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Qu'est-ce que la Pensée Sociale de l'Eglise?
 
MCC !

Lors de la session nationale pour les 25-35 ans organisée par la Commission sociale des évêques de France, à Lille, en avril 2001, Antoine Kerhuel, jésuite alors directeur du CERAS (Centre de recherche et d'action sociales), avait fait un exposé. La revue "Responsables" du MCC (Mouvement chrétien des cadres et dirigeants) en a publié quelques éléments dans son numéro du mois de septembre/octobre 2003. Nous les reproduisons ici.

<< Revue et site du MCC

Antoine Kerhuel et le CERAS >>

CERAS !
 
De quoi parle-t-on exactement ?
 

"Enseignement social de l'Eglise" ou "doctrine sociale de l'Eglise" ? C'est l'ensemble des interventions dans lesquelles le pape ou les évêques en assemblée abordent des problèmes de société comme la propriété, le travail, les salaires, l'écologie, le développement, etc.

Ce sont principalement des encycliques des papes (ex. : Pacem in Terris, 1963), mais ce sont aussi des textes de Vatican Il (Gaudium et Spes, 1965), des lettres pastorales d'évêques, des documents de la Commission sociale des évêques de France (Le respect de la création, 1999, etc.).   > Lire l'encyclique Pacem in Terris sur le site du Vatican
> Lire Gaudium et spes et tous les textes de Vatican II en pdf sur croire.com
> La déclaration sur le respect de la création sur croire.com

D'autres traditions chrétiennes, orthodoxes ou protestantes s'expriment aussi sur les questions de société mais, sur un autre mode.

 
Des problèmes de société ?
 
La visée de l'enseignement social de I'Eglise
 

Voici la clé de la doctrine sociale : "La juste conception de la personne humaine, de sa valeur unique, dans la mesure où l'homme est sur la terre la seule créature que Dieu ait voulu pour elle-même" (Gaudium et Spes, 24).

Au fondement il y a l'Evangile, dont on s'inspire dans une société complexe, que l'on s'efforce de comprendre: "L'Eglise n'a pas de modèle à proposer" (Centesimus annus, 43).   > Lire une présentation de Centesimus annus par le pape Jean-Paul II
> Lire Centesimus annus sur le site du Vatican

L'élaboration de programmes appartient aux responsables des questions sociales, économiques, politiques culturelles ; mais "le message social de l'Evangile doit être considéré... comme un fondement et une motivation de l'action... il entre en dialogue avec les diverses disciplines qui s'occupent de l'homme" (ibid. 57 59).

 
Une Eglise accompagnatrice de l'humanité
 

Dans quel rôle l'Eglise se trouve-t-elle lorsqu'elle aborde des problèmes de société ?

Elle est dans une position de recherche : découvrir comment, dans la complexité des situations économiques, sociales et politiques, se joue quelque chose de l'accueil de l'Evangile et de son annonce. Le Concile dit : "L'Eglise fait route avec toute l'humanité et partage le sort terrestre du monde; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l'âme de la société humaine".

Vatican Il parle de l'Eglise en termes "services" et non de "pouvoirs".

Voici un exemple de cette position de recherche: l'élaboration du texte de la Commission sociale des évêques de France "Au nom de la dignité humaine" (1993). Des experts établissent un rapport à la demande des évêques. Ce rapport (Pour une autre répartition du travail) circule auprès d'organismes divers pour recueillir des avis des organisations professionnelles, des partis politiques, des mouvements chrétiens (catholiques et protestants). Une réflexion est également lancée sur le sens du travail. Deux textes sortent de tout ce travail collectif : "Penser à nouveau la place du travail", signé de Mgr Rouet, et la déclaration signée des sept évêques membres de la Commission, "Au nom de la dignité humaine", qui est rendue publique le 27 septembre 1993. Signe d'une volonté de poursuivre le débat, ces textes et les avis des organismes consultés ont été publiés dans un même livre !  

> Lire la déclaration "Face au chômage, changer le travail" sur croire.com

> Tous les textes de l'Eglise sur le travail

 
Le rapport entre la parole et les actes
 
L'enseignement social de l'Eglise n'apparaît pas de façon inopinée. Ainsi l'encyclique sociale Rerum novarum (1891) a pris le relais des initiatives prises par des chrétiens du XIXe siècle. Sur ce rapport entre parole et actes, Centesimus annus (n°3) souligne la circularité qui anime l'enseignement social de l'Eglise : engagement dans le monde, interventions du magistère, nouvel engagement dans le monde, nouvelles interventions du magistère, ou encore : action, parole, nouvelle action, nouvelle parole... Autrement dit : la pratique des chrétiens autorise une parole qui autorise de nouvelles pratiques...
 
