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La communauté de Bordeaux
et sa nouvelle insertion paroissiale

par Pierre Gauffriau sj 
Pour pas mal de jésuites de la Province, pour moi en tous cas, le nom de Bordeaux évoquait automatiquement l'image du collège de Tivoli. Surprise donc, en regardant de près le catalogue, de constater que 8 des membres de la communauté sur 11 ont une part notable de leur vie apostolique dans la pastorale paroissiale. Il y a eu ainsi ces dernières années un changement de rapport de "poids" entre les diverses activités jésuites : changement ressenti à coup sûr dans la communauté, sinon déjà perçu dans l'image de marque de la Compagnie en ville.


Collège de Tivoli
Diverses façades du collège de Tivoli
 
Il y a trois ans les supérieurs Provinciaux ont cherché à donner une nouvelle orientation à la communauté, pour développer notamment la proposition des exercices spirituels, un peu sur le modèle des Coteaux Païs.
Le Vicaire Général, à qui Bruno Régent en parlait,
a proposé que nous le fassions à partir d'une paroisse.
Ce qui a été accepté.

Communauté de Bordeaux en 2004
La communauté de Bordeaux en 2004

Donc le 1er septembre 2002, le diocèse de Bordeaux nous a confié la charge curiale de deux paroisses et la responsabilité du secteur paroissial (qui en comprend une 3ème). Les deux paroisses auparavant étaient autonomes.
Notre dame des Anges
Notre Dame des Anges
L'une, Notre-Dame des Anges, était le couvent des franciscains, avec un rayonnement d'avant-garde dans les années 70 ; mais les franciscains sont partis, et l'aura de la paroisse s'est estompé. L'autre paroisse, Ste Jeanne d'Arc, a connu une histoire récente mouvementée avec ses curés successifs. Tous ces changements ont marqué les communautés chrétienne du quartier. Le secteur a aujourd'hui une situation assez courante dans l'Eglise de France : modeste, avec peu de moyens, des locaux peu entretenus et inadaptés.
 
Ce secteur paroissial correspond à un quartier de Bordeaux Centre de 22.000 habitants, à la Barrière de Pessac. La population y est très mélangée : quelques rues très bourgeoises, beaucoup de retraités de classe moyenne, quelques îlots de pauvreté, des résidences universitaires, un grand hôpital psychiatrique. On note pourtant une évolution récente : beaucoup de petites maisons (les "échoppes", en bordelais) sont rachetées par des jeunes cadres supérieurs qui les restaurent. Il est difficile de trouver un centre dans ce quartier, qui ne verra pas venir le tramway, vecteur du futur développement urbain.
 
Quelques éléments descriptifs, assez "extérieurs", du travail paroissial
des trois jésuites à temps partiel :
Michel Joseph,
Christian Motsch (+ aumônerie de deux lycées : Montaigne et Magendi),
François Poméon (+ pastorale diocésaine du mariage).
Deux messes dominicales et deux messes de semaine
- une soixantaine de familles ayant leurs enfants au catéchisme
- quelques équipes de St Vincent de Paul
ou du Service Evangélique des malades
- dans une année, approximativement :
2 ou 3 mariages, 35 baptêmes, 50 enterrements.
Christian MotschThang NguonChristian VivienHervé de Saint-PierrePierre IratzoquyJoseph Lacretelle
François Poméon

Pour en découvrir davantage :
> Rencontre de jésuites envoyés dans le monde paroissial
> 34 ème congrégation générale : "Le ministère paroissial"

 
Dans la ligne indiquée ci-dessus, un groupe " ignatien " avec des religieuses, des membres de CVX, l'un ou l'autre prêtre du diocèse et la communauté jésuite a relancé des propositions ignatiennes. Certaines à partir de la paroisse, par exemple des soirées de prière, les dimanches de carême et d'avent, avec à peu près 70 personnes chaque fois.
Pour ceux qui voulaient aller plus loin, un week-end dans une maison de religieuses à Martillac (une trentaine de personnes) ; et pendant la semaine sainte une retraite, en gardant ses activités familiales et professionnelles, a regroupé 25 personnes.

Enfin, en lien avec Coteaux Païs de Toulouse, a été constituée une équipe volante de laïcs, de religieuses et de jésuites disponible pour aller proposer quelques éléments d'apprentissage de la prière aux groupes qui le demandent (paroisse, mouvement, catéchistes), dans leur situation géographique et ecclésiale. Depuis un an l'équipe a répondu à cinq demandes qui chaque fois ont regroupé entre 30 et 50 personnes : elle ne s'attendait pas à des réactions aussi rapides. Ce sont bien souvent des laïcs, pas forcément le curé, dans des secteurs défavorisés où ils n'ont pas grand chose, qui demandent qu'on vienne chez eux les aider à s'organiser pour la prière. C'est très encourageant.
 
