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Notre chagrin n'est pas un appel à la guerre |
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Will Coley, laïc américain, est directeur de projet au JRS (Service jésuite des réfugiés) à New York. Il s'occupe des services destinés aux réfugiés à leur sortie des centres de détention américians. Il témoigne sur le 11 septembre 2001 et réfléchit. |
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La douleur d'une nation provoquée par les attaques terroristes qui l'ont atteinte au coeur, offre un petit aperçu de l'insécurité et du traumatisme vécus par les personnes déplacées. Comme la plupart des New-Yorkais et des habitants de la planète, je tente toujours de comprendre les tragiques événements du 11 septembre. Je n'arrive toujours pas à me faire à l'idée que je ne verrai plus le World Trade Centre de la fenêtre de mon appartement de Brooklyn. Je n'arrive pas à me faire à l'idée que n'importe quel autre jour, à l'heure fatidique, j'aurais été en chemin vers le bureau du JRS dans le New Jersey et que j'aurais changé de train dans la gare qui se trouvait à l'intérieur du World Trade Center (mais en ce 11 Septembre 2001, j'avais un rendez-vous en ville). Au cours des semaines qui ont suivi la catastrophe, j'ai essayé de trouver des moyens pour m'approprier cet événement et pour réaliser l'étendue des pertes en participant à des célébrations de prière, à des veillées pour la paix et à diverses cérémonies. Lorsque j'ai enfin pu prendre le chemin de la partie basse de Manhattan, je suis resté bouche bée devant les ruines, essayant de me familiariser avec le nombre de personnes enterrées sous ces décombres. Tout le monde parle du 11 septembre et dans les mêmes termes. Les gens demeurent hébétés. Autour de moi, aux coins des rues, dans les bars et dans le métro, j'entends la colère et le désir de revanche des gens. J'arrive peu à peu à comprendre que cela fait partie du processus de deuil. C'est ce qu'ont compris les demandeurs d'asile détenus dans le centre de détention d'Elizabeth (New Jersey), dont certains ont envoyé une lettre de condoléances à un membre du JRS.
Le bureau du JRS du New Jersey a rappelé ses clients, d'anciens réfugiés détenus, pour voir comment ils ont vécu et analysé les événements tragiques du 11 septembre. Une femme réfugiée originaire d'Afrique de l'Ouest m'a dit qu'elle en avait été profondément affectée. Le sentiment d'insécurité s'est accru une semaine plus tard, lorsqu'une balle a traversé sa cuisine suite à une échauffourée dans la rue. "Jusqu'où ira la violence ?" a-t-elle demandé. Les journaux ont fait état d'attaques menées contre des Arabes et contre des Musulmans. Certaines communautés ont répondu en tentant de préciser que les vues des terroristes ne coïncident pas toujours avec celles des communautés religieuses ou ethniques. Certaines d'entre elles ont pointé le fait que l'on ne colle pas à Timothy McVeigh, l'auteur de l'attentat d'Oklaloma City, l'étiquette de terroriste chrétien. Chaque occasion est bonne pour rappeler aux Américains leur devise: E pluribus Unum. A Washington, on parle de créer un grand réseau capable d'arrêter tous les terroristes potentiels. Le 26 octobre, le président Bush a signé une loi d'abord connue sous le nom de loi MATA (Mobilisation contre les Actes de Terrorisme), puis sous celui de Loi Patriote. Mais dans la hâte de répondre aux attentats, personne n'a pensé à ceux qui pourraient être attrapés. Il n'y a pas si longtemps, les Américains s'inquiétaient des méthodes de pêche utilisées dans la pêche au thon afin de protéger les dauphins. Quelles mesures vont être prises afin de protéger les plus vulnérables, c'est-à-dire les réfugiés, contre ces nouvelles lois ? Considérons le scénario suivant: les États-Unis arrivent, au terme d'un bras de fer avec les Nations Unies, à faire passer une résolution qui prévoit des peines sévères pour toute personne utilisant des faux-papiers. Que se passera-t-il pour les demandeurs d'asile qui fuient des gouvernements peu désireux de leur fournir des papiers en règle? En fin de compte, tout ceci pourrait encore aggraver la situation des personnes qui tentent de fuir la guerre et la persécution et d'entrer aux États-Unis ou dans un autre pays.
Les Américains ont réalisé que la violence ne s'arrête pas à leurs frontières. La tragédie a profondément affecté un grand nombre d'entre nous. Comment deux tours peuvent-elles s'effondrer entraînant avec elles des milliers de vies humaines ? Parmi les paroles les plus poignantes que j'ai entendues, je retiendrai celle-ci : notre chagrin n'est pas un appel à la guerre. Si une chose bonne peut sortir des tragiques événements du 11 septembre, c'est une meilleure compréhension du chagrin et de la perte expérimentés par les personnes qui doivent fuir leurs maisons. Le profond sentiment d'insécurité que nous expérimentons est proche de ce que ressentent les réfugiés lorsque leur monde s'écroule. Je méditais sur cela lorsque, le métro étant fermé, j'ai traversé, avec des milliers de New-Yorkais, les ponts de l'East Side conduisant à Brooklyn, tandis que les chasseurs de l'armée survolaient la ville. Cette foule semblait en exode, à une différence près, et pas des moindres : nous avions une maison. Même s'ils font des efforts, les médias américains semblent souvent créer une distance entre la souffrance du monde et nous. Je prie afin que nous réalisions que les vies américaines valent le même prix que d'autres vies dans d'autres parties du monde. Bien au contraire, nous devons nous identifier aux déplacés et consi-dérer leurs combats comme les nôtres. C'est seulement en accompagnant les réfugiés en quête de sécurité que nous commencerons à comprendre que nous appartenons à une communauté qui transcende les limites et les allégeances nationales. C'est ce que Jésus a eu le courage de dire dans la parabole du jugement dernier: ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. C'est la communauté humaine qui nous définit. La manière dont nous traitons ceux qui ont été exclus, les déplacés et les personnes vulnérables, témoignera de notre humanité et de notre engagement au service de nos frères. Will Coley |
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