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En Chine
avec
Pierre
Teilhard de Chardin
Article de Paul Malphettes dans la revue Jésuites en mission n°292

Pierre
Teilhard de Chardin

En Octobre 2003, l'Association des Amis de Teilhard de Chardin a organisé un superbe voyage réunissant plus de 50 personnes pour découvrir la Chine d'aujourd'hui en allant aux sources du travail scientifique de Teilhard.

Teilhard a passé, en plusieurs séjours, une quinzaine d'années de sa vie et c'est là qu'il a rédigé un certain nombre de textes majeurs.

Les apports scientifiques

Un colloque nous a réunis pendant deux jours à l'Institut de paléontologie des vertébrés et de paléo-anthropologie (IVPP) de Beijing (Pékin), puis à l'Université des Langues et de la Culture (BLCU). Des spécialistes chinois de haut niveau ont retracé avec force détails techniques les apports scientifiques des découvertes des Pères Teilhard et Licent dans l'histoire de la science chinoise. M. Liu Dong Scheng, Directeur de l'institut National de Géologie et membre de l'Académie des Sciences, a souligné la rencontre des cultures orientale et occidentale dans laquelle les PP. Teilhard et Licent tiennent une place de choix.


Au musée moderne d'histoire naturelle, représentation du Père Licent

Les autres intervenants, dans leurs exposés historiques n'ont pas tari d'éloges sur les deux savants qu'ils considèrent comme faisant partie des leurs. Et leur reconnaissance se voulait aussi affirmée que discrète.

Au terme d'une conférence passionnante sur les dernières trouvailles faites à Shuidonggou
- premier site de fouilles de Teilhard et Licent en 1923 - Madame Wu Xinjie, jeune Docteur de I'IVPP, a conclu ses développements par un "Thank you, Teilhard", à l'attention de celui qui leur avait ouvert la voie il y a 80 ans.

Philosophie et spiritualité
La deuxième journée du colloque fut consacrée à la pensée de Teilhard, et particulièrement dans les domaines où des rapprochements peuvent se faire avec la philosophie chinoise. C'est ainsi que le P. Lefeuvre a montré que le Yin-Yang s'apparentait à la montée de la vie vers la complexité de Teilhard et que des rapprochements féconds pouvaient se faire entre ces deux approches. Une intervention très approfondie sur la métaphysique chinoise et son approche nouvelle de la science moderne avait été préparée par le P. Meynard, mais fut lue par l'un de ses amis.
M. Han Qi a retracé les contributions des jésuites à la science chinoise, notamment par la présentation des activités des Mathématiciens du Roi entre 1688 et 1722, et le P. Madelin a esquissé un parallèle entre la vie de Matteo Ricci et celle de Teilhard. Une étude approfondie du P. Bosco Lu sur l'amour comme énergie chez Teilhard fut très appréciée par les participants, ainsi qu'un exposé sur la spiritualité teilhardienne par Mme Shafika Mansour, professeur de littérature à l'Université d'Alexandrie.
En savoir plus sur "Le milieu divin" >>
Enfin, Mme Wang Haiyan, professeur de français à l'Université des Langues et de la Culture de Beijing (Pékin), a développé la conception de l'union chez Teilhard et celle de l'harmonie et de l'union dans la pensée chinoise. Docteur ès lettres de l'Université de Nanterre, Mme Wang avait fait sa thèse sur le "Milieu divin". L'Association des amis de Teilhard lui doit beaucoup dans l'organisation et la réussite du colloque.

Outre le P. Henri Madelin (rédacteur en chef de la revue Etudes), d'autres jésuites ont participé au colloque le P. Yves Camus (Institut Ricci de Macao), le P. Benoit Vermander (Institut Ricci de Taipei (Taipeh)), le P. Kitchara (professeur émérite d'anthropologie à l'Université Sophia de Tokyo). En marge du colloque, un Comité d'édition regroupant Mme Wang, le P. Henri Madelin et d'autres personnes qualifiées s'est réuni pour le lancement et le suivi du projet de traduction des oeuvres de Teilhard en chinois...

Ce colloque fut une illustration concrète d'un échange intellectuel et spirituel de haute portée : histoire, science, philosophie, ouverture au spirituel s'y sont heureusement combinées et ont permis un réel partage.


Le Musée Hoang Ho


Les vitrines du musée Hoang ho

De Beijing, nous sommes partis le lendemain en train pour Tianjin (Tien-Tsin) pour visiter le Musée d'histoire naturelle fondée en 1914 par le P. Licent (musée Hoang ho Pai ho) et où travailla beaucoup Teilhard. Les vitrines sont toujours là, abritant fossiles et étiquettes en chinois et en latin...
A quelques cent mètres de là, nous avons jeté un oeil sur l'entrée de l'ancienne Ecole des Hautes Etudes Industrielles et Commerciales ouverte par les jésuites en 1923. L'ensemble est devenu un campus universitaire, et dans les bâtiments proches du musée, on y enseigne le français... En 1997, la Municipalité de Tianjin (Tien-Tsin) a "transféré" le musée dans une construction moderne très vaste. Dans le hall, une grande fresque rappelle les grands moments de l'histoire des sciences et des savants : on y repère aisément Galilée, Ricci et le P. Licent.
 
