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Dialogue de la foi et de la culture
dans nos engagements apostoliques
 
Une grande enquête a été lancée fin 2001 - début 2002 parmi les jésuites de France, comme dans plusieurs pays d'Europe, autour de la manière dont la foi et la culture se rencontrent dans leurs différentes activités, entreprises ou projets. Nous publions ici quelques extraits d'une synthèse des réponses des communautés. Cela donnera un aperçu de la manière dont les jésuites réfléchissent ensemble sur leur manière d'agir aujourd'hui en France et au-delà.
>>>> Pour en savoir plus sur culture et foi,
lisez ce qu'en dit la dernière congrégation générale.
 
Repérer les chemins par lesquels la foi chrétienne semble pouvoir
rejoindre et toucher nos contemporains
 
  • Nos contemporains cherchent davantage des "voies" que de la doctrine, et il y a un primat de l'expérience. Par rapport à il y a quelques années où l'on pouvait noter une recherche de maîtres, de "gourous", c'est l'expérience personnelle qui est mise en avant. La quête de l'expérience pourra se manifester par des parcours divers. La culture est pressentie comme étant l'un de ces chemins. Dieu est senti comme étant de l'ordre de l'expérience.
  • Il est des moments privilégiés, lors d'expériences humaines existentielles fortes comme le mariage, une naissance, la maladie, un divorce ou la mort... La quête est alors surtout la recherche d'un "sens" à donner à ce que vivent les personnes.
  • Pour d'autres cela se passera dans un engagement caritatif, de solidarité humaine... Importance de rencontrer des "chrétiens de la miséricorde", attentifs aux blessés de la vie (solitudes, personnes âgées, demandeurs d'asile, malades, etc... ). D'une certaine façon, on pourrait dire que l'espérance parle plus à nos contemporains que la foi.
  • Il en est aussi qui, aujourd'hui, font une authentique expérience de Dieu, mais hors frontières de toute institution ecclésiale. Nous devons savoir les aider à affermir cette expérience et leur offrir les mots pour la dire et la faire grandir.
  • Certains seront touchés par la rencontre d'un "témoin" (Soeur Emmanuelle, Abbé Pierre…) qui va les inviter à se mettre en route... Mais ce témoin est souvent compris en dehors de toute relation à sa foi. Les grandes figures religieuses sont perçues comme déconnectées de leur enracinement.
  • Il faut être attentifs aux relations réciproques entre foi et culture : en quoi la foi touche-t-elle la culture ? En quoi la culture touche-t-elle la foi ?
Repérer les difficultés concrètes éprouvées
dans la transmission et l'annonce de la foi...
 
  • L'Église de France apparaît, en particulier aux yeux des jésuites non-français résidant actuellement dans notre pays, comme repliée, marginalisée, comme une relique du passé. Certains vont plus loin et parlent d'une perte de crédibilité de l'Église en particulier, et des religions en général, qui apparaissent comme facteurs de guerre et de division. On rappelle les croisades, l'Inquisition, les guerres de religion passées ou présentes.
  • Au plan de la morale, un certain nombre de prises de positions de l'Eglise apparaissent à nos contemporains comme maladroites ou ringardes. Cette attitude, qui peut aller jusqu'à l'hostilité, est en particulier manifeste dans les media et n'est pas contradictoire avec la requête de sens sans cesse adressée aux autorités religieuses.
  • Vis-à-vis de la culture, la position de l'Église, des chrétiens, et des jésuites, semble d'abord être une position de réserve. Ont-ils peur de ne pas avoir l'attitude correcte, ou d'être pris à contre-pied ? Pour parler de cela, même entre nous, il y a une sorte de pudeur.
  • L'indifférence de beaucoup de Français : la foi chrétienne ne leur parle plus, ne leur "dit rien"... Le religieux est totalement absent de leur vie, ou alors il est transposé dans d'autres champs... Il y a une grande ignorance de la " culture chrétienne ". Il est des cas de plus en plus nombreux où il n'y a eu aucune transmission des repères de la foi, ni même d'une culture chrétienne de base.
  • Toutes les religions sont mises sur le même plan, dans une sorte de syncrétisme. La vie chrétienne est comprise comme étant sans relation avec le Christ. La référence chrétienne n'est pas immédiatement recevable.
  • Il y a une perte du sens de la gratuité, et une mise en avant du profit, de l'argent et de la consommation. Il y a discontinuité entre quête du sens et réussite. Il y a de plus en plus une marginalisation de la souffrance et des exclus.
  • La tradition chrétienne s'efface de plus en plus de la vie publique : vie culturelle, artistique, etc...
 
Exprimer les expériences
des uns et des autres :
 

Il serait fastidieux de reprendre la liste des différentes expériences des uns et des autres. Relevons principalement :

  • Le champ le plus important est celui qui tourne autour de l'écoute, de l'accompagnement individuel, du ministère des Exercices Spirituels.
  • Au plan de la méthode, les jésuites confirment le bienfait, quel que soit le lieu où l'on se trouve, de donner aux laïcs leur place, d'avoir le sens de la collaboration et des réseaux.
  • Certains jésuites soulignent l'importance de la célébration, pas forcément uniquement liturgique. Pour reconstruire un langage qui puisse fonctionner, il est important de commencer par les gestes, en particulier ceux qui expriment le partage des valeurs évangéliques et qui peuvent orienter vers une transcendance. Mais le lien entre gestes de la foi et parole qui les interprète est important à maintenir. Les grandes occasions de la vie (naissance, mariage, maladie et décès) sont des occasions pour cela.
  • Parmi ces lieux où sont dites les valeurs évangéliques, il y a tout ce qui est lié à l'option préférentielle pour les pauvres.
 
Manières de partager et d'annoncer la foi chrétienne
en réponse aux attentes de nos contemporains :
 
On pourrait résumer cette partie autour de rencontre, partage et communion. Une autre proposition serait de résumer ces manières dans les paires : foi et solidarité, foi et liberté, foi et fondement de soi.
  • Il paraît important de lier lecture de la Bible et la relecture du livre de notre propre vie ou de la vie de ceux que nous rencontrons. En particulier, quelle lecture faisons-nous, ou font-ils, de l'injustice ? En quoi la foi rejoint-elle les pauvres et la dignité de la personne humaine ? Il est important de savoir proposer, en temps opportun, une expérience de "retraite" (relecture ou fondation), même courte.
  • Il semble important d'entendre la recherche de "sens", parfois très discrète, qui habite beaucoup de personnes. En quoi notre façon de parler de Dieu, y compris dans la liturgie correspond-elle à cela ?
  • La communauté est importante pour manifester et dire cette foi : communauté d'Église, mais aussi communauté de la Compagnie de Jésus. En quoi et de quoi parlent-elles ? En ce sens, il faut dire l'importance du témoignage de notre style de vie : "une autre manière de vivre" face aux difficultés, face à l'insécurité, au milieu des populations venues d'ailleurs... D'où l'importance qu'elle soit proche des personnes ou ouvertes sur les personnes.
  • Il est important de travailler avec d'autres : croyants ou gens en chemin... Mais en sachant témoigner, quant à nous, de ce qui nous met en route : notre foi chrétienne dans sa spécificité : Dieu comme Communion trinitaire, chemin de Salut, se révélant en Jésus Christ, etc...
 
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