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Ecole Sainte-Geneviève de Versailles
1845-2004
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Petite
chronique
des 150 ans
de
"Ginette"
-
Classes prépas jésuites à Versailles


Des élèves d'aujourd'hui devant la grande façade de l'école

par
Bernard
PARDONNAT
jésuite
La loi Falloux de 1850
La loi Falloux de 1850 avait autorisé l'ouverture d'établissements scolaires "libres". La Compagnie de Jésus aurait désiré ouvrir des établissements d'enseignement supérieur, mais la loi ne le permet pas. Vu que les classes de préparation aux grandes Écoles sont juridiquement de l'Enseignement Secondaire, l'autorisation est demandée de fonder un Établissement qui n'aurait que des Mathématiques Élémentaires (dernière année du bac) et des classes préparatoires. L'école est fondée rue des Postes (rue Lhomond depuis 1859) au Quartier Latin, dans une maison de formation des jeunes jésuites qui est alors transférée au 33-35 de la rue de Sèvres, là où sont actuellement l'église St-Ignace et le Centre Sèvres.

L'Ecole à Paris rue des Postes

Jusqu'aux lois de 1880 les jésuites assurent la direction et tout l'enseignement
, à l'exception du dessin industriel et d'une partie des langues vivantes. La Communauté comprend de 40 à 80 membres. Jusqu'en 1861 les Math Elem sont majoritaires. Mais les effectifs augmentent rapidement : dix ans après la fondation, il y a plus de 300 élèves. Et les résultats suivent : le premier élève reçu à Polytechnique, en 1857, a droit au chant d'un Te Deum à la Chapelle !
"Servir", la devise de l'Ecole
Nous ne savons pas quand "Servir" fut adopté comme devise de l'École : il est certain qu'elle fut d'abord à orientation militaire (on le verra bien en 1870), mais pas exclusivement. Les élèves sont invités en effet à s'engager de façon active, dès l'École, comme le montre par exemple leur participation au "Cercle des maçons" ou au "Cercle des petits ramoneurs", activités qui, sous des formes diverses, à Versailles comme à Paris, ne cesseront pas d'être très vivantes.


Livre
des 150 ans
de Ginette,
35 €,
à commander
sur le site
de l'Ecole
Pendant la guerre de 1870 et la commune de 1871

Chapelle des martyrs de la commune à l'église Saint-Ignace, rue de Sèvres

Lors de la guerre de 1870, 400 anciens élèves sont officiers à l'armée du Rhin : 86 tomberont au Champ d'Honneur. L'École est transformée en service ambulancier. On y comptera de 800 à 900 blessés et plus de 40.000 journées.

Dans la nuit du 3 au 4 avril 1871, la maison est cernée par un bataillon de fédérés de la Commune. Ils arrêtent le Recteur, le P. Marie-Léon Ducoudray, sept professeurs jésuites, quatre frères jésuites et sept employés.

Le 24 mai les PP. Ducoudray et Clerc sont fusillés sur le chemin de ronde, avec l'Archevêque de Paris Mgr Darboy.

Le 26 mai le Père de Bengy, professeur, ainsi que les PP. Olivaint et Caubert, de la résidence de la rue de Sèvres, sont exécutés rue Haxo.

C'est l'époque, semble-t-il, où Sainte-Geneviève devient familièrement "Ginette", nom qui figure aujourd'hui dans son adresse e-mail. Les anciens de Ginette, nommés "Postards" (du nom, éphémère, de la rue de l'École), commencent à se serrer les coudes contre les brimades anti-religieuses qui se multiplient dans les grandes Écoles. Du fait de leur nombre (une trentaine à l'X), ils ne craignent plus la mise en quarantaine des catholiques pratiquants. À Pâques 1874, 183 élèves-Officiers communieront en public à Saint-Cyr ; en 1876 ils seront 300.

L'expulsion de 1880 sous Jules Ferry et le retour, l'interdiction de 1901

Alfred Mativet
Les Pères expulsés de l'École en 1880 par les décrets de Jules Ferry, reviennent à partir de 1887. Mais la Loi de Juillet 1901 interdisant l'enseignement aux membres d'une congrégation non autorisée, les derniers jésuites quittent la rue Lhomond. Le Directeur laïc est en fait le Préfet des études, M. Alfred Mativet, aidé de "l'abbé" Fouet, professeur de Mathématiques, qui se charge des admissions. L'abbé Fouet est en fait le Père Edouard André-Fouet, jésuite, qui vécut toutes ces années à l'École comme s'il était prêtre séculier. Une trentaine de prêtres diocésains sont envoyés par plusieurs évêques ; tous les surveillants sont des prêtres.
La vie s'organise

Vue aérienne de l'Ecole en 2004
Le règlement est très strict, mais pas plus que celui des Lycées publics d'alors : pas question de chambres, tous les élèves sont en étude et en dortoir. Monsieur Mativet va faire évoluer considérablement la vie des élèves. Il maintient le règlement, mais "en y mettant de l'huile afin de faire aimer la maison" (souvenirs du Père Fouet). Il fait construire des douches (froides), avec obligation hebdomadaire ( ! ) de s'y rendre par classes. Il introduit la gymnastique suédoise. Il organise l'affichage des journaux : neuf quotidiens tournent donc dans les classes par groupes de trois. Le Temps, ancêtre du Monde, est finalement retiré car trop marqué ! La sortie du mercredi est transférée au jeudi afin de faciliter la participation des élèves aux oeuvres sociales et apostoliques. Des conférences sont faites par des personnalités.
De nouvelles fondations de Préparations
Alors qu'à la suite de la Loi de séparation de l'Église et de l'État, l'École est menacée de perdre ses meubles et immeubles, en 1907 est créée la préparation à l'Institut National Agronomique. La même année, est fondé "l'Institut Économique", qui fermera en Juillet 1913 et dont la relève sera assurée sous le nom d'ESSEC à l'Institut Catholique de Paris. Devant l'afflux de candidats à Navale, sa préparation avait été "exilée" à différents endroits : elle revient "rue des Postes" en 1911.
Un vent de réformes
Pendant ce temps, un vent de réformes continue de souffler sur l'École : on accorde le dimanche des demi-sorties de faveur, on parle de rendre la messe quotidienne facultative, de créer un poste de Surveillant Général. Le principe des chambres particulières est admis, et un crédit voté pour en aménager 31. En 1909 un livret édité à l'usage des nouveaux surveillants (Quelques avis. Principes et pratiques de surveillance) formule ces recommandations, toujours d'actualité : " MM. les Surveillants s'attacheront d'abord à étudier la mentalité un peu spéciale des élèves de l'École, et en particulier celle des sections qu'ils auront à diriger.
Ils pourront s'en inspirer ensuite dans leur manière d'agir. " Ou encore : " Ne pas croire qu'un élève fait à son Surveillant une injure personnelle quand il manque au règlement.
Si par impossible l'offense semble évidente, ne pas en paraître atteint. "
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