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"UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE"
Utopie ou réalité ?

Le 2ème Forum Social Mondial (FSM)
Porto Alegre, 31/01-05/02 2002
D'après des notes de Bernard Lestienne, jésuite, Cias/Ibrades, Brasilia
 

Lors de l'acte final, l'un des organisateurs déclarait :

" Notre principal objectif fut atteint : réintroduire dans les débats mondiaux la discussion sur la logique qui garantit tous les droits au marché, pour reconnaître la priorité des êtres humains et de la nature dans la construction du développement ".

Il est difficile de présenter le 2ème FSM tant il fut divers et riche : multitude des langues, des races, des cultures, des âges, et non moins des attentes, intérêts et idées des participants ! L'idée d'un Forum Social Mondial, comme alternative et contre-poids au Forum Economique Mondial de Davos, surgit en 2000 au Brésil et reçut vite l'appui de quelques grands réseaux et ONG mondiaux, dont celui d'ATTAC proche du Monde Diplomatique.

En 2001 le 1er FSM avait réuni 4.000 délégués venant de presque 1000 organisations de 120 pays. Cette année, on comptait plus de 15.000 délégués représentant 4.909 organisations de 131 pays, auxquels il faut ajouter 50.000 inscrits non délégués. 3000 journalistes couvrirent l'événement. Davos (cette année à New York) devait, et devra, tenir compte de Porto Alegre. La plupart des médias présentèrent parallèlement les deux événements.

Quelques contrastes frappants : le droit d'inscription d'une organisation à Davos était de 25.000 dollars, sans compter l'inscription personnelle et les frais d'hôtel de chaque participant. À Porto Alegre, chaque organisation payait 60 dollars pour le 1er inscrit, et 30 pour les suivants. New York avait mobilisé 3500 policiers pour la sécurité des 3000 participants ; à Porto Alegre 700 policiers suffirent pour 65.000 inscrits. Mais l'essentiel, au risque de simplifier quelque peu, était qu'à Davos on recherchait surtout l'augmentation et l'accumulation de la richesse, tandis qu'à Porto Alegre, on recherche d'abord sa redistribution et la préservation de la planète.

Porto Alegre visait à être "l'anti pensée unique", avec sa devise : "Un autre monde est possible". D'aucuns dirent qu'il s'agissait d'une "babel des insatisfaits" ; je préfère y voir

la convergence des aspirations d'une société civile mondiale émergente,
qui se forme dans la lutte contre la globalisation néo-libérale
et dans la défense des libertés, de la démocratie, de l'égalité, de la solidarité,
de la justice et dans le respect de la diversité.

C'est sa dimension politique, sociale, humaine et éthique qui donne toute sa force, sa légitimité et sa crédibilité au Forum. C'est un grand plaidoyer pour l'avenir de l'homme et de l'humanité, pour la dignité de la personne humaine dans sa dimension communautaire. Les nombreuses réunions sur des thèmes liés à l'éthique, aux valeurs, à la spiritualité, aux religions réunirent un grand nombre de participants. Le dimanche, une célébration oecuménique de 5 h 30 à 7 h 30 du matin rassembla, malgré la pluie, près de 3.000 personnes : personne n'avait osé l'imaginer.

L'Église catholique, à peine visible en 2001, était discrètement mais bien présente : Commissions Justice et Paix (dont un secrétaire exécutif était un des organisateur du Forum), organisations de solidarité internationale (CIDSE et autres), témoignages de personnalités catholiques, présence de plus de 300 religieux/ses et de 14 évêques dont le président de la Conférence Nationale des évêques. (La majorité des activités avaient lieu dans l'enceinte de l'université catholique.)

L'organisation et la réalisation pratique du Forum fut une tâche immense parfaitement accomplie par presque uniquement des volontaires :

28 grandes Conférences
80 séminaires d'une demi-journée ou plus
700 ateliers sur les sujets les plus divers
témoignage de 15 "grandes personnalités"
multiples événements culturels
deux grandes marches à travers la ville
événements spéciaux, tels la Conférence de la Paix, le Tribunal International des peuples sur la dette extérieure, le Tribunal du Climat, la rencontre mondiale de la jeunesse, le premier Forum mondial des juges, le Forum des centrales syndicales, etc.

Sous peine de se perdre dans un tel foisonnement d'activités, chacun devait savoir ce qu'il venait chercher au Forum.

50 ou 60.000 participants, c'est beaucoup et peu à la fois, mais ce n'est que la pointe d'un iceberg. La présence d'un grand nombre de jeunes augmentait l'espérance et la dimension festive. La délégations de l'Argentine, toute proche de Porto Alegre, était une des plus nombreuses et la plus entourée de gestes de solidarité. La faillite du pays, à laquelle ont conduit 12 ans de doctrines néo-libérales, mettait en évidence les impasses auxquelles pouvaient conduire les recettes du FMI et de la Banque mondiale.

Bien sûr, les limites d'une telle rencontre ne manquent pas : le risque d'un certain unanimisme n'était pas absent et un des défis majeurs reste l'unité à construire dans une telle diversité de propositions. Mais le Forum Social Mondial est une convergence de capacités militantes unique au monde. Il permet des rencontres, des échanges, des ouvertures, et la création de nombreux nouveaux réseaux de communication et de solidarité. En deux ans, il est devenu une référence centrale dans le long processus de construction d'un acteur mondial alternatif, contre le dogmatisme, le fondamentalisme et la dictature de la pensée unique.

Lors d'un acte final très festif, le Conseil International a recommandé que se réalisent au second semestre dans différentes parties du monde des Forums sociaux, dont les principaux résultats seraient la base du prochain FSM en 2003, qui aura lieu à la même date que Davos, et encore à Porto Alegre. La délégation asiatique a remis une lettre au Conseil International exprimant sa disponibilité pour organiser en Inde le FSM de 2004.

 

Pour en savoir plus :

- le site Internet de Porto Alegre 2002
- le site d'Attac