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par François NOIRET sj |
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S'il est un signe évangélique, c'est
bien celui du lépreux.
Jésus touche le mal et guérit le malade, François d'Assise l'embrasse et le soigne... A Madagascar, la maladie n'a pas encore reculé de façon décisive, malgré les hôpitaux et centres de soins ; jusqu'à 1 % de la population est atteinte dans les régions les plus déshéritées. |
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La lèpre à Madagascar
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| Les missionnaires catholiques du 19ème siècle avaient saisi le signe du lépreux pour annoncer l'évangile. Dans les environs de Tananarive, les premiers catholiques visitaient régulièrement les malades dans les lieux où ils se cachaient sans soins. Entre 1883 et 1886, pendant l'expulsion des missionnaires, ils ne cessèrent jamais de s'occuper des lépreux - parmi eux la mère de l'Eglise de Tananarive, la bienheureuse Victoire Rasoamanarivo, nièce et belle-fille du premier Ministre (l'époux de la Reine !). Touché, le pasteur Richardson se joignit même à ces catholiques sans prêtre et fit désormais porter chaque semaine sa contribution. Le Père Caussèque et lui en devinrent amis : oecuménisme pratique très inhabituel à l'époque ! |
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| Dans ces années-là, c'est encore Victoire Rasoamanarivo qui envoie à Fianarantsoa un ménage de catéchistes missionnaires, Florent Rainianja et sa femme. Arrivés à Fanjakana, bourgade déjà protestante, ils ne trouvèrent rien de mieux que de vivre six mois durant chez une famille de lépreux. Evangélisation de choc ! Leur petit-fils qui raconte l'histoire est aujourd'hui un père jésuite de 88 ans. |
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Les pères n'en étaient pas à un signe près.
Dans les paroisses de la capitale, ils faisaient mettre
au premier rang non pas les princes et les nobles, mais les prisonniers
enchaînés ! Le réflexe est resté : quand le pape Jean-Paul II est venu à Fianarantsoa en 1989, les seuls à qui il a donné la communion de sa main furent ceux du premier rang : les lépreux de l'hôpital de Maràna fondé par le père Jean Beyzym, celui-là même qu'il vient de béatifier le 18 août 2002. |
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Maràna et le père Beyzym
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A Fianarantsoa, à partir de 1886, les pères avaient recueilli des malades au fond du jardin de la résidence, surtout des femmes. A partir de 1887, ils leur construisirent deux séries de logements dans la montagne proche, à un quart d'heure de la résidence; mais les habitants protestèrent que cela souillait leur eau. En 1892, le gouverneur de la Reine délimita une propriété de 50 hectares à cinq kilomètres de là pour y bâtir un hôpital. Ce fut l'hôpital Saint-Laurent dont le frère Dursap fut le constructeur et le directeur jusqu'en 1902. Les malades y vivaient comme on vit dans un village. Le frère et les pères les mariaient, les baptisaient, les catéchisaient. Surtout, le frère avait mis au point une thérapie efficace : travaux manuels, élevage et plantations entretenaient le physique et le moral des malades, et les nourrissaient. Sur 56 lépreux, le nombre de décès ne dépassait pas 3 ou 4 par an. |
| En 1902, arriva le Père Beyzym. Un essai de quelques années à Tananarive l'avait convaincu qu'il fallait traiter la maladie comme une maladie et organiser la vie des malades comme dans un hôpital. |
| Il venait à Fianarantsoa avec cette détermination. La Pologne fournirait les aumônes pour la construction d'un hôpital pour ainsi dire cloîtré - une cour des hommes et une cour des femmes, sans communication - prévu pour 250 lits, avec eau courante captée dans la montagne et chauffée pour baigner les membres malades, avec une église et deux bâtiments pour une communauté de sœurs soignantes et une équipe de jésuites. Vaste projet qu'il mit dix ans à réaliser dans ce désert ! |
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| Non sans turbulences : au début les malades n'acceptèrent pas d'être mis au lit et de renoncer à leurs travaux, les gens mariés refusèrent de se séparer, la plupart des malades du frère Dursap quittèrent les lieux ou moururent de découragement. Mais d'autres malades, gagnés par la charité du père Beyzym qui les avaient soignés de ses mains, vinrent à pied depuis Tananarive : 400 km en hiver, sans logement, sans nourriture, craints et fuis de tous. Une incroyable épopée qui convainquit le père Beyzym qu'il ne faisait pas fausse route. Les plus valides repartirent même chercher leurs compagnons restés à Tananarive ! Pendant ce temps, les pères et le Vicaire Apostolique s'opposaient à la nouvelle "pastorale" du père Beyzym et faisaient cesser les travaux de construction ! Le supérieur local s'empressa d'utiliser les aumônes polonaises pour les écoles et les églises en construction dans la Mission ! |
| Finalement, le père Beyzym, épuisé par ses incroyables austérités, par son dévouement et ... par son mauvais caractère (dans un cœur d'or), mourut en 1912, au moment où il avait achevé la construction et introduit les sœurs dans les locaux. Elles le transportèrent mourant de sa maison au nouvel hôpital. Il avait souhaité devenir lépreux, sans y réussir ; mais, suprême douceur, après tant de difficultés de relations avec les missionnaires français, il reçut les derniers sacrements d'un compagnon lépreux, le père Dupuy, qui mourut neuf jours après lui. C'est là qu'ils sont enterrés aujourd'hui et qu'on vénère les restes du Bienheureux Jean Beyzym. |
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Pour en savoir plus sur le Père Jean Beyzym: |