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congrès-colloque
Saint Hilaire de Poitiers

Rappel du contexte historique et sur le personnage d'Hilaire de Poitiers


Congrès-colloque des Sources Chrétiennes
(Poitiers novembre 2002)
sur le Père de l'Église
HILAIRE DE POITIERS (315-367)
auteur d'un des plus anciens traités chrétiens sur la Trinité.

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Désormais, nous entrons dans le combat lui-même, et nous rappelons les moments de ce qui, au bout du compte, à la fin des années 360, apparaît comme un dénouement durable, même s'il est incomplet, du conflit suscité par Arius et les penseurs qui sont entrées dans sa mouvance.

 

Vers un dénouement durable de la crise ariennne

  • 1. De Nicée à la fin du règne de Constantin (325-337)

    Il apparaît très vite que les décisions du concile de Nicée, c'est-à-dire la condamnation d'Arius et la définition de la relation du Fils au Père comme celle d'une identité et d'une unité de nature ou d'essence (homoousios/homosousie) ne rallient pas l'ensemble des évêques. Les thèses ariennes trouvent des défenseurs de plus en plus nombreux dans l'épiscopat, notamment dans la fraction des évêques proches de la cour impériale. Le grand historien de l'Église, Eusèbe de Césarée, grand ami de l'empereur, fait partie de ces ariens modérés. De bonne foi ou de mauvaise foi, on craint ou fait semblant de craindre que l'identité et l'unité affirmées en Dieu ne laissent pas la possibilité d'être elles-mêmes aux trois Personnes. Les attaques se concentrent sur celui qui a été un des artisans les plus dynamiques de la définition et de l'anathème de
    Nicée : le diacre d'Alexandrie, Athanase, né en 295, qui est élu évêque de la métropole en 328. Il est exilé par Constantin à Trèves, après avoir été condamné par un synode en 335. Les choses restent assez paisibles. En fait, malgré ses préférences et les conseils de ses familiers, Constantin ne peut pas se déjuger sur l'homoousios.

    L'Occident connaît peu ces affrontements qui, du reste, sont encore tempérés par l'autorité impériale. Pourtant, l'évêque de Cordoue, en Espagne du Sud, Ossius, né en 256 et confesseur de la foi, est mêlé de très près à toute la politique de Constantin, dont il est un conseiller
    écouté ; c'est un nicéen.

    A ce moment, on a donc trois tendances : les ariens, les nicéens-athanasiens, les antiathanasiens qui ne sont pas satisfaits de Nicée mais prennent distance par rapport à Arius et sont proches du pouvoir.

  • 2. La bataille des confessions de foi et la fragmentation des opinions (337-350)

    Sous les fils de Constantin, Constantin II et Constant en Occcident, Constance en Orient, la question passe aux évêques, qui ne sont pas bridés, pour le moment, par le pouvoir. Celui-ci est en Occident de tendance nicéenne, alors que Constance II, comme son père, est arianisant. Il n'y a pas de discussions en Occident. En revanche, les discussions sont vives en Orient. Tout en visant des personnes, la doctrine est véritablement abordée. Dès 341, le synode d'Antioche formule quatre confessions de foi, lançant dans l'Église, en quelque sorte, la mode de ce genre littéraire. Tout en refusant d'utiliser homouosios et en en restant au vocabulaire de l'hypostase/substance (il y en a trois qui désignent respectivement le Père, le Fils et l'Esprit), on privilégie des termes flous, - les trois sont semblables, il y a entre une unité d'harmonie - et l'on rejette la relation de créateur à créature entre le Père et le Fils. En même temps, des tendances se font jour entre les Nicéens, où il y a des extrémistes et des modérés, et entre les ariens purs et durs et les ariens qui se veulent modérés : certains admettent une similitude de nature et sont en fait proches des Nicéens modérés, d'autres ne veulent rien d'autre qu'une unité de volonté entre le Fils obéissant et le Père. Cette période assez paisible ne résout rien mais témoigne d'une meilleure prise de conscience des enjeux.