Des textes au statut différent
 

Les documents de l'enseignement social de l'Eglise appellent différents niveaux de lecture. Tout d'abord, parce qu'ils n'ont pas la même autorité. Un discours au Conseil de l'Europe, une homélie pour le jubilé des familles, une encyclique... n'ont bien évidemment pas le même statut. Certes tous sont importants mais ils n'engagent pas de la même façon même si tous invitent à la réflexion en vue de l'action.

En outre, le statut de la parole varie à l'intérieur d'un même texte. Un exemple : en 1965, au Concile, la première partie de Gaudium et Spes présente la doctrine de l'Eglise sur l'homme, sur le monde ; la seconde envisage quelques aspects de la vie et de la société contemporaine, avec des éléments contingents.

Enfin les différents textes relèvent de genres littéraires différents.
Exemples en France
o Les analyses de fond, ainsi en 1972, Pour une pratique chrétienne de la politique.
o Les urgences, ainsi en 2001, Nous prenons au sérieux la vie des réfugiés.
o Les exhortations, ainsi sur le chômage, en 1993, Au nom de la dignité humaine.

 
Et dans l'histoire ?
 
Le point de départ est Rerum novarum en 1891. C'est la première des grandes encycliques sociales. On y trouve déjà la plupart des thèmes qui seront repris par la suite. Avec la marque de son époque, il y est traité du droit de propriété, du capitalisme, des salaires, de l'intervention de l'Etat dans l'économie, des associations (les syndicats), etc.   > Lire l'encyclique Rerum novarum sur le site du Vatican

Rerum novarum sera suivie au cours de tout le XXe siècle d'une dizaine de grandes interventions de Rome, sans compter les apports du Concile. Dans un monde bouleversé par les changements, l'Eglise, s'appuyant sur l'engagement et la réflexion de tous les chrétiens, fournit un ensemble d'éléments propres à nourrir la réflexion et à encourager les engagements au service de l'humanité tout entière.

 
Finalement, que propose cet enseignement ?
 
Un enjeu : vivre une foi incarnée
 

Cet enseignement social est appelé à bouger du fait des enjeux contemporains : quelle place donner à l'économie dans la réflexion sur la bioéthique (ex. : dans le tiers-monde, le problème des brevets et le sida) ? Quelle régulation pour les mouvements de finance à l'échelle mondiale?

En quoi l'accueil de l'Evangile nous incite-t-il à organiser, ici et maintenant, notre "vivre ensemble" de telle ou telle manière?

 
Trois principes fondamentaux de réflexion
 

La pleine reconnaissance de la dignité de chaque homme, créé à l'image de Dieu.

Le principe de solidarité: chacun doit contribuer au bien commun de la société (refus de l'individualisme social et politique).

Le principe de subsidiarité : ni l'Etat, ni la société ne doivent se substituer à l'initiative et à la responsabilité des personnes et des communautés intermédiaires, au niveau où elles peuvent agir.

 
Des critères de jugement
 

La primauté des personnes sur les structures : le système, l'organisation ne sont pas un absolu.

Le système existant est-il conforme ou non à la dignité de l'homme? La liberté est-elle respectée ?

 
Des directives d'action
 

Nous devons refuser le recours systématique à la violence comme voie de libération, mais refuser aussi celle des possédants sur les pauvres, celle de l'arbitraire policier, et agir contre la passivité des pouvoirs publics là où les droits sont violés.

Toute association (ou syndicat) qui promeut la justice sociale par la voie du dialogue et de la concertation sera encouragée (engageons-nous !).

La "résistance passive", style Gandhi ou Martin Luther King, est aussi une voie noble.

 
Notes recueillies par Jean-Luc Ménager pour la revue "Responable"
 
Pour aller plus loin
 
- Un site Internet sur l'agir social
- Lettre du Supérieur général des jésuites à toute la Compagnie de Jésus sur l'Apostolat Social
- Chrétiens et penseurs du social, un livre de Jean-Yves Calvez
- L'engagement social des jésuites