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Conversations avec le Père Général : Mission et Coopération des Jésuites

P pr general et pr provincial brésilLa 34ème Congrégation Générale a appelé les jésuites « Serviteurs de la Mission du Christ » et leur a rappelé cette vocation. Pourriez-vous expliciter cela en termes d’universalité de la vocation jésuite ?

Gaël Giraud, la foi dans le développement

Normalien, jésuite et partisan d’une économie qui ferait la part belle aux sciences sociales et aux sciences dures, le nouveau chef économiste de l’Agence française de développement affiche un parcours hors norme

logo_mini_le_monde  Cahiers No 21918 daté Mardi 7 juillet 2015

Gaël Giraud
1970 Naissance à Paris.
1999 Intègre le CNRS.
2004 Obtient l’habilitation à diriger des recherches.
La même année, il entre dans la Compagnie de Jésus.
2009 Directeur de recherche au CNRS.


PORTRAIT

Il a joué du piano. Et c’était sûrement debout. A 45 ans, Gaël Giraud, le nouveau chef économiste de l’Agence française de développement (AFD), a eu plusieurs vies : normalien, pauvre parmi les pauvres dans le sud du Tchad, expert en mathématique financière à New York, spécialiste de la théorie des jeux rêvant de refonder scientifiquement l’économie… L’homme est inclassable. Entier, radical, mais pas rebelle. A moins que, pour le jésuite qu’il est aussi, la forme suprême de la rébellion, ce soit l’obéissance…

« Comme chef économiste, je vais pouvoir réconcilier l’accompagnateur d’enfants de la rue, le consultant de banques que j’ai été, et le chercheur en économie que je suis»

Les dirigeants de l’AFD ont apprécié les « topos» de cet intellectuel exigeant, conseiller scientifique de la Fondation Nicolas Hulot. « Comme chef économiste, je vais pouvoir réconcilier l’accompagnateur d’enfants de la rue, le consultant de banques que j’ai été, et le chercheur en économie que je suis», se réjouit-il d’une voix douce. Le voilà chargé d’aider à penser le développement, l’aide publique au développement (APD) et le rôle de l’AFD, lui que deux années de coopération en Afrique ont à jamais ouvert à ces questions et à celles du changement climatique.

Nommé en février à la tête d’un service de 80 personnes, il n’a pris ses nouveaux quartiers qu’en juin, après s’être délesté d’une série d’occupations. Il reste, entre autres, chercheur associé au Centre d’économie de la Sorbonne et titulaire de la chaire énergie et prospérité que devrait héberger l’ensemble X-Ensae-ENS.

Mais il a abandonné le conseil scientifique du Laboratoire de régulation financière et de Finance Watch, l’observatoire européen de la finance dont il est cofondateur. « Je ne peux pas tout faire », s’excuse-t-il, désolé, confiant dans un sourire que son «supérieur » lui demande de moins travailler.

Dans son bureau de l’AFD, derrière la gare de Lyon, à Paris, quatre dessins de son père, une photo des Alpes suisses et une carte en tissu du Tchad rappellent son itinéraire. Comme les parents de Thomas Piketty – son camarade de promo rue d’Ulm, mais pas son ami –, sa mère, suisse, et son père, originaire de la Creuse, ont fait Mai 68. « C’étaient des soixante-huitards sobres qui ne sont pas devenus des requins néolibéraux. Ils continuaient après 68 à se demander comment faire la révolution. On en parlait à la maison. » Un oncle maternel, vicaire général de la Suisse centrale passé par le collège Germanicum de Rome et aumônier des chasseurs alpins, lui a appris le plaisir de « discuter théologie à 4 000 mètres ». A 19 ans, reçu à l’École normale supérieure, il se fait accompagner, sur le plan spirituel, par un jésuite

Extrême dénuement
Parti au Tchad avec la Délégation catholique pour la coopération, il enseigne les maths et la physique au collège à Sarh, dans le sud du pays, une ville de 110 000 habitants construite au bord du fleuve Chari, se bat contre la situation faite aux femmes en prison et crée un centre d’accueil pour les enfants orphelins à Balimba. «Ma vocation religieuse s’enracine chez les enfants de la rue, explique-t-il paisiblement. Ils m’ont enseigné la joie… » De retour de coopération en 1997, il frappe une première fois à la porte de la Compagnie de Jésus. A l’époque, il vient de perdre son père. « Occupe-toi de ta mère et de ton petit frère », lui répondent les « Jez ».

Entré au CNRS, il est débauché quelque temps par la Compagnie parisienne de réescompte et par l’équipe de Jean-Michel Lasry, un as de la mathématique financière, pour former des traders à New York. Trois soirs de suite, le patron d’une salle de marché l’invitera dans les meilleurs restaurants new-yorkais pour le convaincre, à grand renfort de montrachet, d’embrasser la carrière de trader.

