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"Qui n'a des idées excessives en matière de Dieu ne s'en approchera jamais."

Jean-Joseph Surin en 1631, lettre 20.

 

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Un essai sur l'affirmation de Dieu par Henri Laux, jésuite, professeur de philosophie au Centre Sèvres, facultés jésuites de Paris.

Deux extraits pour mettre en appétit : l'introduction du livre et la dernier paragraphe sur "le mal".

Introduction

Dieu n'est-il pas au centre ? Mais au centre de quoi ? Et à force de lui trouver toujours une place centrée, depuis laquelle tout rayonne d'une belle harmonie, ne finit-on pas par l'enclore en ce lieu qui va de soi ? Un Dieu bien connu parce que banalisé devient un objet inerte. Il n'est plus Dieu.
Il est habituel de mettre Dieu au centre de tout mais justement, on l'y " met ", on l'y pose; on l'y dépose même, comme on le fait d'un souverain à déchoir. Le voilà assigné à un lieu qui n'est le centre de rien, parce que rien ne provient de ce lieu déchu. Et la volonté de l'honorer dans des superlatifs de domination se prend à son piège s'il n'y a plus rien à honorer. En son centre de solitude, quel est ce Dieu que tout révère dans un silence absent ? Dieu identifié à une position n'est-il pas aussi facilement affirmé que récusé, dès lors qu'il suffit de se prononcer sur un centre trop évident, insignifiant à force d'évidence ? ...

 

 

Le mal

Redisons-le l'affirmation de Dieu ne requiert pas le désastre de l'homme ; elle n'exige même pas sa misère quotidienne. Dieu n'est pas la réponse au scandale du mal. Entendons ceci le temps de l'homme est aussi fait de discontinuités qui sont autant de failles, moments où il éprouve son être fracturé. Entre le non-sens d'un mal qui terrasse l'homme et le contresens d'un Dieu complice du mal, il y a la position fragile de l'attente qui espère de l'avenir une réciprocité de l'attente ; l'homme n'est plus seul c'est cela le réel, à l'intérieur même de l'épreuve. Le mal est là, mais il n'est plus là dès lors qu'une vie renouvelée le défait. Cet avenir peut raisonnablement être dit Dieu.

 
Henri Laux, "Le Dieu excentré", Beauchesne, Coll. "Le grenier à sel", Paris, 2001, 128 p., 14,64 €