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Homélie de la messe du jour de
rentrée
de l'église Saint-Ignace à Paris Annoncer l'Evangile (19 octobre 2003) |
| Père François-Xavier
Dumortier Provincial de France de la Compagnie de Jésus |
Evangile : Marc 10, 35-45 |
| Le texte que nous venons dentendre a une force toute particulière : il y a, dabord, cette démarche de Jacques et Jean, alors que Jésus vient dannoncer pour la troisième fois ce qui lui adviendra ; il y a, ensuite, ce que Jésus nous dit quant à lexercice de lautorité ; il y a, enfin, la figure du Christ comme la figure de celui qui sert jusquà donner sa vie. |
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La demande de Jacques et Jean - et le dialogue entre eux et Jésus - interviennent sur le chemin qui monte à Jérusalem, au moment où les disciples pressentent que le dénouement est proche. Leur requête : siéger à la droite et à la gauche du Christ dans sa gloire peut sembler présomptueuse, inopportune, outrecuidante et les dix autres disciples ne manquent pas de sindigner. Mais nest-ce pas aussi lexpression dun attachement fort à Jésus et le désir de voir leur destin lié au sien, dans lavenir comme maintenant ? Nest-ce pas ce que Jésus entend et comprend pour les provoquer à un triple déplacement : . il ne sagit pas danticiper les évènements, mais de vivre le présent - ce présent qui simpose à Jésus comme la volonté de Dieu. Boire à la coupe à laquelle Jésus va boire signifie vivre à lheure de Dieu - vivre ce « maintenant » souvent décapant et obscur hors duquel la foi risque une évasion et une illusion. . il ne sagit pas de se représenter un avenir qui nappartient quà Dieu : il sagit dentrer dans le mystère de Dieu, toujours un peu voilé, toujours un peu obscur, parce quil passe par la Croix. Il sagit dune conversion de limaginaire spirituel et religieux - car il importe simplement de consentir pleinement à ce que le Seigneur fait découvrir, jour après jour, de Sa volonté. . il ne sagit pas daccaparer la relation au Christ mais au contraire de laisser les hommes et lhumanité devenir proches de Celui qui sest fait proche de nous jusquà se faire lun de nous. Il sagit daimer tellement le Christ quon accepte de ne pas le retenir. |
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Il fallait ce dialogue de Jésus avec Jacques et Jean pour comprendre ce que le Maître dit ensuite : « Ceux que lon regarde comme chef des nations païennes commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi ». Le propos est radical car il touche au fondement des relations entre les hommes : ce nest pas le rapport domination/subordination - pouvoir/soumission qui détermine lordre des choses humaines - même si, aux yeux des soi-disant « réalistes », on néchappe pas à ce qui leur semble inévitable. Il me semble que Jésus nous appelle à trois choses : . dabord, à ne pas mépriser, mésestimer ou nier le désir de « devenir grand » qui peut habiter certains : « celui qui veut devenir grand celui qui veut être le premier » Jésus reconnaît combien peut être puissante cette aspiration à lexcellence, et combien la conscience des talents reçus saccommode mal dun refus den vivre la pleine mesure. . ensuite, Jésus nous demande
de ne pas suivre et imiter les pratiques et les manières de faire
qui sont celles du monde : il y a une rupture à marquer et à
vivre. Les relations humaines, pour le disciples du Christ, ne se comprennent
pas en termes de pouvoir à faire sentir, de maîtrise à
assurer, dautorité à imposer. Il y a une autre voie,
une autre manière dexercer des responsabilités : elle
nest pas la plus simple, ni la plus facile mais elle demande cette
liberté intérieure qui met à distance des modèles
les plus puissants parce quils . enfin, Jésus nous dit que le seul chemin pour qui veut se mettre à sa suite est celui du service : « celui qui veut devenir grand sera votre serviteur ». Servir, certes, est souvent une dimension constitutive de lexercice de responsabilités : qui dentre vous ne le sait pas pour lavoir vécu dans sa famille, dans la Cité, dans la vie économique, dans la vie associative ? Mais il me semble que le Christ nous appelle ici à davantage encore : il ne sagit pas seulement dune manière de faire, il sagit dune manière dêtre. |
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Cest ainsi que le Christ nous appelle à le contempler pour comprendre de quoi il sagit : « Le Fils de lhomme nest pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ». Il nous faut regarder le Christ comme cette figure du Serviteur pour que notre être en soit transformé. Celui qui se laisse appeler « Maître » par Jacques et Jean sidentifie comme le serviteur - et il ne lest jamais davantage que quand il sapprête à traverser la souffrance et la mort, à vivre lenvers de tout pouvoir et de toute domination jusquà mourir sur la croix de la mort dun esclave. « Servir » nest pas une façon de faire, mais dabord une manière dêtre : . une manière dêtre qui donne un certain regard : on voit le monde à partir den bas, et soudain ce nest plus le même monde qui se montre ; . une manière dêtre qui se vit en résistant aux glissements et dérives insensibles dun service qui deviendrait un pouvoir ; . une manière dêtre qui est déprise de soi et souci dautrui, refus de lauto-affirmation et désir de se faire proche. Cest un chemin obscur et discret car le plus grand service saccommode mieux de lombre et de la discrétion que des feux de la rampe ; . une manière dêtre qui est de consentir à ce que le Seigneur nous détache de ce qui nous attache, nous délie de ce qui nous ligote : il faut beaucoup de liberté intérieure pour servir en aimant, pour demeurer à sa juste place ; . une manière dêtre qui permet de ne pas faire obstacle à la force de lEsprit et qui permet, quand on consent à vivre la faiblesse du serviteur, de rencontrer lhomme dans sa plus grande vérité. |
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« Annoncer lÉvangile ». Le thème de cette journée de rentrée nest pas loin de ce que ce passage de Marc nous dit : nous ne pourrons jamais annoncer lÉvangile et témoigner du Christ autrement que comme des « serviteurs » - nous ne pourrons jamais vivre cette mission autrement quavec un coeur humble - celui qui sait quil lui faudra la force de Dieu pour aller au bout de sa tâche. |
| Pour aller plus loin : - Une autre homélie du Père Dumortier (sur les Béatitudes) - Les jésuites changent de tête - Toutes les homélies de l'église Saint-Ignace à Paris |