, j'aime le travail et bien d'autres choses. Mais il s'agit d'être détaché de ce qui arrive ensuite. Ça peut nous rappeler ce dicton attribué à saint Ignace: “Faites tout comme si tout dépendait de vous, sachant que tout dépend de Dieu… et puis relaxez! " (Il y a diverses versions.) C'est donc ça le détachement : vous faites votre possible en sachant que vous n'êtes qu'un serviteur; vous laissez le reste à Dieu, vous le laissez faire mûrir les fruits. (...)
(...) J’ai compris que le père Arrupe avait eu une intuition formidable: que dans ce domaine, nous pouvons apprendre beaucoup et nous pouvons devenir de meilleurs religieux parce que les gens avec lesquels nous nous impliquons nous aident à avoir le sens de la réalité. Tout ce que nous affirmons doit passer le test du réel, et ces gens sont au coeur de la vie réelle: des croyants, dont la foi varie beaucoup de l’un à l’autre, parfois une foi populaire sans beaucoup d’instruction, parfois une foi bien profonde, parfois sophistiquée même puisque nous rencontrons toutes sortes de gens. Mais l’important, c’est le test de la réalité pour nous, pour notre spiritualité, pour notre propre foi même, parfois. De temps à autre, vous voyez des gens qui, sans formation théologique, sans pratiquement d'éducation formelle, ont une véritable profondeur dans leur relation à Dieu; ça peut être vraiment surprenant. Je me dis alors : j'aimerais avoir cette familiarité, cette facilité dans ma relation à Dieu. C'est quelque chose que la communauté catholique japonaise ne trouve pas facile à apprivoiser, parce que pour un Japonais qui vient d'une tradition bouddhiste ou confucianiste, quand vous entrez dans un espace sacré, vous adoptez tout de suite une attitude formelle, vous cherchez à être pur, et tout ça. Vous devez être sérieux. De fait, l'Église japonaise a un visage très sérieux. Alors, ils voient tous ces Philippins arriver à l'église. Ils entrent dans le lieu de culte comme si c'était une extension de leur foyer. Ils parlent entre eux et sont heureux devant le Seigneur. Ils chantent et dansent; les jeunes enfants dansent et courent partout! C'est un choc pour bien des Japonais; mais alors ils y repensent et ils constatent que ces gens, dont la vie est difficile, trouvent à l'église un moment de joie, d'espérance. C'est vraiment un ébahissement pour eux. Et ça peut l'être pas seulement pour les Japonais mais pour nous tous. Où trouvons-nous nos joies? Parfois nos joies coûtent cher, alors que ces gens vivent des joies toutes simples et peuvent y puiser une nouvelle énergie. Il y a là encore un test qui peut être très utile pour la spiritualité de notre prière, pour la rendre plus vraie, plus concrète, plus proche du monde. (...)
Avec l’expérience que vous avez en Asie, avez-vous en tête de rapprocher l’Orient de l’Occident à l’intérieur de la Compagnie de Jésus ? Est-ce que c’est sur la liste de vos projets ? Eh bien, je ne m'exprimerais pas comme ça; je ne dirais certainement pas " mon rôle est de rapprocher ou de réunir l'Est et l'Ouest! " Mais je pense que ce qui va nous changer fondamentalement ce sont les RENCONTRES. C'est de cette manière que l'Orient et l'Occident peuvent le mieux se rencontrer. Les occasions académiques peuvent aider à chercher et à trouver les mots qu'il faut pour ce rendez-vous, mais ce sont les rencontres interpersonnelles qui font la différence. Dans tous les domaines: dans l'apostolat social, dans les relations interculturelles, en spiritualité. (...) J'ai constaté que Xavier a manifesté sa grandeur justement durant le temps qu'il a passé au Japon. En Inde, il était encore le fils de sa théologie et d'une " école " particulière. Mais quand il est allé au Japon, il s'est mis à vraiment rencontrer des gens : voilà ce que je trouve si important. Dans ces rencontres, il a pu se rendre compte qu'il avait eu tort. Il a alors pu commencer à écouter, à respecter des gens différents, à les admirer… Comme missionnaire aussi, il a changé : il a ouvert la voie à une manière d'être qui a été reprise par Valignano, Ricci et d'autres. Mais c'est bien François Xavier celui qui a opéré le changement de cap en manifestant une force qui m'inspire encore aujourd'hui. Ça n'est donc plus tellement le personnage enflammé qui m'inspire, mais plutôt l'homme qui a appris à changer et qui a modifié ses préconceptions. Il a su apprendre!. Je pense que ce qui va nous changer
fondamentalement
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Pour en savoir plus : > Intervention devant la Presse le 25 janvier 2008 > Portrait du P. Adolfo Nicolás > Photos de la première messe du nouveau Général > Dés jésuites très présents en Asie > Qu'est-ce qu'une congrégation générale ? > La convocation officielle de la 35ème Congrégation générale > Interview télévisée du supérieur général des jésuites > "Pourquoi j'ai convoqué cette congrégation générale" ? > Prier pour la préparation et le succès de cette rencontre > Comment les jésuites sont-ils gouvernés ? > Faire connaissance avec le Père Kolvenbach > Le gouvernement dans la Compagnie selon l'esprit d'Ignace > NC 262 : La charge de Préposé Général (expliquée dans les Normes Complémentaires datant de 1995) > Election du Préposé Général : ce qu'en disent les Constitutions
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