D'autre part le diocèse semble intéressé par une relecture spirituelle qui serait proposée aux laïcs assurant un service pastoral sans, bien souvent, qu'ils aient le ressourcement nécessaire pour continuer. Cette formation serait reconnue et proposée par le diocèse.
Enfin l'équipe ignatienne a aussi été demandée dans des formations à l'accompagnement ou au discernement. Le Renouveau Charismatique a notamment demandé deux week-ends de formation à l'accompagnement (25 personnes) et des soirées sur le discernement. Tout ceci est à la fois autonome et en lien avec la paroisse. Les gens ont bien compris que la paroisse n'est pas une "chapelle jésuite" : c'est une paroisse du diocèse animée par les jésuites qui en assurent la vie et qui, en plus, font des propositions, les unes sur la paroisse, les autres ailleurs.
 
Même si l'on parle ici surtout des " nouveautés ", toutes les activités de la communauté ne sont évidemment pas centrées sur cette paroisse. Chacun de ses membres fait aussi des propositions, là où il est, d'accompagnement, de week-ends, de groupes de travail, etc.
D'autre part, les jésuites sont toujours présents à Tivoli et à l'AFEPT.
 
On s'attendait à un déménagement de la communauté. Au départ, le diocèse avait proposé que des jésuites s'installent dans le couvent des franciscains resté disponible depuis leur départ. Mais ces locaux qui appartiennent au diocèse sont très vétustes et nécessiteraient d'importants travaux de remise en état que le diocèse ne peut pas, dans le contexte actuel, assurer seul, ni même en partenariat avec la Compagnie.

D'autre part c'est l'église intérieure d'un couvent, les locaux sont très imbriqués les uns dans les autres.
Ce qui paraissait une difficulté supplémentaire pour la vie d'une communauté où ce n'est qu'une minorité qui travaille à la paroisse.

La communauté en 2003 avec Bruno Régent alors Vice-Provincial
La communauté en 2003
Finalement l'idée a été abandonnée, sans pourtant renoncer à un éventuel déménagement dans le quartier, pour être plus près des gens, si l'occasion s'en présente.
Pour le moment la communauté reste place des Martyrs de la Résistance où elle peut accueillir novices en expériment, compagnons ou gens de passage.
Et le mot du responsable de la paroisse et de la communauté,
Michel Joseph, pour terminer ?
Michel Joseph, Supérieur de la communauté jésuite

" J'entends dire parfois que la Compagnie a autre chose à faire que de s'occuper de paroisse. D'abord ce n'est pas une politique délibérée de la Province - à moins que ça change - que les jésuites travaillent en paroisse.
Ce sont les circonstances qui ont conduit à cette insertion.
Ensuite s'il est vrai qu'en France il y a eu peu de paroisses confiées à la Compagnie, c'est un ministère qui a toujours été traditionnel dans d'autres provinces.
A partir de là, on verra dans quelques années ce qu'on fait. On peut déjà dire aujourd'hui, premièrement que le clergé diocésain a plutôt bien accueilli le fait que la Compagnie n'hésitait pas à prendre sa part des défis et difficultés de la pastorale actuelle.
Deuxièmement, ça nous fait rencontrer des gens aux attentes religieuses ou spirituelles très diverses, ce qui peut être une chance. C'est un lieu de passage où on rencontre beaucoup de gens en souffrance de toutes sortes : solitude, problèmes psychiatriques, etc.

Paradoxalement l'église, parce qu'elle est visible avec son clocher, attire ; des gens sont heureux de venir à une messe où ils se retrouvent dans une communauté, dans une certaine relation à Dieu, à l'Evangile, à l'Eglise, pour vivre leur souffrance. C'est là un aspect qui n'est pas négligeable.
 
Maintenant est-ce que les inconvénients de cette présence seront compensés par les avantages que je viens de relever ? on verra. Le fonctionnement d'une paroisse crée des servitudes, c'est certain.
Et puis reste la grosse incertitude, que nous ne sommes pas les seuls à éprouver, de l'avenir : dans quel sens orienter, former les gens qui demain pourront animer une communauté chrétienne ?
C'est une question pesante dans l'Eglise de France, parce qu'on ne voit pas bien. Donc nous, pour le moment, qu'a-t-on décidé ?
Un, de mettre des laïcs dans le coup à tous les niveaux : liturgie, préparation aux enterrements, catéchisme bien sûr, Conseil Pastoral de secteur qu'il s'agit de remonter, etc.
Et deux, à travers tout cela, de faire en sorte au maximum que les gens fassent l'expérience spirituelle de la rencontre du Christ, qu'ils puissent vivre quelque chose qui les structure. "
Article de Pierre GAUFFRIAU dans la Revue Compagnie de Mai 2004