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Plein
Vent |
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Pendant 10 mois, il m'a été donné d'effectuer mon service militaire sous la forme d'un service-ville auprès d'enfants issus de quartiers "sensibles" de l'Essonne (Les Tarterêts à Corbeil-Essonne, les Ulis...). Cette aventure, je l'ai vécue dans le cadre de la proposition des Scouts de France "Plein Vent", en direction de ces enfants. Ce sont quelques impressions que j'ai envie d'évoquer ici devant vous. Cette page de vie a été comme un retour aux sources, et compte-tenu de mon origine martiniquaise, le mot "source" ne peut qu'évoquer celui de... "mer". Et justement cette histoire fut bien celle d'une véritable plongée, en trois temps... |
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La plongée sous-marine fait d'abord éprouver un mélange d'inquiétude et d'excitation face à ce monde étrange où les règles habituelles de pesanteur, les sensations et les convictions familières ne sont plus de mise. Il en est de même pour la découverte de l'univers des quartiers : les angoisses surviennent, l'étrangeté est au rendez-vous. En effet, si j'ai été rapidement fasciné par la multiplicité des cultures en contact (plus de 90 ethnies différentes aux Tarterêts), j'ai aussi vite perçu une violence latente, omniprésente. Les signes de cette insécurité ? quelques voitures désossées entre des tours surpeuplées et rarement en bon état ; quelques bandes de jeunes qui traînent le jour, la nuit, et dont on parle malheureusement souvent dans les médias. |
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Mais d'autres expériences passionnantes s'imposèrent
à moi : voir le quartier vivre au rythme du ramadan, blacks, blancs et surtout
beurs ; rencontrer des habitants fiers et battants... Les premiers temps
furent donc ceux d'un apprivoisement
mutuel, angoissant et joyeux. |
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Puis vient le temps agréable de l'émerveillement devant les couleurs et les formes de vie nouvelles, d'une symbiose avec le milieu ambiant, un regard mais aussi un rythme et une respiration plus intérieurs. Certes, le quartier me demeurait toujours hostile et indéchiffrable mais la peur restante ne me paralysait plus et le goût pour la beauté de la rencontre avec des adultes et des enfants de partout pouvait s'épanouir. Que d'échanges dans les cages d'escaliers avec des jeunes, de parties de football improvisées avec les enfants sur la dalle, d'invitations au rire, à la confiance dans quelques familles ! |
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| Ce furent aussi les premiers week-ends scouts avec des ados et des enfants : premiers pas pour moi dans l'exercice d'une autorité ferme mais sans brutalité en face de leur agressivité récurrente, découverte de leurs attentes profondes et paradoxales, écartelés, comme je le suis moi-même, entre deux cultures : celle de leurs parents à la maison et celle qui fait leur quotidien à l'école ou ailleurs. Les seconds temps furent plutôt ceux de l'apprentissage coûteux et enthousiaste de la relation éducative et d'une certaine vulnérabilité. |
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3.
"Remonter à la surface" l'expérience d'une durée Enfin, dans toute plongée, il est important de soigner le moment désiré et délicat de la remontée, avec ses paliers de décompression et la peur de se perdre encore dans ce nouveau mouvement : il faut mourir à ces impressions parfois fusionnelles et, en même temps, mourir à ce monde que l'on retrouve semblable et différent. Et qui dit durée dit fin, mais il s'agit d'une fin continuée à travers les images et les sensations emmagasinées dans l'esprit, dans le coeur, dans le corps. La fin de ce temps de service fut marquée par deux camps durant l'été. Ces moments furent particulièrement pénibles car ils furent ceux d'une hyper-activité en grande partie solitaire : recruter enfants (46) et animateurs (17), trouver financements et soutiens, organiser, animer et diriger les camps, soumettre bilans et ajustements... |
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Combien d'attentions reçues, suscitées et données entre animateurs et amis, et combien de tensions et de violences dont nous fûmes témoins et acteurs ! Et surtout quel travail efficace et fécond ! Les tout derniers temps furent, en fin de compte, ceux d'une relecture heureuse, entre colère et reconnaissance. Et cette plongée dans le réel enracine mon aujourd'hui de jeune, de jeune jésuite, de jeune jésuite antillais, conscient des enjeux nombreux d'un travail social, d'un travail auprès de ces enfants, d'un vrai travail de réconciliation en soi, autour de soi et dans ces quartiers. Manuel GRANDIN |