Il accepte le bourgogne mais décline la proposition boursière. Jésuite et pauvre il veut être. Jésuite et pauvre il sera. De retour en France, il soutient son doctorat, enseigne et obtient, en 2004, l’habilitation à diriger des recherches.

La même année, il commence son noviciat. En 2009, une fois achevées ses études de théologie, les « Jez » lui demandent de poursuivre ses travaux d’économiste et de devenir directeur de recherche au CNRS. Il obtempère avec joie.

Est-ce son expérience de l’extrême dénuement au Tchad ? Ou son passage par la banque d’investissement et une finance transformée en idole qui pourrait tant pour les plus pauvres ? Gaël Giraud peut être tranchant. « Il est sans concession. Il manie les arguments les plus percutants. Mais il est toujours respectueux des personnes. Ce n’est pas économiste hétérodoxe, c’est un spécialiste de la théorie des jeux qui a le souci de nourrir un dialogue interne avec ses pairs. Il rêve d’une économie articulée aux sciences sociales et aux sciences dures», décrypte une de ses amies, Cécile Renouard, spécialiste de l’éthique en entreprise… et religieuse, avec laquelle il a écrit Vingt propositions pour réformer le capitalisme (Flammarion, 2009).

De léconomie mainstream, Gaël Giraud dit qu’« elle est construite sur un modèle qui n’a quasiment pas bougé depuis 1870 et qui est faux, incohérent, scientifiquement pas tenable ». « C’est un modèle d’équilibre dans lequel il n’y a ni grands krachs, ni monnaie, ni dette privée et qui néglige l’énergie», observe-t-il, ironique.

Avec un de ses thésards, l’auteur d’Illusion financière (Editions de l’Atelier, 2014) a donc traduit L’Imposture économique (L’Atelier, 2014) de l’Australien Steve Keen, l’un des meilleurs critiques de la pensée néoclassique.

A l’AFD, où le modèle macroéconomique maison, « Jumbo », a pris des rides, il a remonté avec huit doctorants « un modèle hors équilibre, dans lequel il y a de la monnaie, de la dette privée, des inégalités, des ressources naturelles, etc. ». Surnommé «Gemmes», il devrait être utilisable en décembre pour un premier pays. L’autre grand objectif du chef économiste est de faire partager sa conviction que l’aide au développement n’est pas « un soussujet pour le week-end ».

 

« Apprendre de l’économie circulaire »
« Les pays du Nord et ceux du Sud vivent la même chose. Dans une génération, Bordeaux aura le climat de Séville. Quand on travaille sur la sécheresse, sur le stress hydrique, on acquiert des compétences utiles à tous. Nous avons à apprendre de l’économie circulaire, de l’économie de la fonctionnalité, du buen vivir latino », insiste-t-il.

Et si, comme il en est convaincu, le développement n’est pas le parent pauvre de l’économie, alors il y a place pour une coconstruction Nord-Sud des modèles de société : « Nous devons bâtir des institutions qui protègent et promeuvent ces biens communs mondiaux que sont, par exemple, la faune halieutique, mais que pourraient être aussi, si les politiques le décidaient, la monnaie, l’énergie, l’éducation… ». L’intérêt d’un tel travail, c’est qu’il déplace les économistes vers les institutions, un champ qu’ils connaissent mal.

Le 12 octobre, Gaël Giraud doit accompagner à Rabat, au Maroc, son ami Alain Grandjean, patron de Carbone 4, cabinet de conseil et d’étude sur le carbone, et coauteur avec Pascal Canfin d’un rapport sur le financement de l’économie bas carbone. Ils présenteront à la ministre de l’énergie du Maroc et à une vingtaine de ses homologues d’Afrique subsaharienne différents outils de financement innovants (fonds vert, taxe sur les transactions financières, droits de tirage spéciaux, etc.) pour aider à la transition au Sud. Une problématique au cœur des rendez-vous onusiens d’Addis- Abeba, du 13 au 16 juillet, et de New York, en septembre, sur le financement du développement, et de la COP21 en décembre à Paris.

Penser la prospérité du Sud sans énergies fossiles ; penser celle du Nord sans croissance et sans énergies fossiles : telle est au fond la tâche à laquelle s’attelle Gaël Giraud. L’AFD n’est pas la pire des institutions pour le faire. Bien que la France ne tienne pas ses engagements d’aide au développement, l’agence reste un grand bailleur international. Elle a pris le tournant environnemental, il y a quinze ans, et emploie d’excellents chercheurs en biodiversité.

