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IMPRESSIONS FRANCO-INDIENNES
 

Durant l'été 2003,
j'ai eu la grâce d'accompagner
des étudiants
des Grandes Ecoles dans un projet
Inde-Espoir
(15 jours de visites culturelles et un mois de chantier). D'origine indienne, j'étais heureux
de retrouver le pays où j'ai vécu
de 4 à 21 ans.

Voici quelques unes de mes impressions marquantes.

André avec trois "sisters" ursulines franciscaines
Contraste des villes
Mumbai (anciennement Bombay) : atterrissage après environ huit heures et demi de vol.
Cette immense ville nous accueille au cœur de sa nuit paisible. Mais à nous, plus habitués au rationalisme des villes françaises, elle parait étonnante par ses habitants, son architecture, sa circulation, son climat humide…
A 7 heures du matin à peine, j'entends comme un concert de klaxons mené par un chef d'orchestre qui aurait perdu les pédales ! Je me souviens alors qu'ici, c'est le seul moyen pour se frayer un chemin dans ces rues bondées de piétons, auto-ricksaws, voitures, bus, camions, chars à bœufs : chacun est roi, dans son engin. Sous la mousson qui rythme la journée, c'est avec émotion que je retrouve ce joyeux bordel organisé. Les étudiants sont impressionnés et un peu effrayés de voir l'agitation de cette ville qui s'éveille peu à peu. Les nombreux taxis jaunes et noirs, de très vieilles Fiat, sillonnent sans cesse les rues à l'affût d'un éventuel client. Nous comprenons vite que c'est au piéton de faire attention où il met les pieds, s'il veut bien se les préserver. Malgré la pluie battante, nous commençons à visiter les lieux typiquement touristiques : Gate of India, le Taj Mahal Hotel, et le Crawford Market…

C'est le marché qui retient notre attention : un grand quartier avec des rues étroites bordées d'une multitude d'échoppes aux étalages les plus hétéroclites. Du marchand de tissus jusqu'au boucher en passant par toutes sortes de commerces, ce marché offre un spectacle unique. Nos yeux s'arrêtent plus particulièrement sur une longue rangée de têtes de chèvres sanguinolentes qui semblent nous sourire paisiblement. Stupéfaits, nous continuons avec courage notre parcours initiatique dans ce bazar coloré, bruyant, plein d'odeurs agréables et répugnantes : c'est un lieu privilégié pour "l'application des sens" ! Personnellement je suis ému de revivre ces instants typiquement indiens, comme le marchandage des prix : un vrai rituel où chaque partie trouve son compte et la satisfaction de parvenir à un accord. Ici, c'est incontournable !

Mumbai est aussi une ville économiquement importante. Les effets de cette vie économique, dont la logique échappe à tout esprit étranger, donnent lieu d'ailleurs aussi bien au bourgeonnement des bidonvilles qu'aux somptueuses bâtisses : temples, mosquées, églises ont aussi leur place dans ce décors. Comme ses bâtiments, sa population est très mélangée : hommes du sud, hommes du nord, Indiens, étrangers, hommes d'affaires cravatés, religieux demi-nus en safran, étudiants en jeans, touristes équipés de sacs à dos, mendiants pieds nus, vaches mal en chair bien en os, chiens errants, miséreux accroupis, femmes en saris ou sudidar, enfants en uniforme d'école, tous participent à l'atmosphère unique de cette ville que je n'ai jamais retrouvée ailleurs en Inde. Mais quelle joie de quitter la cohue et le vacarme de Mumbai !
Foyer vivant de l'âme indienne : les villages
Choqués par la surpopulation grouillante des villes et la misère qui s'exhibe avec fierté, émerveillés en même temps par la visite de magnifiques sites historiques tels que les grottes d'Ellora, nous arrivons à Balehonnur (état du Karnataka, sud de l'Inde) où nous sommes attendus par les "sisters" ursulines franciscaines. Je retrouve dans ce village l'hospitalité indienne. Les écoliers et les sœurs nous font un très bon accueil avec des danses, des chants, des guirlandes et bouquets de fleurs. Le prêtre et les sœurs responsables de l'école nous louent par leurs mots de bienvenue. Je suis profondément touché par cet accueil plus que chaleureux. La motivation des étudiants est ravivée, la fatigue du voyage vite oubliée : ils sont prêts à donner ce qu'ils ont de meilleur.
Au quotidien, les "sisters" sont à nos petits soins et nous préparent une nourriture non épicée, énormément appréciée par tout le groupe, sauf par moi : mais quelle idée de manger sans épices en Inde ! Heureusement que durant la visite culturelle, j'ai profité des plats typiques du pays : en même temps je suis resté vigilant pour ne pas contracter une tourista.
Le chantier avec les étudiants

Au chantier, nous travaillons sous la direction des maçons indiens qui sont bienveillants envers nous. À ma grande joie, j'ai pu parler tamoul avec eux car ils sont originaires du Tamil Nadu, autre état du sud de l'Inde. Ils apprécient beaucoup notre présence et notre travail, et des amitiés se tissent rapidement entre les maçons et les étudiants. L'ignorance de la langue parlée dans ce village, au d'être un obstacle, a été plutôt un lieu fécond d'humour, de bonne humeur et de simplicité dans les relations. Certains étudiants qui, au début, travaillaient comme simples "coolies" (main-d'œuvre à tout faire) sont même promus au rang d'aide-maçon. Les pauses "chaï" (thé au lait) et bidhis (petites cigarettes indiennes) viennent renforcer ces liens et elles sont sacrées en raison de ce travail très physique. Les enfants de l'école nous donnent des roses, histoire de nous encourager. Les filles et les garçons les portent à l'oreille, malgré l'état crasseux de leurs vêtements, ce qui provoque le rire des villageois.

