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Changement de vie
au Japon |
François de FROMONT
Ubé, 6 mai 2002 |
| Parmi les Jésuites de ma génération, entrés dans la Compagnie vers 1950, je suis certainement un de ceux qui sont partis le plus loin, au Japon en 1958, mais peut-être aussi un de ceux qui ont eu la vie la plus calme et qui ont connu le moins de changements. Après l'école de langue japonaise, la théologie au Japon et le Troisième an à Paray, je me suis retrouvé professeur de langue et littérature française à l'université fondée par la Compagnie à Tokyo, l'université Jôchi - ou Sophia, c'est-à-dire la Sagesse - où l'immense majorité des étudiants et même une assez forte majorité des professeurs ne sont pas chrétiens. Cette université s'efforce d'être au service de tous, de former des hommes et des femmes "pour les autres." |
| Calmes, les premiers temps de ma vie d'enseignant ne le furent pas, car ce fut tout de suite mai 68, les barricades et les bâtiments de l'université interdits aux enseignants. La suite fut plus calme, au moins en apparence. Comme il est normal dans la Compagnie, je n'avais pas choisi ce travail d'enseignant par goût personnel, mais j'y ai été heureux, au contact sans cesse renouvelé et toujours stimulant des jeunes. |
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Mais il ne faut pas oublier Qohelet : il y a un temps pour toutes choses, un temps pour enseigner et un temps pour s'abstenir d'enseigner. Après 36 ans à Tokyo, j'ai quitté l'université à l'extrême limite d'âge, le jour de Pâques, 31 mars 2002, pour une paroisse de la partie du diocèse d'Hiroshima confiée à la Compagnie où j'avais fait d'assez fréquents remplacements pendant les vacances.
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| Ubé est une ancienne ville de mines de charbon et de cimenteries reconvertie vers l'industrie chimique ; c'est aussi un petit centre universitaire. La vie y est un peu plus détendue qu'à Tokyo. On est avec et pour toutes les sortes de gens, adolescents et vieillards, intellectuels, ouvriers et employés, bien-portants et malades, Japonais et étrangers (les étrangers qui vivent et travaillent ici sont surtout des Philippins et encore plus des Philippines). Outre l'Eucharistie en divers endroits, j'ai des visites de malades et de petits groupes d'initiation au Christianisme ou au Nouveau Testament, presque tout cela hérité de mon prédécesseur qui est passé dans une autre paroisse. Si on se basait uniquement sur les nombres, on resterait peut-être à Tokyo ; mais les Jésuites y sont relativement nombreux et ce que l'un ne fait pas, un autre peut le faire : ici beaucoup moins. |
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Vendredi dernier 3 mai, jour férié au Japon, un peu de folklore, mais sous lequel il y a beaucoup de foi, je crois : c'était le pèlerinage du diocèse d'Hiroshima (8 millions d'habitants, quelques dizaines de milliers de catholiques) à Tsuwano, une petite ville à 80 km dans la montagne, lieu de la mort des derniers martyrs du Japon avant le décret de liberté de religion en 1873.
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| Voilà mon premier grand changement de lieu de vie et de travail, peut-être sera-t-il aussi le dernier avant le status d'éternité ! Il a fallu faire bien des adieux en quittant Tokyo : c'est en partant qu'on se rend compte qu'on a enfoncé bien des racines dans le macadam d'une ville en 42 ans. Mais je suis heureux de ce nouveau début ici. Dieu est grand. |
| Pour en savoir plus, visitez le site des jésuites au Japon. |