  • 3. La politique de l'union forcée menée par Constance II (352-361)

    A partir de350 et pendant onze, Constance II règne sur tout l'Empire. Il va chercher à refaire l'unité de l'Église et s'entoure, pour mener cette politique d'évêques qui réduisent la similitude et l'unité entre le Père et le Fils au plus petit commun dénominateur : similitude et unité, disons conformité, de volonté. Ce sont des Homéens. Les synodes se multiplient, à l'initiative impériale et sous un contrôle des autorités civiles , avec des tentatives de divisions entre les évêques occidentaux et orientaux, des mesures de coercition contre ceux qui refusent de signer les textes manipulés en petits comités dans le groupe des évêques courtisans, en particulier Ursace de Singidunum (Belgrade) et Valens de Mursa (Osijek en Serbie). Le moment le plus noir se situe entre le troisième synode de Sirmium (Mitrovitza, Serbie), 357, et le synode de Constantinople de 360. Plus on avance, plus les formules imposées par la ruse ou la force en haut lieu, dénient toute vraie divinité au Fils. Les Nicéens et les Homéoousiens, qui tiennent à une vraie similitude de nature, c'est-à-dire à une égalité dans la divinité entre les trois Personne, sont laminés. Les Homéens qui pensent faire l'unité de tous par une ressemblance et une unité non vraiment divine, triomphent avec Constance II. Jérôme a qualifié ainsi lerésultat du synode de Constantinople : " L'univers soupira et, étonné, se découvrit arien. "

    Mais Constance II meurt l'année suivante. Son successeur, Julien, dernier des Constantiniens, a une tout autre politique religieuse. Cherchant un retour à la religion païenne, il laisse les évêques suivre les affaires entre eux. Les extrémistes sont évincés, les modérés, qui croient tous véritablement et totalement à la divinité se réunissent. On va vers un dénouement durable de la crise arienne. Athanase lutte sur ce terrain depuis 325. Hilaire le seconde, de son côté, au plus noir de la crise, de 350 à 361, sous la tyrannie religieuse de Constance II.

  • 4. L'action d'Hilaire de Poitiers (356-367)

    a. Hilaire entre en scène au moment où Constance II, fort de son pouvoir unique sur tout l'Empire, entreprend de mettre au pas l'Occident. Il a déjà eu à exposer sa foi, mais non de façon polémique, dans son grand commentaire Sur Matthieu. A partir de 355, Hilaire s'oppose à l'évêque d'Arles, un évêque politique, Saturninus. Il est condamné religieusement au synode de Béziers (356) et frappé politiquement d'exil. Avant de quitter la Gaule, il commence son ouvrage historique contre les évêques politiques, le Contre Auxence. Il est exilé en Phrygie, un exil qui n'est pas à ce point surveillé que le banni ne puisse multiplier les contacts et se documenter de première main sur la situation en Orient.

    b. Il profite de sa retraite et aussi de ses contacts pour produire deux ouvrages : l'œuvre considérable où, en douze livres, il détruit tous les fondements bibliques dont les ariens se prévalent, cet ouvrage qui, assez vite, a été nommé La Trinité. A cet ouvrage de théologie scripturaire est joint un exposé historique qui est, lui aussi, théologique, mais sur la base des textes ecclésiastiques, nommément des confessions de foi dont nous avons dit un mot plus haut : Les Synodes (357-359).

    c. Dans ces deux ouvrages, Hilaire mène par écrit une négociation qu'il a appris à mener sur le terrain, en particulier en participant à l'un des nombreux synodes par lesquels l'Empereur tente de désorganiser l'opposition qui lui est faite : Séleucie (359). Il refait l'unité entre les Nicéens (Homoousiens) et les Homéoousiens. Écartant toute prévention inutile de part et d'autre, replaçant la précision des mots dans le service d'une foi à laquelle tous les croyants tiennent, IL FAIT ŒUVRE DE VÉRITÉ AUTANT QUE DE CHARITÉ. Dans son double ministère de contact et d'écrit, il arrive à constituer un front uni devant lequel, passé le plus fort de la crise, le pouvoir va s'incliner. En même temps, envoyant ses ouvrages en Gaule, il amène les Occidentaux fidèles à communier davantage en connaissance de causes avec les Orientaux fidèles. Il y a là un immense travail de pur œcuménisme à la dimension de l'Empire.

