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Deux chantiers de rénovation
de l'église Saint-Ignace à Paris.

Dans le bulletin "Coordination Saint-Ignace" de mars 2001, Jean-Marc Furnon, responsable de l'église Saint-Ignace, confirme "la rumeur courant du triforium au déambulatoire".

 


"Ce n'est pas qu'une rumeur. Le projet d'une réforme de l'espace de célébration a été annoncé en mai 2000. Pourquoi changer la disposition de l'église ? D'abord pour des raisons pratiques. Lorsque je suis arrivé, certains chrétiens se plaignaient de ne rien voir du choeur à partir du 24ème rang. D'autres, j'en fais partie, regrettaient que la présidence soit si éloignée de l'assemblée. Nous cherchons donc à réduire la distance entre le chrétien le plus éloigné dans l'église et l'action liturgique.

Cependant ces raisons pratiques ne suffisent pas à rendre compte de notre volonté de réaménager l'espace de célébration. Fondamentalement, nous désirons mettre davantage en valeur la réforme liturgique de Vatican II. Notre espace actuel date de 1961, juste avant le Concile. Le choeur est resté sur l'emplacement de l'ancien sanctuaire qui était fermé à l'époque par des grilles : d'un côté il y a les prêtres et de l'autre côté, dans la nef, il y a le peuple chrétien. A l'époque ce fut une avancée très remarquable de réflexion liturgique et de qualité esthétique. Nous voulons trouver un mode plus communautaire pour célébrer et pour vivre une participa tion plus active de toute l'assemblée. Nous avons cherché une disposition des lieux et des personnes qui signifie que c'est toute la communauté qui célèbre l'Eucharistie sous la présidence d'un ministre ordonné, un prêtre."

Une commission s'est mise en place à laquelle tous ont été invités à participer. De plus ont été consultés des architectes expérimentés : Jean-Marie Duthilleul et Etienne Tricaud, créateurs des deux grands podiums des JMJ de Paris, au Champ de Mars et à Longchamp, ainsi que de la nouvelle gare Eole à côté de Saint-Lazare.

 

 

"La nouvelle disposition [dont on peut se faire une idée par le plan ci-joint] est expérimentée depuis le dimanche des Rameaux 2001, (…) comme une sorte de prototype à tester. L'ayant pratiquée pendant un certain temps, nous consulterons les assemblées et la communauté de St-Ignace avant d'aller plus loin. Un investissement plus conséquent ne se fera que dans un deuxième temps selon les orientations qui seront choisies.

Il y a aussi un projet de ravalement intérieur. L'église a été construite en 1855 et n'a jamais été ravalée, hormis une partie du choeur jusqu'à hauteur du triforium dans les années 60. Il s'agit de la nef, du narthex, du choeur et des voûtes, sans toucher aux chapelles latérales. S'il se concrétise, le projet sera à la charge de la Compagnie de Jésus, et les chrétiens de St-Ignace seront invités à participer, selon leurs moyens, comme pour la rénovation des vitraux [en 1984 et en 2000]. L'église serait alors indisponible pendant 3 mois ; il faudra trouver une autre manière de célébrer ensemble place à l'imagination ! Pour des raisons financières (période creuse pour les entreprises), il serait préférable de le faire fin 2001 ou début 2002. Il y a d'ailleurs un lien entre le ravalement et la réorganisation de l'espace il faut enlever tous les éléments de son et de lu-mière pour les remonter en fonction des choix pour l'espace liturgique."

 



Interview d'Etienne Tricaud, architecte

Saint Ignace : Avec vous, nous sommes passés d'une disposition de l'assemblée en forme d'autobus à une disposition en forme d'oeuf.

Etienne Tricaud : En architecture, on parle plutôt d'ellipse. Cette disposition va davantage signifier que c'est l'assemblée qui célèbre puisque l'autel sera au centre et la prière de chacun se nourrira de la vision de la communauté rassemblée. Nous avons éliminé tout ce qui était dissymétrique. Par exemple, nous avons renoncé à mettre l'autel sur le côté pour respecter l'axe de symétrie. Nous avons voulu qu'il y ait une correspondance entre l'assemblée et la géométrie de l'église, non pas pour l'oeil, mais pour qu'il y ait une communion entre l'Eglise de chair et cette église de pierre. Nous avons mis l'autel non pas au centre, mais du côté du choeur pour respecter l'appel de ce côté-là.

Des membres de notre assemblée peuvent préférer une église en forme d'autobus, dans lequel ils peuvent facilement se caler et pendant le temps du voyage, se reposer un peu ; alors que là, ils seront nécessairement plus participants. Cette réforme n'est-elle pas trop "obligeante" ?

Il y a plusieurs formes de spiritualité certains préfèrent l'aspect communautaire, d'autres préfèrent se mettre en retrait, prendre le temps de se poser. La nouvelle disposition respectera ces manières différentes. Le projet est bien sûr davantage fait pour ceux qui désirent vivre une célébration où la communauté est mieux signifiée. Mais il y aura des parties moins engageantes, par exemple les chapelles latérales.

Vous mettez très en valeur les chapelles latérales. Elles étaient très abandonnées puisque depuis le Concile aucune messe n' est plus célébrée.

C'est vrai, nous allons faire ressortir les quatre chapelles au centre de la nef. Nous avons voulu qu'elles soient vues pour agrandir l'espace liturgique latéralement. Néanmoins, nous n'appuierons pas trop l'éclairage dans ces chapelles. Nous allons privilégier l'architecture centrale que le ravalement va mettre en valeur. Des éclairages au pied de chacune des colonnes souligneront les verticales. Les éclairages dans les chapelles seront plus doux.

 

En plus de l'oeuf, il y a un triangle constitué par l'autel, le siège du président et l'ambon. Pourquoi avoir choisi cette géométrie ?

La géométrie de ces trois éléments est importante. Souvent dans les églises, tout se passe dans un champ visuel très réduit. On célèbre en gardant la tête presque droite. Ici, nous allons donner de l'ampleur aux différents moments de la célébration. Le regard va alterner, se tourner de la présidence à l'ambon et de l'ambon vers l'autel. Cette alternance va créer une sorte de dramaturgie qui donnera beaucoup de relief à la liturgie.