| Ce vendredi
23 novembre 2001, nous avions mis le corps de François dans
un linceul et à 10h30 le cortège s'est mis en route
vers le cimetière chrétien de Constantine. Le
départ du cortège était émouvant
: plusieurs femmes de la ferme étaient venues pour assister
à ce départ, la tradition ne leur permettant pas de
faire partie du cortège. Le brancard spécial pour le
transport des morts, le "naâch",
recouvert d'un beau drap vert, était porté par une multitude
: petits et grands, subsahariens, algériens et étrangers,
chrétiens et musulmans, pauvres et riches, au rythme du roulis
et du tangage imposé par les différentes tailles qui
le soutenaient - se remplaçant selon l'habitude musulmane toutes
les trente secondes.
Quarante
cinq minutes de trajet à travers la ville ; les passant,
selon l'habitude à Constantine, s'arrêtaient pour se
recueillir ou faire une prière. Certains
se dirigeaient vers le brancard pour le porter pendant quelques
pas ; devant un kiosque à musique, des passants ont
demandé de couper la musique. Quel bel adieu François
a fait à la ville ! Les gens regardaient curieusement ce
cortège inhabituel pour eux,
car l'allure habituelle était tout de même perturbée
par la présence de femmes européennes, d'hommes européens,
et même de quelques femmes du pays qui allaient contre la
tradition.
Au cimetière,
Paul Desfarges prononça, en arabe puis en français,
le mot d'accueil : " François,
Abdelaziz est heureux de nous voir rassemblés avec lui ce
matin. Il est présent en tous nos coeurs. François
est heureux parce qu'il aimait et favorisait la relation et la rencontre
de gens différents. Nous sommes, ce matin, de nationalités
différentes, de religions différentes,
il y a des jeunes et des anciens, des hommes et des femmes, nous
sommes de niveaux culturels différents, de niveaux économiques
différents. Il y a des plus aisés et il y a des petits
et des pauvres, les préférés de François.
Ce qui nous rassemble, c'est que nous avons été touchés
par l'humanité de François, la bonne humanité
d'Abdelaziz et cette bonne humanité a touché la nôtre,
celle qui est en chacun d'entre nous. Cette
bonne humanité nous fait frères et soeurs en
humanité. Nous remercions Dieu pour le don qu'est François,
pour le don de la vie de François et nous lui demandons de
faire grandir cette bonne humanité et la fraternité
qui nous rassemble. "
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Au nom de Dieu,
le clément et qui manifeste sa clémence.
Louange à Dieu, le maître des mondes,
le clément et qui manifeste sa clémence.
Souverain au jour du jugement dernier,
C'est toi que nous adorons,
c'est toi dont nous implorons le secours.
Montre-nous le droit chemin,
Le chemin de ceux envers qui
tu t'es montré généreux,
Non le chemin de ceux
qui ont encouru ta colère,
non le chemin des égarés.
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| Deux
jours après les obsèques, le journal El Moudjahid du
25 novembre 2001 publiait cet article :
Le
père d'Oncieu enterré vendredi :
drapé d'un simple linceul blanc et mis en terre avec la lecture
de la " Fatiha "
" Le cimetière chrétien de Constantine a vécu,
vendredi dernier, une cérémonie d'inhumation comme
il s'en passe rarement, sinon jamais ici, puisqu'elle a combiné
les traditions chrétienne et musulmane de manière
naturelle, et comme si l'antinomie entre les deux traditions n'était
qu'une invention artificielle. Le père François d'Oncieu,
de la congrégation jésuite, décédé
l'avant-veille, a en effet été enterré selon
sa volonté en terre algérienne et selon la tradition
de ce pays dans lequel et pour lequel il a vécu.
"
Dans le concret, cela a donné cette scène à
la fois inédite et d'une grande portée symbolique
pour qui sait voir : un père chrétien, pleuré
et accompagné jusqu'à sa dernière demeure par
une foule composée en majorité de musulmans. Il était
enveloppé d'un simple linceul blanc et porté sur les
épaules sur un simple " naâch ".
"
Au cimetière chrétien, que beaucoup de ses accompagnateurs
constantinois découvraient pour la première fois,
l'assistance mixte qui rendait un dernier adieu au défunt
a été surprise d'écouter une oraison funèbre
en arabe classique et dialectal, et en français, où
se sont succédés à la fois des coreligionnaires
et des amis musulmans du défunt ; les uns comme les autres
se sont exprimés avec la même émotion sincère.
"
Mais la plus grande surprise fut d'entendre le prêtre présidant
la cérémonie demander, juste avant la mise en terre
du corps, la lecture de la "Fatiha" du Coran : "
Il aimait beaucoup cette sourate et avait exprimé le voeu
qu'on la lise à son enterrement ". Les musulmans présents
dirent la Fatiha, puis les chrétiens dirent le Notre Père.
"
Plus que mille discours et ouvrages, ce sont des gestes pareils,
à la fois simples et vrais, qui peuvent changer le monde
et, dans ce cas, amorcer dans la pratique le dialogue des civilisations
et des religions dont on parle tant de nos jours.
"
La foule qui a accompagné ce père chrétien
qui s'appelait François-Abdelaziz était différente
de religions, de nationalités, de niveaux culturels et économiques
; mais elle avait la même appréciation de l'homme :
c'était un homme de bien, et le bien sincère et désintéressé
transcende toutes les frontières, de quelque nature qu'elles
soient ".
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Site web du journal El Moudjahid >>>
Page du journal avec l'article concernant
le Père d'Oncieu (format pdf) >>>
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