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Cap Vert et l'émigration |
| Je viens de séjourner quatre semaines à Cap Vert. Un voyage offert à l'occasion de mon départ en retraite ! J'ai eu la chance de vivre chez " l'habitant " puisque je suis parti avec deux immigrées capverdiennes et deux de leurs grands enfants. |
| Ce fut pour moi une occasion de mieux comprendre les immigrés capverdiens que j'aide depuis une trentaine d'années. Ils me considèrent encore plus l'un des leurs. Ce fut un voyage " initiatique " en quelque sorte. |
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Un récit de François
Yverneau, jésuite.
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Famines et émigration, depuis des siècles Cap Vert est un petit Etat de 434.000 habitants qui vivent sur dix îles situées à environ 500 km de Dakar. Ces îles volcaniques se trouvent dans la zone sahélienne donc le principal problème est l'eau. Peu d'années après la découverte de ces îles par les Portugais, une grande famine, en 1580, décimait la population. Les Capverdiens ont cherché à émigrer, dès le 17ème siècle. On compte plus de Capverdiens hors de Cap Vert qu'à Cap Vert : 250.000 aux USA, 70.000 au Portugal, 40.000 en Angola, 25.000 au Sénégal, 9.000 en Hollande, 15.000 en France, 12.000 en Espagne, 10.000 en Italie, 8.000 à Sâo Tomé, 3.000 au Luxembourg. L'émigration n'est donc pas un phénomène récent.
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Et aujourd'hui, sécheresse et pauvreté On sait en France qu'on vit dans un pays riche. Je ne mesurais pas assez le fossé qui nous sépare de certains pays. J'ai pris la pauvreté en pleine figure. Un rapport du gouvernement estime que 20 000 familles auront à attendre longtemps l'accès à l'électricité et qu'environ 12 000 n'accéderont jamais à cette énergie, sauf par des voies non habituelles : éoliennes, piles photovoltaïques qui coûtent très, trop cher. J'ai passé ma première nuit chez le père d'une immigrée : pas d'électricité, pas de téléphone, pas d'eau courante. Pour le père, qui aime sa campagne et les animaux, la vie est supportable. Mais imaginons l'attrait de la ville sur les adolescents. La campagne se vide et on construit beaucoup dans les petites villes et à la capitale.
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| Il avait plu en novembre 2000 et Cap Vert était vert. On récoltait le maïs et les haricots. On faisait provision pour les années de disette. Mais imaginons une année presque sans pluie. On plante le maïs et les haricots. Les jeunes tiges sortent de terre mais, sans pluie, rapidement se dessèchent. On cherche alors par tous les moyens à émigrer. C'est ce que beaucoup m'ont expliqué. Les plus âgés racontent la terrible sécheresse de 1947-1948. Un habitant sur cinq était décédé des suites de la famine ! |
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Le mirage de l'émigration Emigrer est un rêve
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| Une Eglise pauvre, une Eglise jeune |
![]() Un foyer à terminer de construire... |
La majorité de la population est catholique. Les églises évangélistes, brésiliennes entre autres, et les sectes sont actives. Les prêtres capverdiens sont peu nombreux. On m'a dit que les premiers prêtres à Cap Vert furent des Jésuites, sans doute Portugais, vers les années 1500. J'ai participé à des messes. C'est la foule. Beaucoup de jeunes. Ca chante beaucoup et les messes de fête durent plusieurs heures. On devine la foi profonde des capverdiens et des laïcs bien formés. |
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Des religieuses du pays J'ai rencontré les religieuses capverdiennes. Elle sont d'une congrégation africaine, fondée en 1858 par un évêque spiritain et dont la maison-mère se trouve au Sénégal, donc dans un pays de langue française. Une première implantation au Cap Vert a lieu en 1976. Elles sont maintenant 26 religieuses capverdiennes réparties dans cinq communautés. Elles participent à l'animation des mouvements de jeunes, à la vie paroissiale, au catéchisme, dans le domaine de la santé et enseignent dans les écoles de l'Etat Par rapport à certains prêtres d'origine portugaise ou autre, elles ont l'énorme avantage de parler la langue du peuple, le créole capverdien - que tout le monde parle dans la rue même si la langue officielle de Cap Vert est le portugais : elles sont vraiment originaires du terroir |
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Trop de monde, et pas de locaux Dans le bourg près duquel j'habitais, une maison de formation abrite 6 Soeurs et 20 aspirantes qui reçoivent une formation. Une salle polyvalente leur sert successivement de dortoir, salle de conférence, réfectoire. Cette année, elles ont trois postulantes. Elles souhaiteraient bien pouvoir ouvrir un noviciat, et être ainsi province, ce qui les dispenserait de devoir envoyer les jeunes novices au Sénégal dans un autre pays et surtout dans une autre langue : le français. Mais il faudrait pouvoir construire, ne serait-ce qu'une salle. Ou encore : à l'entrée de Praia, la capitale, les religieuses ont construit un foyer pour héberger de trente à quarante jeunes filles originaires des zones rurales. La construction a commencé en avril 1992 mais n'est pas achevée, faute de ressources. Néanmoins, le foyer a fonctionné dès octobre 1994. |
![]() La croix du Jubilé, face à la mer |
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La foi des immigrés en France Comme des pauvres, les Capverdiens ne sont pas très exigeants, et reconnaissants du peu que je fais avec eux. Ils m'ont adopté. Comme l'a dit gentiment une maman : " François, il est blanc à l'extérieur, mais à l'intérieur, il est noir ! " A Amiens j'avais vite remarqué que plusieurs, parmi les premiers arrivés, participaient, à Cap Vert, à divers mouvements d'action catholique : JAC, Légion de Marie. J'ai donc favorisé des rencontres pour les aider à intégrer leur nouvelle réalité sociale. Et le premier lieu d'habitation de la communauté de Cergy, où je vis depuis onze ans, fut, par hasard, un endroit où vivaient beaucoup de Capverdiens. Les deuils sont des moments importants où l'on se visite, se soutient, où l'on prie. Pour ce public de femmes de ménage et d'ouvriers du bâtiment il n'est pourtant pas facile de se retrouver. Mon objectif demeure la foi des jeunes de la 2ème génération. Je suis heureux de constater qu'il n'y a généralement pas de rupture avec les parents. Ils participent aux activités de l'association Cesaria que je connais bien. François Yverneau. |
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