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1954

Les 50 ans
de la revue
Christus

2004
 
La revue jésuite Christus fête ses 50 ans. Claude Flipo, vous en êtes le rédacteur en chef; et vous, Yves Roullière, le rédacteur en chef adjoint. Quel est, pour commencer, le projet éditorial de la revue ?
 
Aider les chrétiens en quête de formation au sujet de leur foi et de leur vie spirituelle: les aider à prendre conscience de ce qu'est la vie dans l'Esprit, et dans le même mouvement les aider à en voir toute la dimension humaine, son incarnation dans l'existence quotidienne. Cela correspond bien à l'inspiration centrale de saint lgnace, qui est justement de chercher et trouver Dieu en toute chose ; voilà ce qui nous guide.
 
Quel est votre public ?
 

Claude Flipo sj
Ce sont des personnes assez fortement engagées dans la vie de l'Eglise, avec souvent des responsabilités de formation. Dans les débuts de la revue, il y avait surtout des prêtres, religieux et religieuses, mais depuis quelques années la majorité des nouveaux abonnés sont des laïcs. Et ils sont bien répartis sur l'ensemble du pays.

Deux choses sont très importantes pour nous : la présence d'abord de 1000 abonnés hors de France et puis la vente au numéro (surtout les hors série, mais pas uniquement) puisque sur un tirage de 9000, nous n'avons que les 2/3 d'abonnés. Nous sommes vendus en librairie, dans les Procure, les centres spirituels, etc, et pas seulement à Paris.

Lors d'une enquête assez récente, il est apparu un trait étonnant : les lecteurs, des laïcs, ont une relation très intime à leur revue. Lire Christus est vécu comme un engagement, et le proposer, c'est dire quelque chose de personnel... Ce n'est donc pas très facile de dire, même à un ami, que je lis Christus. C'est pourquoi nous envoyons les formulaires publicitaires de manière anonyme, et non pas "de la part de" !

Yves Roullière
 
Et vos auteurs ?
 

Pour les auteurs il y a eu une évolution un peu semblable à celle du public. Au début c'était des jésuites, la revue était très centrée sur les Exercices, leurs grandes méditations et leurs grands thèmes. Les choses ont évolué, d'une part parce que ces thèmes-là finissent par s'épuiser, et que d'autre part les attentes changent. Aujourd'hui on sollicite des auteurs bien au-delà du cercle des jésuites - même s'ils sont encore très présents. On fait appel à des religieux ou prêtres ou laïcs qui ne sont pas forcément de spiritualité ignatienne : bénédictins, universitaires, psychologues ou sociologues, laïcs engagés dans la cité ou les diocèses, même si un certain nombre, c'est vrai, ont fait les Exercices et connaissent bien la Compagnie de Jésus.

La spiritualité ignatienne reste évidemment au coeur de la revue, elle en est le vecteur mais sa caractéristique est justement de ne pas s'arrêter aux frontières d'une culture ou d'un monde, elle est une manière de vivre la spiritualité chrétienne en prenant en compte toute la réalité humaine, sans exclusive.

 
Si on faisait un peu d'histoire
 
Vers 1950, il y avait de grandes discussions sur l'idée de lancer une revue de spiritualité ignatienne était-ce opportun ? serait-ce bien reçu ? aurait-on les forces pour ? alors qu'il y a déjà tant de revues... ça ne paraissait pas évident au départ. En fin de compte, la décision a été prise, et c'est le Père Maurice Giuliani qui a été chargé de fonder la revue, et qui en a été directeur pendant 10 ans, avec bien sûr des collaborateurs nombreux et variés. Les parrains, si l'on peut dire, ont été les pères Henri Holstein, professeur de théologie à la Catho de Paris, et Jacques Guillet, qui a souvent écrit dans Christus. Puis très vite se sont agrégés François Courel, François Roustang, Michel de Certeau...


Maurice Giuliani sj

>> Pour en savoir plus sur le fondateur de la revue

 
Sur 50 ans d'histoire, il a dû y avoir une évolution, des étapes ?...
 

On peut effectivement distinguer quelques périodes dans cette histoire.

