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Dans cette perspective, Amen. s'inscrit dans la foulée des
grandes uvres - Z, L'Aveu -, où Costa-Gavras exploitait
les réalités historiques pour exposer des problématiques
immédiates qui mettaient en cause la grandeur de l'homme.
A partir de la situation originelle, il façonnait des symboles
de la tragédie, se distançait de la vérité,
sans cesser d'inscrire son intrigue dans la vraisemblance. Celle-ci
ne concerne que les personnages-clefs : Gerstein, Fontana, le Docteur.
Admirablement filmés et incarnés par Ulrich Tukur,
Mathieu Kassovitz, Ulrich Mühe, ils ont une forte présence,
une véritable chaleur humaine, tout comme le Cardinal-secrétaire
d'Etat dans une scène-clef - d'ailleurs fidèle à
ce qu'en rapportent les documents.
Délibérément, sans doute,
les autres acteurs du drame ont la dimension de comparses caricaturés.
Le Pape et Galen se meuvent comme des marionnettes de bois, marchant
mécaniquement à un pas de chasseur. Les autres relèvent
de la figuration intelligente. Quant au décor du palais de
Ceaucescu, même s'il a été imposé par
l'impossibilité de tourner dans le vrai Vatican, son utilisation
tourne à la dérision.
Le prétexte, ici - soit " le silence
de Pie XII " -, détourne le spectateur du seul sujet
du film et le conduit à s'interroger sur l'authenticité
de l'argument et son inscription dans le temps. S'agissant de symbolisation,
il serait assez vain de recenser dans le détail tout ce qui
relève de l'Histoire telle qu'elle se déroula. Ce
serait une façon d'esquiver la question posée. Notons
seulement que relève de la fiction le personnage de Fontana
(Hochhuth représentait les prêtres allemands morts
en camp de concentration) et celui du Docteur, de même que
l'entrevue de Gerstein avec le Nonce à Berlin et son voyage
à Rome. Costa-Gavras les a repris à la pièce
Le Vicaire.
Le recours à " l'Histoire vraie "
concerne la tragédie centrale qui fut retracée par
un document et un héros bien réels. Gerstein a vécu
et laissé, en plusieurs versions, un récit de son
expérience. Le film le suit fidèlement. Quant aux
épisodes facilement reférables à l'Histoire,
tels que la retransmission du message de Noël 1942, ou la rafle
du ghetto de Rome, en octobre 1943, ils sont détournés
ou amputés, sans doute parce que le cinéma est un
art qui repose sur des coupes, des temps de silence et des simplifications.
Amen. figure-t-il dans la catégorie des
films américains purement imaginaires sur le thème
de l'Eglise pendant la guerre : Mort à Rome, Le Cardinal,
Le Rouge et le noir ; ou sur la persécution des Juifs : Holocauste
ou La Liste de Schindler - tous portés par des préoccupations
de reconstitution historique littérale ? Ce n'était
pas le souci des auteurs. La polémique qui l'accompagne procède
d'un contresens.
Jacques Nobécourt
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