    d. Revenant vers l'Occident, il essaie au passage de rencontrer l'empereur. En vain. Il achève son Contre Auxence. Et il publie un véritable réquisitoire contre l'empereur, félon, antichrist, qui est en même temps un plaidoyer pour la liberté doctrinale des évêques : le Contre Constance. Ces ouvrages, dont le but est avant tout historique, mais qui sont engagés politiquement, renforcent la paix dans l'Église d'Occident, et par contrecoup en Orient. Un synode à Paris, en 360-361, célèbre la réconciliation en Gaule après tant de troubles et de lâchages.

    e. Hilaire retrouve les siens dans son Église de Poitiers. Il renoue avec ses chères études bibliques, commentant les Psaumes, Job, la Première Épître à Timothée. Il produit un petit ouvrage concernant la méthode exégétique, le Traité des mystères. Il compose les premières hymnes chrétiennes en latin.

    Le dénouement durable de la crise arienne auquel, parallèlement à Athanase d'Alexandrie, Hilaire a travaillé, n'est pas le résultat d'un pur travail intellectuel. Maniant des concepts, il est le fruit d'un discernement doctrinal où l'amour et le respect de Dieu, l'admiration pour le Christ et un attachement à l'Eglise universelle ont sans cesse sollicité une meilleure intelligence des textes fondateurs de la foi.
  • Pour aller plus loin...

Voici un extrait du commentaire Sur Matthieu, écrit avant l'exil, c'est-à-dire au temps où l'Occident jouit de la paix religieuse sous l'autorité de Constantin Ier et de Constant. Il s'agit de Matthieu 11, 27.

 

Et pour qu'on ne considère pas qu'il y a en lui moins que ce qu'il y a en Dieu, il dit que tout lui a donné été remis par le Père, que seul le Père le connaît et que le Père est connu de lui seul ou de celui auquel il aura voulu lui-même le révéler, et il le révèlera à celui qui lui demande de le révéler. Cette révélation nous enseigne que l'identité de substance de l'un et de l'autre est dans leur connaissance mutuelle, en ce que quiconque connaît le Fils connaîtra aussi le Père dans le Fils, parce que tout lui a été remis par le Père, et ce qui lui a été remis n'est pas autre chose que ce qui dans le Fils est connu du Père seul, que ce qui est connu du Fils seul est ce qui appartient au Père ; et ainsi dans ce secret de leur connaissance mutuelle, on discerne que dans le Fils il n'est rien manifesté d'autre que ce qui est inconnaissable dans le Père (Sources Chrétiennes, n° 254, p. 267)

 

Le même passage de Matthieu est commenté plusieurs fois dans La Trinité. Voici comment Hilaire utilise le même verset au livre 6. Désormais l'évêque a quelque chose à défendre par rapport à ceux à qui il reprend pied à pied tous les textes qu'ils utilisent pour fonder leur déviance.

 

La simple confession manifeste donc à elle seule que les noms correspondent à la réalité ; de sorte que celui dont il est dit : " Celui-ci est mon Fils " et celui à qui l'on dit : " Mon Père " sont ce dont on leur donne le nom. Pour exclure néanmoins que le Fils porte ce nom seulement en vertu d'une adoption et le Père seulement à titre honorifique, voyons quels attributs propres ont été attachés par le Fils au nom de Fils. Il déclare : " Tout m'a été remis par le Père et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils a bien voulu le révéler. " A ce qui a été dit : " Celui-ci est mon Fils " et " Mon Père ", ces deux choses ne s'accordent-elles point : " Nul ne connaît le Fils, si ce n'est le Père et nul ne connaît le Père, si ce n'est le Fils " ? Ce n'est en effet qu'en vertu d'un mutuel témoignage que le Fils a pu être connu grâce au Père et le Père grâce au fils. Il y a la vox venue du ciel et il y a aussi les paroles du Fils. Le Fils est aussi inconnaissable que le Père. Tout lui a été remis " et du " tout " on comprend que rien n'a été excepté. Si le pouvoir est égal, si la connaissance est un égal secret, si la réalité est sous les noms, je voudrais bien savoir comment ils ne sont pas ce dont ils ce dont ils portent le nom, eux en qui ne diffèrent ni le plein droit de leur pouvoir ni la difficulté à être connu (Sources Chrétiennes n° 448, p. 220-223).

