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L'action plutôt que la prière, la mission plutôt
que la contemplation. C'est sur cette idée - révolutionnaire
à l'époque - qu'Ignace de Loyola fonde la Compagnie
de Jésus (l'ordre des jésuites) en 1540. Pendant plus
de deux siècles, les jésuites deviennent alors missionnaires
en Chine, au Japon, en Afrique, en Amérique du Sud. Mais
l'audace de la pensée du fondateur perturbe le Saint-Siège
dont les alliances avec les pays les plus puissants sont mises à
mal. Au point que l'ordre est interdit en 1773. Rétabli en
1814, il n'aura de cesse de bouleverser le conservatisme d'une Eglise
recroquevillée sur elle-même, quitte à se heurter
fréquemment à l'autorité du Vatican.
Ce sera le cas avec Pierre Teilhard de Chardin, jésuite,
géologue, paléontologue passionné par le secret
de la matière qui se lamente de voir l'Eglise coupée
de l'humanité. Pour lui, matière, esprit, science
et foi ne font qu'un, ce qui déplaît aux autorités
vaticanes qui le font interdire d'enseignement à l'Institut
catholique de Paris après la Première Guerre mondiale.
Accusé de " délit d'imagination et d'évolutionnisme
", exilé en Chine, sa pensée continue néanmoins
à se propager et à faire des émules. Tour à
tour Pierre Charles luttant contre l'antisémitisme, Pierre
Chaillet dénonçant la persécution des Juifs
dans les cahiers de Témoignage chrétien avec André
Mandouze, le rédacteur en chef, Gustavo Gutierez, fondateur
de la théologie de la Libération, Henri de Lubac,
François et Renée Bedarida, René Courtois,
Paul Valadier et quelques autres prennent parti.
Malgré la suspicion croissante de Rome, Teilhard, élu
à l'Académie des sciences, obtient une chaire au Collège
de France en 1946. Le père Arrupe, devenu général
des jésuites après Vatican II, fera preuve des mêmes
audaces, au grand dam du Vatican. C'est toute l'histoire de la Compagnie
de Jésus et des multiples tentatives de sa marginalisation
qui est retracée dans ce documentaire clair, intelligent
et pour tout dire passionnant.
Bernard Heitz (www.telerama.fr)
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