La période Giuliani (1954-1963). C'est un retour aux sources de la spiritualité de saint lgnace, à ses fondements, avec de grands et longs articles sur les principaux thèmes des Exercices et de la foi éclairés par cette tradition.

Le Concile et les suites (1963-1971). L'accent est mis sur le renouveau conciliaire, mais aussi la crise de l'institution, le politique et le social : significatif alors est le fameux article de Roustang en octobre 1966, "Le troisième homme" sur la rupture de la pratique.

L'influence des sciences humaines (1971-1986) : surtout psychologie, linguistique, histoire. Les sommaires montrent assez bien que le regard est plus axé sur l'humain. Pour le dire trop rapidement la spiritualité, on n'en parlait pas beaucoup à l'époque.

La recherche d'un certain équilibre (1986-...). A partir de la culture, c'est-à-dire de la manière dont les gens se comprennent dans la société, retour de la spiritualité et renouveau d'intérêt pour l'Eglise reprise d'études sur les Exercices et leur pédagogie.

Avoir une vision forte de la tradition spirituelle de l'Eglise, et donc de saint lgnace et de ses suites, sans négliger la manière dont les hommes et les femmes d'aujourd'hui peuvent l'accueillir et en vivre, en maintenant ce croisement, c'est ça, je crois, qui fait que les gens s'intéressent à Christus.

 
A côté de la revue, il y a une collection "Christus", chez Desclée de Brouwer...
 

La revue n'a jamais été pensée sans la collection. On en est aujourd'hui au n 90. Au démarrage, il s'agissait d'éditer les sources de la Compagnie, de la spiritualité ignatienne, donc St lgnace, Favre, les grands spirituels du XVlIè français, Lallemant, Surin, Claude La Colombière, etc. (avec des introductions très remarquables de Certeau et d'autres). Et puis peu à peu la collection s'est ouverte à d'autres perspectives, par exemple aux missions (Ricci, l'Amérique Latine), puis à des essais, qui d'abord étaient des collections d'articles, comme l'ouvrage du P. Guillet "Jésus Christ hier et aujourd'hui" et ensuite carrément des ouvrages comme ceux du P. BIaise Arminjon.

Actuellement la collection est un peu en pointillé : par épuisement des sources d'une part, et d'autre part par manque de temps. On va quand même publier trois ouvrages dans les six mois à venir, à l'occasion du cinquantenaire de Christus : Maurice Giuliani, "L'expérience des Exercices spirituels dans la vie" ; "Louis Lallemant", présenté par Dominique Salin ; François Marty, "Les sens spirituels dans les Exercices".

La conséquence pour Christus des accords avec les Assomptionnistes et le groupe Bavard, c'est la création d'une nouvelle collection Bayard/Christus, une collection de textes contemporains liée à la revue Christus, d'un abord plus facile que ceux de la collection de chez Desclée. Les premiers volumes à paraître en janvier seront des volumes d'articles de Maurice Giuliani et de Maurice Bellet.

 
En conclusion, 50 ans pour une revue comme Christus, c'est quoi la maturité épanouie ?
la jeunesse enthousiaste ? la sérénité du travail accompli ?
 

C'est un bon début, un bon début ! Je ne vois pas cette revue s'arrêter, je vois au contraire beaucoup de raisons pour qu'elle se développe encore. Avec difficulté, certes, parce que le nombre des chrétiens diminue fortement, en particulier dans la zone de culture française mais comme il y a davantage de gens formés, il ne faut pas désespérer. Malgré la peau de chagrin, on a davantage de chances d'aller à la rencontre de nombreuses personnes qui aujourd'hui ne peuvent devenir croyantes qu'en s'engageant résolument dans la foi chrétienne, et donc en se formant. C'est dire que les revues de formation ont, je pense, si elles travaillent bien et si elles cherchent à se faire connaître, de bonnes chances. C'est d'ailleurs ce qu'on est en train de vivre : le vent peut encore tourner mais, à la différence d'il y a 30 ans, il est en poupe

 
Conversation avec Claude FLIPO sj, Rédacteur en chef,
et Yves ROULLIERE, rédacteur en chef adjoint.
 

Pour en savoir plus sur la revue Christus

Découvrir saint Ignace

Faire connaissance avec Michel de Certeau