Au village, nous découvrons peu à peu l'âme indienne constituée du sens de l'accueil, qui nous surprend toujours, et de la pratique religieuse. Quelques familles d'élève nous invitent chez eux pour partager leur repas, raconter leur histoire. Ils sont aussi curieux de connaître la culture française. Le jeu est aussi un ingrédient essentiel de la cohésion sociale à Balehonnur. Par exemple, le jour de la fête de l'indépendance de l'Inde (15 août), nous sommes conviés au " tirer de corde " et au 100 m dans le terrain boueux d'une rizière. Nous formons donc deux équipes, filles et garçons. A mon grand regret, les garçons perdent dès le premier tour, alors que les filles tiennent bon jusqu'aux demi-finales. Au-delà de l'échec, de la victoire et de nos différences culturelles, nous sommes contents d'avoir fait l'expérience d'appartenir à la même humanité durant ces jeux dans la boue ! A côté des fêtes civiles, c'est surtout les fêtes religieuses qui mobilisent du monde. Ces hommes et ces femmes ont reçu ce sens de Dieu depuis toujours.
Pause "chaï" devant le chantier
La spiritualité

Mon séjour s'est terminée sous le signe de la joie et de la paix. Je suis très heureux d'avoir redécouvert tous les gestes, la langue, les goûts, les paysages, les odeurs qui ont façonnés toute mon enfance, et surtout d'avoir retrouvé la spiritualité indienne avec un regard différent, en visitant les temples, les églises et les " ashrams " (centre de retraite spirituel indien). Dans ce pays, le christianisme est minoritaire et n'a pas encore percé sur le plan social, ce qui me conduit à croire à une présence mystérieuse du Christ au sein même de cette grande famille de religions que l'on nomme communément "l'hindouisme". Dans les temples hindous ou dans les églises chrétiennes, en assistant aux célébrations, j'ai été témoin de la ferveur des fidèles. Dans ces lieux, le culte et le rite occupent une place importante car ils orientent l'homme vers la sainteté, vocation première de tout homme. Nombreux sont les pèlerins que j'ai pu voir dans les temples : ce sont des hommes et des femmes venant de toute part pour célébrer leur Dieu, fortifier leur foi, et repartir plein de confiance, de réconfort et de grâce. Certes, le problème des castes, né d'une mauvaise interprétation politique des "textes sacrés", vient démentir la vocation de sainteté de ces pratiques. Mais il ne faut pas oublier non plus que ce problème est très politisé. Durant la période de Gandhi, le prêtre brahmin responsable en chef du temple de Madurai a ouvert les portes aux "intouchables" en les considérant d'abord comme enfants de Dieu, justement pour "rajuster" ce qui a été perverti.

 

A l'heure d'aujourd'hui, les chrétiens indiens ont une chance inouïe d'approfondir le mystère du Christ de par leur situation minoritaire, à l'intérieur de leur propre expérience spirituelle millénaire. Je crois que la proclamation de la bonne nouvelle du Royaume, telle que Jésus Christ nous la demande, passe par ce chemin de reconnaissance de ce qu'il y a d'authentique et de saint en l'autre : ainsi pourquoi ce mystère ne s'approfondirait-il pas au contact des différents courants religieux et philosophiques de l'hindouisme, ce qui fut le cas dans l'histoire du christianisme ? Quelques ashrams chrétiens se sont déjà engagés sur cette voie : l'Ashram Shantivanam fondé par le prêtre français Henri Le Saux, près de Trichy, ou encore Anjali Ashram fondé à Mysore par un prêtre indien Swami Amalorananda.
Après cette expérience dans le cadre de Inde-Espoir, je peux dire que les différences, les écarts, les articulations dus aux rencontres interculturelles (franco-indiennes) sont des lieux privilégiés où l'homme se laisse un peu plus rejoindre par Dieu afin de se mettre au service de son prochain.
André AROQUIANADIN

Pour pousuivre cette plongée en Inde:
- Immersion de pauvreté en Inde (voir Inde-Espoir en 2002)
-
Un voyage en Inde
- Entretien avec le Père Francis Xavier PERIYANAYAGAM, provincial des Jésuites du Maduré (Sud de l'Inde)
- Décoré par Jacques Chirac, Pierre Ceyrac, jésuite en Inde, Frère des intouchables
- François-Xavier à Goa,
- Le premier livre qui ait été imprimé en Inde (1577) !
- "Tout ce qui n'est pas donné est perdu"
- "L'Inde, continent rebelle" de Guy Deleury Seuil, 2000

L'apostolat social en Inde :
- Le souci des pauvres, Population et pauvreté, rencontre de Delhi, Forum social de l'Asie,
- Snehasadam, foyer de l'amour, Les Dalits,
- Formation pour jésuites dans l'apostolat social, Jésuites contre le fondamentalisme,
- Un centre de contre-idéologie,
- Les voix des enfants de Dieu, Des enfants contre le SIDA,
- Un verger pour les indigènes et leur cause, Prix pour la recherche botanique,
- Emboîter les pas du Seigneur, Défendre la langue Goa,
- Lutter pour la paix, Le grain de sénevé de la paix,
- Les autochtones refusent d'être transformés en chair à canon,
- Le voir, c'est le croire Le choc des civilisations est-il inévitable?
- Un nouvelle tigresse en ville,

- Des puits dans la forêt