Archives : Comment devenir jésuite ?

“Une manière particulière d’être prêtre”

Erwan ChautyJ’ai grandi en étant membre du MEJ. On se retrouvait en équipe, pour réaliser dans nos vies ce que disait cette prière :  « Apprends-nous Seigneur à te choisir tous les jours à redire ton oui en chacun de nos actes. Donne-nous de te suivre sans peur et de t’aimer plus que tout. Rends-nous frères toi qui nous as rassemblés. Fais de nous les témoins devant tous de ce que nous avons vu et entendu, de ce que nous croyons et vivons, pour que tout homme avec nous reconnaisse en toi l’unique Seigneur. »

Quand j’ai rencontré des jésuites pendant mes études supérieures, j’ai tout de suite senti une affinité spirituelle entre ma vie au MEJ et leur manière particulière d’être religieux et prêtres. Ils étaient passionnés par tout ce qui fait la vie de l’humanité, maîtres de vie intérieure et des décisions à la lumière de l’Evangile, tous différents et pourtant profondément frères, témoins actifs d’une relation personnelle avec le Christ incarné, rassemblés par Lui dans l’Eglise, célébrant l’eucharistie avec une profondeur simple et joyeuse… Je ne le savais pas encore, mais c’est un jésuite qui avait écrit la prière du MEJ !

“Dieu a vraiment beaucoup d’humour”

Georges Cottin sjGeorges – « Il sera consacré au Seigneur pour toute sa vie » (1 Sam 1, 1-10) C’est un peu aussi mon histoire, mes parents ayant beaucoup demandé au Seigneur – c’était pendant la guerre de 40 – d’avoir un fils prêtre. Et il a fallu que ça tombe sur moi !… alors que nous étions quatre garçons ! Ça n’a pas été vraiment pour me plaire, et j’ai eu un rude combat à mener pour vérifier s’il s’agissait bien d’un appel ‘personnel’… Une manière de me « libérer », de choisir, d’adhérer du fond de mon être, a peut-être été de choisir la Compagnie de Jésus dont mes parents se méfiaient (trop à gauche politiquement !). A joué également le fait qu’un camarade de collège pour lequel j’avais une profonde admiration m’a précédé au noviciat un an avant moi. Lorsqu’y suis rentré moi-même – j’avais dix neuf ans- il venait d’en ressortir ! Je n’aimais pas les études… J’en ai pris pour douze ans ! Dieu a vraiment beaucoup d’humour… Au fond je retiens de tout cela que l’appel de Dieu à le suivre est un appel sans cesse renouvelé, réitéré chaque jour à travers les événements, les rencontres, les soifs de ses créatures… Jusqu’à ce jour – cinquante ans plus tard – je n’ai encore jamais eu à le regretter.

“En un clin d’oeil, j’ai su…”

Bernard de BrouwerBernard – Fin juin 1950, vers 21 heures, en fin de troisième année de prépa, entre l’écrit et l’oral du concours, en un clin d’œil, « j’ai su » que je serais prêtre. C’est tout. A aucun moment depuis 61 ans, le moindre doute n’a surgi.

Il faut dire aussi… que mon grand-père comme mon père se confessaient au Père Boon sj, que ma mère à ses fiançailles avait fait dire une messe pour avoir un fils prêtre… et elle en a eu trois…, et que, chaque soir, pendant mes études, je lisais une demi-heure les épîtres de saint Paul ou leur commentaire.

“L’acte le plus libre de ma vie”

Guy LepoutreGuy – De 11 à 17 ans, plusieurs fois, j’avais éprouvé le désir de devenir missionnaire. La vie des Pères Blancs m’attirait, celle du Père de Foucauld, celle de François d’Assise… Mais, au fil des années, ce désir et ces attirances semblaient instables, elles se transformaient, elles disparaissaient …

En Terminale, lors de la Retraite de fin d’études – je n’ai pas encore 18 ans – j’ai un choc en entendant l’évangile du jeune homme riche : je l’entends comme l’appel à suivre le Christ et à devenir complètement disponible pour la mission. Mais je n’ en ai pas du tout envie… Je fais en sorte d’éluder la réponse et , en tous cas, de la remettre à plus tard… Dans les semaines qui suivent, je fais plusieurs rencontres inattendues ; je suis étonné de la manière dont je réussis si bien mon bac; des amis m’emmènent pour retraite surprise de deux jours à l’abbaye de Tamié où je retrouve le même évangile du jeune homme riche … Témoin de mes résistances intérieures, un père jésuite me pose cette simple question : “Alors qu’en est-il ?”. Je ne puis plus résister. Au pied d’un haut et long peuplier, je dis mon “oui” : et je sais bien qu’il est radical et absolu ; depuis, je n’ai jamais pu en douter. Et il m’est apparu comme l’acte le plus libre de ma vie.

“J’avais une faim de loup…”

Etienne CelierEtienne – Octobre 1946. Depuis un certain temps, je couvais une vocation, née dans ma famille chrétienne. Partant pour l’Amérique, ayant reçu une bourse d’étude, je rencontre sur le pont du navire un père jésuite. J’avais une faim de loup (les restrictions de la guerre étaient encore en vigueur). Le Père partagea avec moi un gâteau de pommes de terre que sa mère lui avait préparé. Nous avons fait la traversée ensemble, nous sommes devenus amis. Et c’est avec lui, en Amérique, que j’ai pris la décision d’entrer dans la Compagnie. C’était le jour de Pâques.

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