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Conférence débat
jeudi 11 avril 2002
19h30-21h30

Pie XII,
l'Allemagne nazie et les Juifs

avec Jacques Nobécourt, Alfred Grosser et Théo Klein.
Rencontre animée par Henri Madelin, rédacteur en chef d'Etudes.

au Centre Sèvres - 35 bis, rue de Sèvres - 75006 PARIS

Pour en savoir plus sur le film, cliquez ici.

Ci-dessous deux extraits du numéro du mois d'avril 2002 de la revue "Etudes"

L'affiche du film, par Henri Madelin sj

Amen., visible dans les salles de cinéma, évoque l'absence de réaction publique de Pie XII pendant la guerre de 1939-1945, lorsque les Juifs étaient condamnés, à travers toute l'Europe occupée, soit à se cacher, soit à être raflés pour finir gazés dans des camps spéciaux d'extermination. L'horreur d'un côté, une réserve officielle de l'autre...

Accompagnant la sortie du film, une vive controverse médiatique fait rage. Un chrétien ne peut que protester devant l'affiche du film qui montre la croix chrétienne imbriquée dans la croix gammée nazie. Les lettres rouges, Amen., semblent dire qu'il en est bien ainsi : " Ainsi soit-il. " Nous sommes en présence d'un travail subtil, qui joue sur le mariage de deux symboles antagonistes. Il ne faudra pas s'étonner si, demain, des amateurs de scandales ou des ignares se mettent à plaquer de tels signes sur des murs déjà " tagués " ou sur des tombes profanées. La croix du Christ, c'est l'amour infini qui unit la verticalité et l'horizontalité, c'est l'accueil de chacun par le Père de tous les hommes, et non une invitation à la haine et au mépris des faibles.

Cette stratégie de la provocation a pourtant été conçue et voulue par le publicitaire italien Oliviero Toscani. Pour faire vendre les pulls Benetton, ce provocateur-né nous avait naguère mis mal à l'aise en présentant des images troubles de malades du sida ou les vêtements tachés de sang des victimes du conflit des Balkans. Aujourd'hui, il récidive, en blessant inutilement la sensibilité des catholiques. Les voilà cibles, malgré eux, d'une sorte de racisme antichrétien et d'une illusion historique : Pie XII prêt à dire Amen. à Hitler.
Les chrétiens ne sauraient dire Amen. à de telles manipulations. Elles engendrent la dérision, puisqu'elles tournent le dos à la vérité des faits. Fort heureusement, cette affiche provocante précède un film qui ne cherche pas la reconstitution littérale des faits, mais se meut dans une fiction ouverte à nos questions.

Henri Madelin s.j.

jj

Amen., par Jacques Nobécourt

(...) Le film vaut d'être lu, vu en soi, en prenant au pied de la lettre le dessein explicite des auteurs : présenter un problème actuel par le moyen d'un retour sur le passé. Ainsi est-il clair que l'histoire du S. S. Gerstein en est l'axe essentiel. Il incarne tous les témoins qui, pour parler, dire le pire, ouvrir les yeux des hommes, doivent d'abord y participer. Jusqu'où peut aller leur complicité avec les bourreaux ? Le jésuite Fontana prend à sa charge l'autre réponse : jusqu'à l'accompagnement des victimes. Les mêmes drames sont aujourd'hui vécus dans le monde entier, en Colombie comme en Afghanistan, sans oublier, en Algérie, les soldats associés à l'emploi de la torture.


Dans cette perspective, Amen. s'inscrit dans la foulée des grandes œuvres - Z, L'Aveu -, où Costa-Gavras exploitait les réalités historiques pour exposer des problématiques immédiates qui mettaient en cause la grandeur de l'homme. A partir de la situation originelle, il façonnait des symboles de la tragédie, se distançait de la vérité, sans cesser d'inscrire son intrigue dans la vraisemblance. Celle-ci ne concerne que les personnages-clefs : Gerstein, Fontana, le Docteur. Admirablement filmés et incarnés par Ulrich Tukur, Mathieu Kassovitz, Ulrich Mühe, ils ont une forte présence, une véritable chaleur humaine, tout comme le Cardinal-secrétaire d'Etat dans une scène-clef - d'ailleurs fidèle à ce qu'en rapportent les documents.

Délibérément, sans doute, les autres acteurs du drame ont la dimension de comparses caricaturés. Le Pape et Galen se meuvent comme des marionnettes de bois, marchant mécaniquement à un pas de chasseur. Les autres relèvent de la figuration intelligente. Quant au décor du palais de Ceaucescu, même s'il a été imposé par l'impossibilité de tourner dans le vrai Vatican, son utilisation tourne à la dérision.

Le prétexte, ici - soit " le silence de Pie XII " -, détourne le spectateur du seul sujet du film et le conduit à s'interroger sur l'authenticité de l'argument et son inscription dans le temps. S'agissant de symbolisation, il serait assez vain de recenser dans le détail tout ce qui relève de l'Histoire telle qu'elle se déroula. Ce serait une façon d'esquiver la question posée. Notons seulement que relève de la fiction le personnage de Fontana (Hochhuth représentait les prêtres allemands morts en camp de concentration) et celui du Docteur, de même que l'entrevue de Gerstein avec le Nonce à Berlin et son voyage à Rome. Costa-Gavras les a repris à la pièce Le Vicaire.

Le recours à " l'Histoire vraie " concerne la tragédie centrale qui fut retracée par un document et un héros bien réels. Gerstein a vécu et laissé, en plusieurs versions, un récit de son expérience. Le film le suit fidèlement. Quant aux épisodes facilement reférables à l'Histoire, tels que la retransmission du message de Noël 1942, ou la rafle du ghetto de Rome, en octobre 1943, ils sont détournés ou amputés, sans doute parce que le cinéma est un art qui repose sur des coupes, des temps de silence et des simplifications.

Amen. figure-t-il dans la catégorie des films américains purement imaginaires sur le thème de l'Eglise pendant la guerre : Mort à Rome, Le Cardinal, Le Rouge et le noir ; ou sur la persécution des Juifs : Holocauste ou La Liste de Schindler - tous portés par des préoccupations de reconstitution historique littérale ? Ce n'était pas le souci des auteurs. La polémique qui l'accompagne procède d'un contresens.

Jacques Nobécourt