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Nouvel aménagement
de l'église Saint-Ignace
à Paris

L'article d'Isabelle Renaud-Chamska
dans les Chroniques d'Art Sacré (n° 67)

commence par cette phrase : " L'église des jésuites à Paris est en train de vivre une révolution, à moins qu'il s'agisse plutôt d'une conversion. "
Après expérience de deux ans (2002-2004) , cette phrase vous convient-elle, et à choisir,
quel mot préféreriez-vous entre " conversion " ou " révolution " ?
Jean-Marc FURNON, responsable de l'église - Le mot révolution dit quelque chose du changement que ça représente en effet : mettre l'autel au centre de l'église, et les prêtres au milieu de l'assemblée, c'est un changement très important des habitudes. Par contre du point du vue du coeur, de ce qu'on a voulu faire et de ce qu'on vit, je crois que le mot de conversion est très bien venu : c'est une conversion à une nouvelle manière de célébrer l'eucharistie selon les orientations de Vatican II
Quelles sont justement les grandes idées liturgiques qui ont guidé ce réaménagement ?

Pierre FAURE, membre de l'équipe liturgique - La conversion s'est faite en deux étapes. Le premier réaménagement de l'église St-Ignace, en 60 ou 61, avant le Concile, a déjà été un changement important, avec des critiques assez violentes. Il y avait Gélineau et Rimaud qui poussaient, mais Gouet se faisait engueuler par des gens. L'essentiel de la conversion était déjà là, avec trois lieux au coeur de l'Alliance chrétienne : l'autel, la présidence, la parole. Mais on était dans une époque de "retour aux sources" : la cathèdre imposante était au fond, comme à St Jean de Lyon, l'autel faisait deux tonnes de marbre, et l'ambon était devant. Mettre l'Assemblée en anneau, faire que les trois signes de l'Alliance soient en triangle au milieu de l'Assemblée, c'est devenu pensable aujourd'hui, à l'époque, ça ne l'était pas.

Mais on faisait du neuf dans de l'ancien, et il fallait prendre en compte une double contrainte : le programme liturgique (ces trois lieux) et la réalité architecturale du bâtiment. Notre première idée était de faire un arc de cercle dans la nef, regardant une des chapelles latérales, ce qu'avait fait Hermelin à certaines occasions. Mais les architectes, qui ont été très importants dans l'affaire, nous ont dit : " Non, ce n'est pas possible. Cette église a un axe de symétrie, de la porte d'entrée au choeur, on ne peut pas en créer un second qui contrarierait le premier. On peut changer l'autel de place, mais il faut qu'il reste dans cet axe. " On a donc placé en vis-à-vis les lieux de la présidence et de la parole. L'autel aurait pu être complètement aligné sur eux, mais on a créé un triangle en le déplaçant de quelques mètres vers le choeur, dont le volume, architecturalement parlant, appelle. Ce qui est assez fort, disent les architectes, c'est ce triangle. On le ressent quand on célèbre, et je crois que les gens le ressentent aussi : la parole appuyée sur un pilier, la présidence appuyée sur un pilier - concrètement il y a les nervures de pierre par derrière -, et l'autel au centre tout seul, appuyé sur l'Assemblée. Je pense que c'est le mieux qu'on pouvait faire dans le contexte.

Ca ne s'est pas fait du jour au lendemain :
y a-t-il eu dans la réalisation des évolutions, des repentirs ?
JMF - Ca a commencé en mai 2000 quand on en a parlé au Conseil Pastoral puis à une centaine de personnes au cours d'une journée de l'église. Première réalisation aux Rameaux 2001. En fait, il y a une chose que les chrétiens ont refusé, c'est les grands panneaux verticaux à l'entrée de l'église. On les a enlevés en juin 2001 pour les ordinations, et on ne les a jamais remis. Mais remplacés par des claustra, l'un à l'entrée de l'église et l'autre qui sépare le choeur pour en faire une chapelle de prière. Ils sont à claire-voie, et délimitent ainsi l'espace sans vraiment faire écran.
Il y a eu d'autre modification en cours de route ?
JMF - En 2001, c'était une installation provisoire, un test : l'autel de pierre était toujours là. Quand a été confirmé le changement, validé par le Provincial, avec l'apport financier de la Compagnie pour les travaux, en février 2003, il y eu 15 jours de fermeture pour le chantier : on a enlevé l'ancienne installation du choeur (autel, ambon, tabernacle, emmarchement) et refait un sol en marbre à l'identique, on a refait le sas d'entrée, construit les deux niveaux d'estrades, et installé du beau mobilier.
Pierre évoquait au début certaines réactions très vives à la précédente transformation : quelles ont été ici les réactions ? et notamment des jésuites ?
PF - On a sans doute consulté plus largement : la figure de l'Eglise entre 1960 et 2000, c'est la différence entre Vatican I et Vatican II.
JMF - Au mois de mai 2001, un WE sans pont où tout le monde était là, on a fait un sondage écrit à toutes les messes. Il y a eu 88 % de gens " favorables " ou " favorables avec amélioration " (en particulier pour les panneaux), et 12 % de gens contre ou pas favorables. On a eu une boite à idées qui a marché pendant 4 mois et qui a donné pas mal de réactions. On a été tellement surpris des 88 % qu'on a senti que c'était acquis. - Pour les jésuites, il y a eu spontanément un bon accueil d'un certain nombre. Le grand moment a été l'ordination de juin 2001 avec des jésuites venant d'un peu partout en France. On se demandait…, et ça a bien passé : quelques remarques positives, pas de remarques très négatives. Quelques uns ont écrit, qui avaient été consultés, mais très peu. Détail significatif : les présidents "précédents" ont tous continué à présider l'eucharistie.
PF - C'était pourtant un gros changement pour eux ; ils sont plus près des yeux et des oreilles des autres : dans le choeur autrefois les prêtres étaient loin, là ils sont au milieu du peuple. Autre changement, c'est de devoir parler à 180 °, alors qu'on était habitué à parler comme face à une classe.
Justement, il n'y a pas de problèmes d'acoustique ?
JMF - Non ; on a refait la sono avec du matériel de très bonne qualité. L'éclairage de la nef a aussi été très amélioré avec des projecteurs à la hauteur de l'orgue.
L'éclairage des piliers apporte aussi un gros changement d'atmosphère.
Nous le devons à nos deux architectes, Jean-Marie Duthilleul et Etienne Tricaud qui sont des architectes de la SNCF : ils ont fait les nouvelles gares du TGV Sud-Est (Avignon, Valence, Aix) et travaillent aussi pour les nouvelles gares de Shanghai et de Pékin ; l'un d'eux, par ailleurs, a construit les deux grand podiums des JMJ de Paris. Ce sont des spécialistes de la lumière, et ils ont eu tout de suite l'idée d'éclairer les piliers : la dimension de verticalité donnée par l'ancien choeur, ils la retrouvent par l'éclairage des piliers. L'assemblée est horizontale, les piliers donnent la verticalité.
Pour aller plus loin :
- Les débuts de la rénovation de l'église
- Le site de l'église Saint Ignace
- La communauté de la rue de Sèvres, communauté du centre Sèvres