 

Par chance, une chance explicable par l'importance du texte allégué, Matthieu 11, 27, concernant le sujet traité, nous pouvons maintenant citer un passage du Contre Constance. Le style est très différent. C'est, en quelque sorte, un compte rendu des séances du synode Séleucie (359), auquel le banni a pu participer, y rencontrant de façon directe les tenants des diverses tendances concernant le dogme trinitaire. Ici, c'est un dialogue avec des Homéens, qui se révèle bien vite être des purs Anoméens, c'est-à-dire en fait des partisans de l'inégalité foncière du Fils par rapport au Père.

 

Or je vous parle de ce que j'ai personnellement entendu dire en public à l'assemblée, la relation, paraît-il d'un évêque d'Antioche. Voici donc les paroles qu'on lui attribuait : " Dieu était l'être. Il n'était pas père, puisqu'il n'avait pas non plus de fil, car pour avoir un fils, il fallait nécessairement avoir une femme, nouer avec elle la conversation, s'unir conjugalement à elle, lui dire des paroles caressantes et, pour finir, engendrer avec le petit organe naturel". Ah ! malheur à moi ! le son de cette voix maudite retentir à mes oreilles ! un homme parler de Dieu et prêcher sur le Christ en ces termes dans une église ! Or après beaucoup d'impiétés de ce genre, quant il eut défini le Père et le Fils à partir de leurs noms plutôt qu'à partir de leur nature, il ajouta [allusion à Matthieu 11, 27] : " Plus le fils se dresse pour connaître le Père, plus le Père se redresse pour ne pas être connu par le fils. " Cette lecture publique souleva le tumulte. Même les partisans d'un Dieu dissemblable s'étaient rendu compte que des oreilles humaines n'accepteraient pas des paroles si impies. Aussi, ces hommes mêmes, des évêques de cour plutôt que des évêques de l'Église, rédigent-ils une nouvelle formule de foi où ils condamnent et l'homoousios et la dissimilitude. Au jugement des auditeurs, ils se contredisaient eux-mêmes … " (Sources chrétiennes, n° 334, p. 194-197).

 

Questions
1. Quelle progression percevez-vous, ou non, dans la connaissance du Dieu trine entre ces trois textes ?
2. A propos du troisième texte, quel est le scandale éprouvé par Hilaire et nombre d'évêques réunis à Séleucie ?
3. Que pensez-vous de la pertinence des deux exégèses de Matthieu 11, 27. Quels sont les difficultés relevées par Hilaire ? Quels sont les principes de clarification ?

VOUS AUREZ CES RÉPONSES AU CONGRÈS-COLLOQUE DE POITIERS,
DES 15-17 NOVEMBRE 2002 :

Avec La Trinité d'HILAIRE DE POITIERS : l'homme et Dieu au IVe et au XXIe siècle.

Pour mieux connaitre le contexte historique et le personnage d'Hilaire de Poitiers.

 

Tous renseignements à
l'Association des amis de Sources chrétiennes (AASC)
29, Rue du Plat, 69002 LYON.
Par téléphone le matin : 33.(0)4.72.77.73.50.
Télécopie : 33.(0)4.78. 92.90.11.
sc@univ-catholyon.fr

  Pour en savoir plus :
- Dieu est partout, un texte de saint Hilaire
- sur les Sources Chrétiennes
- sur le colloque
- sur les écrits d'Hilaire de Poitiers
- sur la magnifique église Saint-Hilaire à Poitiers
 

 

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