|
Qu'est-ce que
la Pensée Sociale de l'Eglise?
|
| De quoi parle-t-on exactement ? |
|
"Enseignement social de l'Eglise" ou "doctrine sociale de l'Eglise" ? C'est l'ensemble des interventions dans lesquelles le pape ou les évêques en assemblée abordent des problèmes de société comme la propriété, le travail, les salaires, l'écologie, le développement, etc.
D'autres traditions chrétiennes, orthodoxes ou protestantes s'expriment aussi sur les questions de société mais, sur un autre mode. |
| Des problèmes de société ? |
|
La visée de l'enseignement social de I'Eglise
|
|
Voici la clé de la doctrine sociale : "La juste conception de la personne humaine, de sa valeur unique, dans la mesure où l'homme est sur la terre la seule créature que Dieu ait voulu pour elle-même" (Gaudium et Spes, 24).
L'élaboration de programmes appartient aux responsables des questions sociales, économiques, politiques culturelles ; mais "le message social de l'Evangile doit être considéré... comme un fondement et une motivation de l'action... il entre en dialogue avec les diverses disciplines qui s'occupent de l'homme" (ibid. 57 59). |
|||
|
Une Eglise accompagnatrice de l'humanité
|
|
Dans quel rôle l'Eglise se trouve-t-elle lorsqu'elle aborde des problèmes de société ? Elle est dans une position de recherche : découvrir comment, dans la complexité des situations économiques, sociales et politiques, se joue quelque chose de l'accueil de l'Evangile et de son annonce. Le Concile dit : "L'Eglise fait route avec toute l'humanité et partage le sort terrestre du monde; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l'âme de la société humaine". Vatican Il parle de l'Eglise en termes "services" et non de "pouvoirs".
|
|
Le rapport entre la parole et les actes
|
| L'enseignement social de l'Eglise n'apparaît pas de façon inopinée. Ainsi l'encyclique sociale Rerum novarum (1891) a pris le relais des initiatives prises par des chrétiens du XIXe siècle. Sur ce rapport entre parole et actes, Centesimus annus (n°3) souligne la circularité qui anime l'enseignement social de l'Eglise : engagement dans le monde, interventions du magistère, nouvel engagement dans le monde, nouvelles interventions du magistère, ou encore : action, parole, nouvelle action, nouvelle parole... Autrement dit : la pratique des chrétiens autorise une parole qui autorise de nouvelles pratiques... |
|
Des textes au statut différent
|
|
Les documents de l'enseignement social de l'Eglise appellent différents niveaux de lecture. Tout d'abord, parce qu'ils n'ont pas la même autorité. Un discours au Conseil de l'Europe, une homélie pour le jubilé des familles, une encyclique... n'ont bien évidemment pas le même statut. Certes tous sont importants mais ils n'engagent pas de la même façon même si tous invitent à la réflexion en vue de l'action. En outre, le statut de la parole varie à l'intérieur d'un même texte. Un exemple : en 1965, au Concile, la première partie de Gaudium et Spes présente la doctrine de l'Eglise sur l'homme, sur le monde ; la seconde envisage quelques aspects de la vie et de la société contemporaine, avec des éléments contingents. Enfin les différents textes relèvent de genres littéraires
différents. |
| Et dans l'histoire ? |
Rerum novarum sera suivie au cours de tout le XXe siècle d'une dizaine de grandes interventions de Rome, sans compter les apports du Concile. Dans un monde bouleversé par les changements, l'Eglise, s'appuyant sur l'engagement et la réflexion de tous les chrétiens, fournit un ensemble d'éléments propres à nourrir la réflexion et à encourager les engagements au service de l'humanité tout entière. |
| Finalement, que propose cet enseignement ? |
|
Un enjeu : vivre une foi incarnée
|
|
Cet enseignement social est appelé à bouger du fait des enjeux contemporains : quelle place donner à l'économie dans la réflexion sur la bioéthique (ex. : dans le tiers-monde, le problème des brevets et le sida) ? Quelle régulation pour les mouvements de finance à l'échelle mondiale? En quoi l'accueil de l'Evangile nous incite-t-il à organiser, ici et maintenant, notre "vivre ensemble" de telle ou telle manière? |
|
Trois principes fondamentaux de réflexion
|
|
La pleine reconnaissance de la dignité de chaque homme, créé à l'image de Dieu. Le principe de solidarité: chacun doit contribuer au bien commun de la société (refus de l'individualisme social et politique). Le principe de subsidiarité : ni l'Etat, ni la société ne doivent se substituer à l'initiative et à la responsabilité des personnes et des communautés intermédiaires, au niveau où elles peuvent agir. |
|
Des critères de jugement
|
|
La primauté des personnes sur les structures : le système, l'organisation ne sont pas un absolu. Le système existant est-il conforme ou non à la dignité de l'homme? La liberté est-elle respectée ? |
|
Des directives d'action
|
|
Nous devons refuser le recours systématique à la violence comme voie de libération, mais refuser aussi celle des possédants sur les pauvres, celle de l'arbitraire policier, et agir contre la passivité des pouvoirs publics là où les droits sont violés. Toute association (ou syndicat) qui promeut la justice sociale par la voie du dialogue et de la concertation sera encouragée (engageons-nous !). La "résistance passive", style Gandhi ou Martin Luther King, est aussi une voie noble. |
|
Notes recueillies par Jean-Luc Ménager
pour la revue "Responable"
|
| Pour aller plus loin |