La division qu’y dirige l’économiste, ordonné prêtre en 2013, est pluridisciplinaire.
Rien de tel que le regard décalé d’un anthropologue, d’un sociologue, d’un urbaniste ou d’un biologiste pour aider à bien faire de l’économie appliquée et à ouvrir des perspectives nouvelles, se félicite Gaël Giraud. A ses heures perdues, dont on ne voit pas très bien où il les case, il trouve l’énergie de prendre sa plume. Il vient de remettre au Parlement européen un rapport sur le coût, astronomique, du futur krach bancaire dans la zone euro…

Claire Guélaud

À l’école Le Caousou, on développe la méditation

Dans cette école jésuite de Toulouse, l’équipe enseignante pratique le dialogue contemplatif depuis 2007. Les enfants apprennent à se calmer et à se connaître, pour un meilleur apprentissage. Le journal ‘La Vie’ s’en fait l’écho

logo la Vie« Danièle Granry est directrice de l’école maternelle et primaire jésuite Le Caousou, à Toulouse. En 2005, elle a lancé au sein de son équipe une réflexion sur l’éducation à l’intériorité. Deux ans après, des enseignants commençaient à initier leurs élèves à la méditation. Aujourd’hui, dans cet établissement qui accueille près de 700 élèves, huit classes, de la moyenne section au CM2, y puisent régulièrement de quoi apprendre à mieux se connaître. Un quart d’heure de respiration et visualisation le matin, trois jours par semaine. Une séance plus longue pour ouvrir la semaine. Ou trois quarts d’heure de « dialogue contemplatif » tous les 15 jours… Plongée dans l’aventure intérieure du Caousou.

La méditation n’est pas une pratique isolée dans votre établissement. Elle s’inscrit dans un projet global.
Toute notre équipe est partie prenante : les enseignants, les surveillants, mon assistante, notre homme d’entretien… C’est essentiel ! L’apprentissage des émotions a des répercussions sur la façon de gérer les questions de comportement. Ceux qui entrent au Caousou sont frappés par l’atmosphère qui y règne. Un enfant qui comprend les raisons de son emportement « redescend » plus vite. En cas de problème, les surveillants m’envoient les élèves. Je leur laisse le temps de la réflexion. Puis ils sont invités à analyser : « Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que cela m’a fait ? Qu’est-ce que j’en fais ? » Cette année, notre thème de pastorale est « pèlerin de paix », en cohérence avec notre identité ignatienne et la recherche que nous menons. Chaque mois, toutes les classes étudient un personnage de paix, se créant ainsi une culture commune. À chaque fois, un niveau de classe le présente par une chanson, une saynète ou autre à tous les élèves réunis dans la cour.

Nous vivons ainsi des temps d’intériorité à 700. C’est impressionnant, émouvant même. Nos temps de méditation sont laïques, pour être accessibles à des enfants non pratiquants et parfois non chrétiens. Mais ils font partie de la pastorale. Si l’on ne se connaît pas de l’intérieur, on ne peut pas aller plus loin dans l’expérience de la foi. On voit d’ailleurs des enfants qui après la méditation semblent demeurer dans une incroyable qualité de recueillement, de prière. Nous avons par ailleurs une eucharistie par mois préparée par un niveau de classe, 1 h 15 d’enseignement religieux à partir du CE1, ainsi que la préparation aux sacrements. La pastorale, c’est tout cela, ce chemin personnel et interpersonnel que l’on peut faire ensemble.

Comment se passent les temps de méditation ?
Ils commencent par un rituel d’entrée pour marquer une rupture et de sortie pour que la transition avec le travail ne soit pas trop violente : on éteint la lumière ou on fait teinter une clochette. En 15 minutes, on déroule des exercices de respiration, d’éveil corporel (on se frotte les bras, les épaules, pour se « dépoussiérer » et on agit au passage sur des zones liées au stress), de visualisation (par exemple, on imagine que l’on boit un verre d’eau, puis le trajet de l’eau dans notre corps…).

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Le dialogue contemplatif est une forme ignatienne. La respiration y a sa place, mais à partir d’un support visuel ou auditif, on lance un cercle de parole et de partage. Au « premier tour », chacun exprime ce qu’il a ressenti immédiatement, puis au deuxième tour, chacun élabore à partir de ce que les autres ont dit.

Nous utilisons aussi des outils comme la « bulle », empruntée au chindaï, un art martial non violent : on monte les bras vers le ciel, on forme une bulle autour de soi, à laquelle on associe un élément, une couleur. En les accompagnant par la parole, on aide les enfants à se recentrer, à descendre à l’intérieur d’eux-mêmes et à retrouver un certain calme.

Quelles sont les vertus de ces exercices ?
Ils permettent aux enfants de mieux se connaître eux-mêmes… »

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