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Le catholicisme peut-il encore séduire la jeunesse?

Et surtout la libérer du «jeunisme, une idéologie dangereuse qui enferme les jeunes générations dans un monde qu'elles doivent quitter». C'est le questionnement de Henri Madelin, théologien jésuite et figure phare de l'intellectualisme catholique, dans ce bréviaire projeunesse, sans prêchi-prêcha ni moralisme béni de certitudes. Directeur de la revue Etudes, l'auteur écrit: « Cet essai ne parle pas de la jeunesse, car un tel collectif n'existe pas [...] entre 15 et 30 ans, plusieurs types de jeunesses coexistent», critiquant au passage le holisme (approche globale de la société, du grec holos) d'un Bourdieu, pour qui «la jeunesse est un tout ».
Daniel Licht, Libération
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Jeunes sans rivages

Henri Madelin

Editions Desclée de Brouwer, 120 pp., 88 F.

Extrait :
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Des jeunes qui doivent forger leurs convictions

La contagion de la joie, c'est pas rien. Les JMJ expriment qu'on peut être heureux dans l'Église. Avec ces jeunes, on est loin d'une génération qui est partie sur la pointe des pieds parce qu'elle ne trouvait plus sa place dans l'institution. Ces jeunes ont conscience qu'être chrétien, c'est être dans une minorité. Qu'il faut donc se serrer les coudes et trouver la joie avec d'autres. Or, les réflexes naturels d'une minorité, c'est de s'affirmer. Ce qui pourrait un jour, d'ailleurs, poser des problèmes avec la laïcité. Mais on n'en est pas encore là.

D'ailleurs le plus important n'est pas qu'ils soient forcément dans des églises, mais qu'ils agissent dans des laboratoires de la foi. Ils doivent forger leurs convictions, faire l'expérience de Dieu. Comment ? Par la prière, par les retraites... Cela veut dire, d'une certaine manière, réagir contre la culture de conformisme. Cette phase personnelle est obligatoire. Mais il faudra aussi s'investir dans des responsabilités. Il faut donc confier des choses aux jeunes : au niveau des prisons, des hôpitaux, des personnes âgées... Il faut socialiser le besoin qu'ils ressentent et expriment. La paroisse n'est pas forcément le lieu de cette socialisation. Cela peut passer par Internet. Il faut inventer des modèles nouveaux, pas trop territoriaux ou locaux.

Henri Madelin, "Jeunes sans rivages", p. 88.