Vers les terrains de fouilles
Et puis ce fut le deuxième moment fort du voyage. Départ en avion pour le désert des Ordos où le texte de "la Messe sur le Monde" (extraits dans l'encadré plus loin), préparé dans l'Aisne, connut sans doute sa version définitive.


Site de Shuidonggou

Juillet 1923, Licent et Teilhard découvrent pour la première fois en Chine un "établissement paléolithique", à Shuidonggou, à 60 km de Yinshuan (Ning-Hia). Un mois plus tard, à 350 km de là (parcourus à dos de mulets), sur les bords de la rivière du Shara Ousso gol, ils mettent à jour de grandes quantités de fossiles et de pierres taillées...
Accueillis d'abord avec les honneurs par le Vice-Gouverneur de la Province de Ning-Xia, nous avons été conduits sur les sites par les responsables de l'institut d'Archéologie de Yinchuan. Quelle surprise de voir au pied de la falaise des "trouvailles", comme cette stèle en hommage à Teilhard et Licent..., mise en place en septembre dernier à l'occasion de la célébration par les Chinois du 80ème anniversaire des découvertes de Shuidonggou !
Puis ce fut la longue route en car vers le Shara Ousso gol. Sur le trajet, arrêt non prévu pour visiter une grande église dont le fronton est décoré d'un alpha et oméga rouge vif... Un jeune prêtre chinois en veste de cuir nous y accueille très sympathiquement une église sobre, une sacristie presque vide et un presbytère exigu et rustique.
Après une longue route de terre battue, nous arrivons sur les bords du Shara Ousso gol, au-dessus du canyon si bien décrit dans les Lettres de voyage. C'est là notre halte spirituelle. C'est de là aussi que Teilhard avait écrit à l'abbé Breuil le19 août 23 qu'il élaborait peu à peu en priant sa "messe sur les choses".
 
La messe sur le monde

Puisque, une fois encore, Seigneur,
non plus dans les forêts de l'Aisne mais dans les steppes d'Asie,
je n'ai ni pain, ni vin, ni autel,
je m'élèverai par-dessus les symboles a la pure majesté du Réel,
et je vous offrirai, moi votre prêtre, sur l'autel de la Terre entière,
le travail et la peine du Monde.

Le soleil vient d'illuminer, là-bas, la frange extrême du premier Orient.
Une fois de plus, sous la nappe mouvante de ses feux,
la surface vivante de la Terre s'éveille, frémit,
et recommence son effrayant labeur.
Je placerai sur ma patène, ô mon Dieu,
la moisson attendue de ce nouvel effort.
Je verserai dans mon calice la sève de tous les fruits
qui seront aujourd'hui broyés.

Mon calice et ma patène,
ce sont les profondeurs d'une âme largement ouverte
à toutes les forces qui, dans un instant,
vont s'élever de tous les points du Globe
et converger vers l'Esprit.
- Qu'ils viennent donc à moi,
le souvenir et la mystique présence de ceux que la lumière éveille
pour une nouvelle journée !

Pierre Teilhard de Chardin

Dans ce désert magnifique, au milieu des steppes d'Asie, nous avons célébré l'Eucharistie, entrecoupée de lectures de la Messe sur le monde. Une messe qui prenait tout son sens dans ce Monde chinois si vaste...

L'église Saint-lgnace de Shanghai
Le retour en car fut assez pittoresque : le chauffeur, voulant prendre un raccourci, s'est perdu nos chemins de terre battue arrivaient dans l'eau !
Il a bien fini par se retrouver...

On ne pouvait pas rentrer en France sans avoir vu Shangaï : passage à l'Université Aurore, où la Faculté de médecine dispense un enseignement médical en français.

Nous avons visité la cathédrale Saint lgnace où il nous furent racontées les sombres rigueurs encourues par les chrétiens, pendant les dix ans de révolution culturelle.

Ce voyage en Chine a été l'occasion
d'une approche fascinante de la complexité de Teilhard : grandeurs et enfers de son passé
comme de son présent,
ces enfers non dits et pourtant perceptibles.

Tout cela est aussi l'occasion de sen remettre au Maître de l'Histoire, plus patient que jamais, au milieu de celles et ceux qu'il y a déjà rendus si patients...

La Messe sur le Monde, là-bas élaborée, continue de se dire...

 

Paul Malphettes


L'entrée du Musée de Zhoukoudian (Choukoutien), sur les lieux où fut découvert le Sinanthrope, par Wang-Chou-Pei et P. Teilhard en décembre 1929
Pour aller plus loin :
> Bibliographie de Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955)
> Question essentielle : La vie intérieure : "Le milieu divin"
> Pierre Teihard de Chardin : La noosphère
> Colloque International Teilhard de Chardin 2002


Pour plus d'informations
sur le colloque de 2004 à Rome
contacter

l'Association des amis
de Pierre Teilhard de Chardin

38 rue Geoffroy Saint-Hilaire
75005 PARIS
Tél.: 01 43 31 18 55
Fax. : 01 43 31 01 15

e-mail : secretariat@teilhard.org
Visiter le site : http://www.teilhard.org